‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 102 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE. iCQ · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE. iCQ

droit et la conscience de sa force, après avoir décrété des résolutions aussitôt transformées en lois par les parlements d'Angleterre et d'Irlande, s'en tiendra là.

Dès que le parlement irlandais eut été proclamé et reconnu indépendant, les volontaires de Belfast (31 juillet 1782) déclarèrent, après délibération, que la nation ne devait point se contenter de ce qui avait été fait^

Immédiatement après la déclaration d'indépendance du parlement d'Irlande, une autre chose se présentait naturellement à faire : c'était sa réforme. Ce parlement n'était qu'une représentation mensongère, même de la population protestante; sous l'influence de la corruption, il votait des lois antinationales, des lois populaires sous l'empire de la peur. Vainement on l'avait proclamé libre, il ne l'était que de nom. Et comme ses vices tenaient à la source même, c'est-à-dire au système électoral dont il émanait, c'était une réforme radicale qu'il fallait. En conséquence, les volontaires, réunis en convention nationale, proclament la nécessité d'u7ie réforme parlementaire (1785) ^

En même temps que ce débat s'agitait dans cette grande assemblée de la nation armée, la même question était portée devant ce parlement irlandais, dont le lecteur a peut-être oublié l'existence, et qui cependant siégeait en ce moment à Dublin ; de sorte qu'on peut dire que l'Irlande avait alors deux assemblées de représentants, l'une parfaitement légale et impopulaire; l'autre irrégulière, mais sortie du sein du peuple.

Cependant le parlement d'Irlande rejette la proposition de réforme à la majorité de cent cinquante neuf voix contre soixante-dix-sept. On avait demandé à ce parlement plus qu'il ne pouvait faire. En effet, changer les bases sur lesquelles se faisaient les élections, c'eût été assurer à la ma-

* Hardy's Lile of lord Cbarlemont, t. II, 25. ■^ Ibid., t. I, 141.

jorité de ses membres qu'ils ne seraient pas réélus; c'était demander un suicide patriotique à de mauvais citoyens. La chambre résolut de maintenir ses privilèges et ses justes droits contre toute entreprise et toute usurpation.

Peut-être le parlement d'Irlande eût fait par peur ce qu'il ne fit pas par esprit de justice et de raison, s'il y avait eu pour lui quelque péril à refuser la réforme parlementaire ; mais ce péril n'existait pas. Les volontaires armés, qui avaient demandé énergiquement et obtenu l'indépendance du parlement, ne sollicitaient point la réforme parlementaire avec la même énergie. La division commençait à se glisser parmi eux ; beaucoup croyaient que, cette indépendance étant obtenue, tout était fait, et qu'il n'y avait plus qu'à se reposer; d'autres, ils étaient en grand nombre, commençaient à craindre que les discussions, en se prolongeant, et les réformes, en suivant leurs cours, n'amenassent une révolution dangereuse dans l'état des catholiques. Or, presque tous les volontaires étaient protestants.

Remarquez que, dans le parlement, l'émancipation politique des catholiques était discutée; on examinait la question de savoir s'ils devaient être appelés à l'exercice des droits électoraux, en même temps qu'on agitait les questions générales de réforme parlementaire. Les deux questions se trouvaient ainsi liées; on les mêlait de même parmi les volontaires. Ceux-ci, disposés à adoucir les souffrances des cathohques, mais non à les émanciper, avaient pris une déhbération établissant que la réforme parlementaire devait avoir lieu, mais que les catholiques ne devaient point être appelés à jouir de la franchise électorale ^ Cet pendant, les deux questions se trouvant confondues et discutées en même temps dans le parlement, on conçoit trèsbien comment les protestants devaient craindre que le triomphe de celle qu'ils désiraient ne conduisît au succès

* Hardy s Life of lord Charlemont, t. II, 100-113.

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