QUÂTBIÈME PARTIE, CHAP* III
enteBd dire qu'il existe e^a Irlande une ]^ise haï^ du peuple; une Église qui regorge d'or ^d'abus et de vices; qui reçoit. un tribut annuel de aa millions de francs pour le plus grand bien de quel^pes protestants, tandis que la masse de la «nation, profondér niaot miBérable, n'a point de culte public. L'Angle^^ terre entend «'épiéter cas discours soo$ piiUe fermes; chaque matin la presse lui révèle des faits nouveaux. Un jour ce soiit les sinécures ûé l'Église d'Irlande qui sont dénoncées; un autre jour, c'est le salaire 'monstrueux des évéques; tantôt on annonce une révol^ du peuple contre les exactions du clergé; tantôt c'est une dissertation que l'on publie , et où l'cm prouve, sans beaucoup de peine^ la légitimité de la rébellion. L'Idande étant insurgéey.commeat apaisera*t-on la révolte ? L'Angleterre tout entière s'interroge fc^ll0mémo^ Ij^ whigs proposent-ils, CQpame remède, une réforme PU faut la discuter. Les tories« proposent-ils deil rigueurs? Il faut les discuter aussi. Yainement la^jimtion que soulèvent ces institutions vicieuses est
' éludée; elle revient de toutes parts, en dépit de tous les ieffortSj,^et s'obalifne à troubler l'Angleterre dans
* son repos ; et si , pour Klomptér l'insurrection , Je recours à la violence est adopté, bientôt le cri de douleur qur tombe des échafauds dressés en Irlande Vient résonDèrien Angleterre, et y tourmenter pjus d'une ^conscience amie d'aiUieurs de l'Église et de ses
'privilèges. * *
Et il y aurait lieu d'être surpris si , uoe fois attirée sur un pareil sujet , l'imagination des Anglais s'arrêtait en Irkmde. Beaucoup qui ne voient pas du preipier coupd'ceil la différence qui existe eàtre
34fi concLXXKm.
rétat religiet» de^rAngletei^ et l'état rdigicux et nrkmde y sont encims k penser que ks abus moiis^ tmeux que contient l'Église de. celleci poumnent bien se mnacmtrer toot s^nblabhrs dan» l'ÉgUae àm Fautre. Le scandale de» sinécures eeclésiastsefiies n^esi-il pas , en Angleterre, le inéme qu'en IrlanA»? Là, eomoBe ici, le haut clep|pé ne passède^il pas des richesses démesurées ? Le rvreiKi de 4^ovaco ir^y dont jouit Fareherâqtie'd'Annagk, n'esl^l pas noin* dre que les 600,000 fnmcs de rente appartenant à r^rcheieéqoe de Cantorbéry? N'est-il pas anasi absurde «tt Angleterre qu'en Irlande que les édifices servant a» culte anglican soient construits et entrer tenna aux frais des dissidents? N'est-il pas nnovaib,. ^1 Angleterre comme en Irlande , que l'Église an* g\îcane possède de grandes propriétés foncières, qiû sont enchaînées et à moitié stériles entre sqs OHÙm ? H'est-ce pas,, dans Fan comme dans l'antre paya, un mauvais système que odui suivant lequel des ministres rei^f»Baat remplissent, comme 'juges de paix , des fontlions civiles y et peuvent jeter ea prir • son le owpe de cdui dont ils dirigent l'intdligenoe e( k aoie r
Toutes ces questions sont déjà débattues en A» glet^rre. Et qu'est-ce qui les soulève? L'état de l'Ir* lande , qui .pousse d'éternelles plaintes , qui s'agite sans relâche pour repousser le cùlie qu'on lui m imr posé par la force, et qu'on ne maintient cbea elle que par la violence. Xombien de pareilles cla* meurs, toujours suivies des mêmes échos*, combien de semblables commotions , amenant toujours les mêmes c<ml;re^cDiq>s , faûdrart-il pour â^ranikr en
QUATRli:9iX PAXOMf OHAP. III. Si^^
Angleteire l'Église qui ekaneèle en Irlnde? On ne le smraît dire» Mais ne peuton pas éa moins. alSn mer qu'il n'exkte pas d'inslilation si solide qm ^ à la longue, résistât à uner pandlte cssa^ ée mine?
£f tous: ces périls , qu'accumule sur TÉglise d'An-*" gleterre le système poKtique suirt envers F Irlande ^i ne scmf pad moindres pour Taristocratie angtatsew
Lorsqu'en Angletwre on entend répéter sans cesse qu'en Irlande il existe oné dasse de personnes ap« pelées les prùprUtaices et lés riches^ contre laquelle s'élèvent incessamment toutes les haines et teotes les malédictions du peuple; que ces riches ne se servent de kftir fortuné et de leur puissance que pour écraserle faible et le dépouiller; que ces propriétaires, odieux à la nation et amis de l'Église , ont &it arec celle-ci un pacte d'égoîsme dont la ruine du peuf^ forme le sujet; lorsque l'Angleterre apprend que les grands seigneurs irlandais qui n'ont pas une sym* pathie pour la soufFranbe du pauvre tirent de ses sueurs et de son indigence tous leurs moyens de luxé et d'orgueil ; lorsque, chaque jour, elle entend dire que ces hommes , investis de tous les pouvoirs pu-* blics, emprisonnent-arbRrairement les citoyens, ap* pliqttent les lois sans les comprendre; faute d'autorrté morale, né connaissent d'influence ^e celle du geôlier ou ôxi bourreau; et à force dMmpéritie, de cupidité, d'Imprévoyance et (fégoïsme, finissent par se rendre si odieux à la nation qu'ils sont réduits à cette alternative, ou de fuir le pays qui les abhorre, oit d'yvîvre dans une constante terreur, quand ils n'y tombent pas sdus le fer de la haine et de la vengeance r lorsque, dîs^je, de pareil* feits que !a presse
34& cofrcLUSioN.
«enrc^stre sans ce^e et qu'elle exagère encore , arrivent constainmeAt à l'oreille du peuple dij^lais^ne pense-t-on pas que oeluUoi y frappé des accusations qu'encourt rariftocratie4i'Irlande, sera tout naturel* lement conduit à rechercher si celle d'Angleterre peut mériter le» mêmes reproches?
L'aristocratie anglaise est autre, sans doute^ que celk d'Irlande. Mais, si bonne qu'on la suppose, die contient en elle ai^ez de vices , elle est sujette à assez d'erreurs, et, toute, généfeuse qu'elle soit compara* tivem^ent, elle renfertne encore assez d'égoïsme pour que le grief irlandais puisse être rapproché d'un grief analogue en Angleterre*; ^ur q^e celui qui, dans ce dernier pays, souffre^ d'un excès, d'une faute, d'une faiblesse de l'arj^ocratie, applique à son.état ce qui est propre à Taristocratie d'Irlande, et soit tenté de* haïr l'un^ chéE lui autant 'qu'il, voit Tautre détestée dans le pay« voisin. L'Ânglet^re qui, pour . demeurer anglicane et aristocratique, force l'Irlande de rester telle, ne songe pas à ce qu'il y a de formidable' dai^ cette voix solennelle ^e tout ,un peuple- qui ne cesse de lui crier que l'Église anglicane .^t le plus odieax de tous les cultes, et l'aristocratie le pire de tous les gouvernements. .
Ainsi non seulement l'Angleterre ne réussira point à maintenil* en Irlande l'Eglise anglicane et l'ariftocratie?, majs encore les coups qu'elle porte à l'Irlande, pour lui faire violence, reviendront par une espèce 4e rebond la frapper elle-même, et atteindre chez elle ses propres ijtistitutions ; et'cette influence .de l'Irlande cpii réagit sur l'Angleterre et qui, en retour de mauvaises loisf lui en renvoie la. haine, ne
QUATRIEME PARi;iE) tHAP. III. 34$
s'exerça pas seulement par une voie moc^e et inc)i-
recte.
L'Irlande^ qui sait que F Angleterre ne lui impose* « rait point violemment le régime de TaristocFatie et de l'Eglise anglicaiie, si ce régime n'était Je sien, s'efforee d'attaquer ces institutions ea Angleterre ; et la part' importante de représentation qu'eUe a dans le parlement anglais lui en donne le moyen ( i ).
L'influence des représentants de l'Irlande dahs. le parlement est et doit, être nécessairem^t demature* démocratique» (jnf) , et il est naturel qu'ils saisissent toute occasion qui leur est offerte de fî:appçr par leur vote non seulement Içs institutions aristoci:»tiqu^ de l'Irlande CDai4 encore celles.de l'Angleterre : non qu'ils aient précisémedl: à.cpeur la ruine de l'aristocratie anglaise^ niais il^avei]^ bi^ qije celleci étant abattue ou seulement a^bibïie. r«ristocratie fectice d' Irlande s'éçrogleiTiit 4'elle-ménie-. *-
Or , ce caractère radical de ta Teprése^jtatîon irlandaise eserce et est pr#pre k;eji&teer 4|tns j'^if^nir la plus extraordinaire influence sur les dest^ées^de l'Angle^terre. . * ; ^
On Va déjà dit, laissée « elle-même l'Angleter^iie indiinerait à conserver ses institutions, sfaon intactes du mfih% à peit près telles; qu'elles sont; et il esf cer- taîn que dans le parlement açituel/le^ vqîx dé$dSêpu^ anglais donneraient la majorité au palhti cgor servatif. D'où vient ;ty(onc qu^ celui-ci n'est point à la tête du gouvernement ? Parce que daps l'état de division à peu près égale où sont les partis purement anglais, les députés de rtrlande as^rent l'ayantage aux whigs en se portant de leur côté (3). Voilà
<35o QP9CLU8IOV.
4piic rAngleleiTe t|tié tient, il est vrai, Tlriaiiole soos son joug, mais qui, par l'influence de celle-ci, est « lereéede renoncer tu ^uvernement qu'elle préfère et de se iivror au «parti qui, en somme, ne la repréâ6ate pas;
Toute amie -qu'clie «est du rq>os , rAngleterre coi^ servaùwe ne se tiendrait point dans Tmimobilité, si elle pouvait diriger ses |)ropne6 moimaiente et les modérer k son gré. La nature de son gouvernement , ses habitudes de libertés, l'esprit de discussion qDû , de sa région , a pjfflsé dims ses mœurs, lesintér^ même qu'elle renferme, qui , trop craintifs pour <9oncéder beaucoup, sont trop éclairés pour ne okder rien , tdut la p<N*lcrait à une réforme lente, paisible et proges8FV« dir ses snslîtutions.
Mais taiidis qu'elle voudrait s'avanper doucement «t jmidemBient date la voie des réformes, voici qu'elle est eoniraînte d'y marcher à grands pas. fit d'où Im vient œtte violence ? Du tribut qu'apporte dans sa r^>ré9^italion nationale le peuple auquel d'aiUeu^ lelle dicte des lois.
^ Il çst.maintenan!: bien avéré que le fameux Ull de lyiforaaê de i«&3a n'eût point «feé adopté parles seuls TCpréfièntanÉs de FAnigteterre , et qu'il n'a dâ son trioniphe qu'on vote des députés irlandais. *
Il ^fldble cpie chaque jour l'influence démo«3ra- .t|y(iûe de ji'Iiiandè dans le parlement britannique s'aoopoi^^, et que ceUe de l'Angleterre diminue. AuK dernières, élections de i837 , l'Anglet^ne, qui «st en réaction contre la réforme , nommait défà un {dus grandjiiombre de conser^aiifs , «t l'Irlande fdus ideradîoaHK(i).
QUATRIÈMB PAMtlM^ CHAP. III. Sit
. Et tout «nnûnce que pédant longtemps encore la représentation parlementaire des de»x pays suivra ces deux tendances apposées, parce que la question se posera chaque jour davantage entre riatéret grave dpi'a TAn^eterre de ne poini hâter, le «lûave- «ent démocratique , et le besoin îiapérieua: qu'éprouve rirlande de le précipiter.
Mais entre lei^ passions constantes à attaqua* et les intérêts déterminés à. la résistacice, né peut4l pas éc^ter une redoutable coHision ?
Ce désir singulier qu'éprouve TAngielèi^de.s'ar- «i^r dans la vote où l'Irlande la pousse fm|>étueusementy ne fera-t-il pas naître à la longue , chez ie peuple anglais, quelque résolution extrême? Déjà, il faut le reconnaître , l'Aiigletenie éprouve un secret enomi d'être trjSnée à la r emorque, de l'Iriande. L'idée qu'elle sdbit u»e pareille inâiteoee l'importune; eUe sott£[re dans son .orguefl «de ee qu'un obstacle à sa marche naturelle lui vienne d'un peuple qu'elle est accoutumée ^ séprifier. £t pvps., à &>ripe «d'étTe attaqi^és^ ces inténêts ixmservateui^ de l'Angleterreprennent l'al?rme. Les réformes succédant toujours aux r^ormes , les concessions aux coiioessionsi un nipment. vient où rarîstocraAie pense « k tort ou à riiison, qu'elfe n'a fslus rien à d^der^ f t que désormais elle^ est réduite à cette alteroatiye ife TCsister ou de oesser d'être»
Ne pourrait'il dionc fsiias idors arrivenqpi^ le parti «qui, de sa nature , est le plfis ami dé la pai& , aperçût un jour qu'il n'y a de salut possi^^le qued^ns la .guerre , -et que^ convaincu que s'il.ne se péyokepas, on 1^ tuera lentement^ il ae tente <^oiitre son en^
55u CONCLUSION.
nemi uoe hjti^ i. force ouverte , au risque d'y périr de mort. soudaine et violente?
Et ce n'est pas seuletinent une collision mit;re l'Angleterre et rirlande^^que j^ndcaitpqp^ittle ce conflit d'intérétSMet de passions : c'est un engagement entre les partis anglais Qiijt*'mem^,^ dont l'un e^t i?rité par l'Irlande , qui sert ii'appui à l'autre.
Le recours aux armes n est pa\§ ^ans, doute ^n Angleterre un procédé familier «aux partis , et l'on peut dire qu'en général tout, dans qe pays^^e résout constitu^ê&nellement. Gepeiviânt qui pourrait assurer que l'Angleterre ue sortira jamais de ^a voie l^âde? , ...
Ceux qui ont vu l'Angleterre mk iB3% hésiteraient peut-être sur cette question. A cetl^e époque, les résistances dp. parti tory avaknt fait naître dans le pays des passions si ardentes ^t si una^iimes en £^v%ur de la réforme^ 4pi'oo eût dit 4' Aj(|gleterre à la yeille d'yaae révolullon. Ou parlait hautement d'in** surrectiojp; déjà des plai$ d^r campagne se préparaient; d(^ chefs étaient indiqués:; on ditméme que des commandes d'armes^se^f^âsa^t déjà pour Farmèi nationale. L'aristocrgitie ayant céd^, ]|e fleuve débordé est rentré dans soa lit^ m^is que fù(-il advenu ,' û elle se fût obstinée cou^tre le torrejat populairis? *- .. »
Maintenant ne serâjl^il pas possible qu'après s'être miseen mouvement pour obtenir des réformes, la nation Anglaise s^agitât de même pour en arrêter le cours? • ^ . ^ .
ÏTéjà , en i»835 , à l'époque où la réaction de l'Angleterre contre le mouvement de. i83s( commença à