DEUXIÈME PARTIE
à la découverte des crimes. Non-seulement des récompenses publiques seront accidentellement offertes par les magistrats aux dénonciateurs de tel ou tel crime, mais encore la loi consacrera parune disposition formelle le droit qu'aura tout indigent à une indemnité pécuniaire pour avoir révélé IVxistence d'un délit quelconque, et en avoir fait condamner l'auteur (1). Éirange moyen pour amener le peuple à la justice, que de violer les plus simples lois de la morale !
. AUTRE EXEMPLE L'unanimité du jury en Irlande.
En Angleterre c'est une loi fondamentale de l'instilution du jury que tout verdict doit élre rendu à l'unanimité de ses membres. Quoique au premier abord il semble assez difficile d'imaginer un sujet quelconque sur lequel un certain nombre d'êtres doués de la faculté de raisonner s'entendent sans le dissentiment d'un seul, on voit cependant le principe du jury anglais fonctionner sans trop d'entraves, et toute collision entre des volontés contraires et obstinées aboutir, en définitive, au triomphe du sentiment le plus doux et le plus humain.
En Irlandt! le même principe existe; mais comment le mettre en pratique? Composerez-vous le jury seulement de protestants? Alors sans doute l'unanimité s'établira aussi aisément que dans un jury anglais. Mais si c'est un catholique irlandais qui est accusé, il est fort à redouter que cette unanimité, quelquefois si difficile, ne soit ici trop prompte à se former pour un verdict de condamnation.
Au lieu de protestants, ne placerez-vous dans le jury que des catholiques? Alors encore on comprend que l'accord sera facile entrâtes jurés; mais cette fois, c'est pour le sort de tout accusé protestant qu'il sera juste de concevoir des
craintes. Comment donc ferez-voiis? Vous composerez peutêtre le jury moitié de protestants, moitié de catholiques, seule manière équitable de procéder en pareil cas. Mais comment ces hommes, que la passion politique et les préjugés de classe séparent plus encore que la différence de culte ne les divise, parviendront-ils à s'unir dans un sentiment commun?
Il y a là une difficulté qui semble s'aggraver à mesure qu'on l'approfondit. Le juge refuse-t-il de délivrer les jurés, c'est-à-dire les retient-il captifs dans la salle de leurs délibérations jusqu'à ce qu'ils se soient conciliés? alors un tel procédé est en quelque sorte une sentence de mort contre les jurés dont le corps est moins fort que la conscience. Ou bien, voyant qu'ils ne peuvent tomber d'accord, le juge leur permet de se retirer sans avoir rendu aucun verdict : et, dans ce cas, le procès, ne pouvant être jugé, est remis d'ordinaire à la session suivante, et l'accusé réduit à demeurer trois mois de plus en prison, dans l'attente d'autres jurés qui peut-être ne s'entendront pas mieux que les premiers (1),
Il arrive donc toujours l'une de ces deux choses ; ou l'unanimité obtenue accuse la passion et l'esprit de parti, ou elle ne s'obtient pas! Il n'y a de justice possible que celle qui est corrompue à sa source.
C'est ainsi que des circonstances politiques et sociales peuvent rendre mauvais dans un pays un principe de législation civile qui est bon pour un autre.
Comment et pourquoi il a fallu créer en Irlande un certain nombre d'officiers de justice et d'agents qui, en Angleterre, n'existent pas.
De tous les soins dont prend la charge une aristocratie qui veut réellement gouverner, il n'en est aucun sans doute qui exige d'elle plus de lumières, plus de zèle et plus d'efforts constants, que l'exécution de la justice ; et quand on