LA RÉBELLION DE
C'est à la rébellion de 1798 et à l'union accomplie en 1800 que se rattache une tentative d'insurrection arrivée en 1805, et dont Robert Emmet fut tout à la fois le promoteur et la première victime. Robert Emmet et ses complices faisaient partie de l'association des Irlandais-Unis. Ils étaient de ceux que la répression de 1798 avait frappés sans les abattre, et il leur en était resté dans le cœur une plaie profonde que le vote de l'union, arrivé deux ans après, vint encore irriter. Ils ourdirent une conspiration dont le but était la sépa* ration de l'Irlande et de l'Angleterre, c'est-à-dire l'indépendance de leur pays. Ils aspiraient ainsi à un noble but, dans la poursuite duquel il n'y a de coupables que ceux qui ne réussissent pas. Mais ils jugèrent utile pour le succès de leur dessein d'y associer le gouvernement de la France, alors ennemie de l'Angleterre; et, quoique la pureté de leurs intentions ne puisse pas être soupçonnée, ils se sont attirés par là, non sans quelque fondement, le blâme qu'encourent tous ceux qui, dans les discordes civiles de leur pays, ap-
les lois, toutes les cours de justice subsisteront telles qu'elles sont établies, assujetties néanmoins aux changements qu'y pourra faire le parleçient uni, selon que les circonstances l'exigeront. » 59 et 40 George III, ch. lxvii.
pellent à leur aide le secours de l'étranger. 11 paraît cerfain que, dans le cours de l'année 1802, Robert Enimet eut avec Napoléon, alors premier consul, quelques conférences. Tout ce que l'on sait de cette négociation, dont il reste peu de traces officielles, c'est que, suivant le plan conçu par le comité des Irlandais-Unis, le signal de l'insurrection en Irlande devait coïncider avec le moment où une armée française débarquerait en Angleterre pour en faire l'invasion. L'époque prévue et concertée, dit-on, avec le gouvernement français, était le mois d'août 1803. Cependant un moisplus tôt, le 25 juillet, le mouvement éclata dans les rues de Dublin. Outre Robert Emmet, dont la famille était trés-respectable, le complot avait quelques partisans notables, entre autres MM. Fitzgerald, Hamilton Rowan, Philippe Long, Malachy Delany, fils d'un grand propriétaire des environs de Dublin, John Allen, Samuel Neilson, Byrne de Herford, Wan Dowdall, le colonel Plunkett, depuis lord Dunsany, le général Russell, et beaucoup d'autres encore qu'on n'a jamais connus; car bien des gens, sincèrement attachés à une cause, attendent, pour déclarer leur dévouement, que cette cause ait triomphé. Le plan des conjurés était de s'emparer du château de Dublin, siège du gouvernement; et, dans le moment où la lutte s'engagerait dans la ville, la population des campagnes, préparée pour un soulèvement général, ferait elle-même irruption dans Dubli"n. Des milhers d'Irlandais avaient été mis dans le secret; pas un seul ne le trahit, tant il y a de sûreté dans la haine du peuple ! Mais il n'exist e point d'exemple en Irlande qu'une multitude insurgée ait tenu contre l'armée. Le sort de la lutte ne fut pas un seul instant douteux. Quelques centaines d'hommes, ayant à leur tête Robert Emmet se portèrent, comme il avait été convenu, vers le Château pour en faire l'attaque. Mais, repoussés par les soldats anglais, ils ne tardèrent pas à se débander. Le gros de la population, que l'on croyait rallier, et qu'un premier succès eût peut-être entraîné, demeura impassible de-
vant cet échec, et l'entreprise avorta complètement. On sait quel fut le sort de Robert Emmet, noble et généreux jeune homme, doué par la nature des plus belles qualités, né grand orateur, digne d'une heureuse et glorieuse vie, et qui, à vingt-trois ans, porta sa tête sur l'échafaud. Le général Russell eut le même sort.
Tel est ce triste épisode des guerres civiles de l'Irlande, dont on ne donne qu'un court résumé *. Que pourrait y trouver celui qui voudrait eh étudier les détails et les méditer? Une entreprise plus généreuse que sage ; de vastes desseins légèrement conçus ; des illusions promptement évanouies; un acte téméraire, suivi de sanglantes représailles; la puissance accrue du gouvernement attaqué; l'oppression plus grande de l'agresseur vaincu ; et enfin le jugement de l'histoire, qui d'ordinaire condamne le malheur; qui ici n'a pas le courage de voir une faute, et qui, rencontrant des hommes moris vaillamment pour leur cause, ne peut enrct;istrer leur nom sans honorer leur mémoire *.