‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 159 sur 333 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

laussi à la rendre odieuse. L'nristocralie, quand elle n'est point repoussée par le sentiment national et religieux, a, aux yeux d'un peuple qu'elle gouverne, un niérile singulier, exagéré peut-êlre, mais dont elle tire tout à la fois un grand lustre et une grande puissance : ce mérite c'est d'exercer gratuitement ses fonctions. Elle trouve sans doute dans l'état social sur lequel elle est appuyée des avantages et des privilèges qui l'indemnisent largement de ses travaux; mais enfin ses membres ne reçoivent ostensiblement et matériellement aucun salaire; et il y a dans ce désintéressement, au moins apparent, quelque (;hose qui frappe singulièrement l'esprit du peuple, et qui porte celui-ci à honorer le caractère des hommes dont il admire la générosité, en même lemps qu'il reconnaît la supériorité deleurs lumières. Vlais ce mérite de l'aristocratie se change en grief, lorsque, ni lieu d'être populaire, elle est antipathique à la nation. Il semble, en effet, qu'on pardonne plus aiséinent l'oppression au magistiat ou au juge, qui, en l'exerçant, fait

n quelque sorte un métier dont il a besoin pour gagner sa vie. On peut croire que ce fonctionnaire n'est qu'un agent massif qui, dans le fond de son âme, compatit aux maux que sa main fait naître; mais, quand il agit sans salaire, on

uppose naturellement que l'oppression lui plaît, et qu'il Draiique de tout cœur une tyrannie dont la société ne lui )aye point les frais.

hifliience du même principe sur les corporations municipales.

Après avoir vu l'influence qu'exerce sur les pouvoirs de 'État et du comté le principe vicieux de raristocratie d'Irande, on va co ;sidérer les efiéts du même princi|»e sur le gouvernement des ci. es, di.es corporations municipales.

Quoiqu'il s'agisse ici des silles, il ne s'agit pas de toutes

les villes; car en Irlande, de même qu'en Angleterre, toutes les villes ne constituenl pas des corporations municipales : de même qu'il existe des corporations municipales auxquelles on peut à peine donner le nom de villes. La petite bourgadede Naas,en Irlande, a eu longtemps une corporation, tandis que Birmingham et Manchester n'en avaient point. Une ville n'est point une corporation municipale parce qu'elle contient un certain nombre d'habitants ou

' a une certaine importance commerciale, mais parce qu'elle possède une charte; ce qui la constitue, ce n'est pas le droit, c'est le privilège, seul principe universel et invariable dans les sociétés d'origine (èodale.

En principe général, il n'existe ni en Irlande ni en Angleterre de villes ou de communes qui soient indépendantes du gouvernement central. Le parlement étend son empire et sa souveraineté sur les villes et villages comme sur les comtés ; ou pour mieux dire, il n'y a dans l'État qu'une seule division : celle des comtés dans la circonscription desquels on peut dire que les plus grandes villes, comme les moindres villages, sont compris. C'est une règle générale que toute ville est sujette, même pour

,les plus petits détails de sa police intérieure, à la loi de l'Etat et aux officiers de celui-ci et du comté ; elle ne peut faire pour sa voirie le moindre règlement ; le parlementa seul le pouvoir de le faire (i). C'est un acte du parlement anglais qui ordonne qu'à Manchester chacun devra balayer le devant de sa porte avant neuf heures du matin (2). Ainsi, suivant le droit commun, nulle ville d'Irlande ou d'Angleterre n'a dans son sein d'autre police municipale que celle qu'il plaît au parlement d'établir chez elle. Nonseulement le parlement décrète la règle suivant laquelle les villes doivent se gouverner, mais c'est lui-même qui institue l'agent par lequel celle règle devra être mise en pratique (5). Il est à remarquer que, lorsqu'une ville obtient du parlement un certain règlement de pohce avec les agents

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