DEUXIÈME PARTIE
le puissant extermine le faible au nom de la justice et des lois. Les préjugés et les passions malveillantes dont le prévenu est robjet éclatent de toules parts; on los aperçoit dans Taccent du juge, dans les émotions comme dans l'impassibilité du jury ; le langage même du défenseur les révèle... On se fait difficilement une idée du ton de mépris et d'insole:ice avec lequel en Irlande les membres du barreau parlent du peuple et des basses classes. Aussi, en dépit des formules de la procédure, malgré toutes les solennités légales qui vous montrent un accusé devant ses juges, on a le sentiment intérieur que ce n'est point un jugement qui se délibère, mais une vengeance qui se prépare ; on souffre de ce mensonge des formes qui promettent un châtiment équitable, et recouvrent une sorte de violence meurtrière, et quand le juge prononce la terrible sentence de mort, on croirait que c'est le signal d'un' engagement à force ouverte entre le parti du juge et celui de l'accusé, si Ton ne voyait l'audience pleine de conslables, dont la présence s'oppose à ce que les adversaires en viennent aux mains... 1
En Angleterre, le magistrat voit dans tout prévenu un concitoyen malheureux, un accusé peut-être innocent, un Anglais qui invoque les droits sacrés de la constitution. En lilande, les juges de paix, juges et jury, traitent l'accusé comme une espèce de sauvage idolâtre dont il faut dompter la violence, comme un ennemi qu'il faut détruire, comme un coupable voué d'avance au supplice.
En Angleterre, la peine de mort est prodiguée dans les lois ; les règles de la procédure sont encore parfois bar-
* Depuis qie l'auteur a porte ce jugement sur la justice criminelle on Irlamle, quelques léirnnes saiutaiies y ont été opérées, entre autres i'a<lii isï^ion des cath li ,uos sur le i une des juges. V(;ir \es Etudes conlemponiiues sur l Irlande, par M. l'abljé l»erraiid, i. I", ch. iv. — Yit.r aussi la ^olice sur létal p ésent de Cir lande. |lMtée en tôle de ce volume, § 5. [Note de la septième édition, 1802.)
bares; mais les mœurs sont humaines, le jury est doux, et le juge clément. En Irlande, le code pénal est encore plus sanguinaire que celui de l'Angleterre ; on y pratique tous les mauvais principes qui se peuvent rencontrer dans la législation anglaise, et le magistrat y est aussi dur que la loi (1;.
Haine du peuple pour la justice.
Maintenant, qui s'étonnera d'apprendre que la population irlandaise, qui méprise et hait ses magistrats, haïsse et méprise la loi dont ils sont les organes (2)? qu'en Irlande cette haine de la loi soit universelle? Qui s'étonnera de l'horreur qu'inspire aux citoyens toute participation à cette justice détestée ?
Une sentence de mort est prononcée à Waterford ; le shérif ordonne l'exécution du coupable ; mais il ne peut, dans ce pays de pauvres, trouver, à quelque prix que ce soit, un seul individu qui consente à être ^in^trument de la sentence, et le premier officier du roi est obligé de pendre luimôme le condamné (3).
Et comment être surpris de la flétrissure publique qui atteint non-seulement tout plaignant et dénonciateur, mais encore tout témoin à charge dans un procès criminel? Qui ne voit que de là découle l'impossibihté d'avoir des témoignages pour la justice, et la nécessité d'en acheter? Qui ne comprend que , de ce mépris et de cette haine pour la loi criminelle, naît la disposition la plus antisociale qui puisse exister chez un peuple, c'est-à-dire l'habitude du recours à la force? Qui n'aperçoit que celte conséquence d'un mal social pourrait, en se combinant avec des passions ou avec certaines circonstances politiques, devenir une cause de révolution violente ?
S'étonnera-t-on maintenant de la sympathie populaire qu'excite tout criminel en Irlande (4)? Et si on en vient à