‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 174 sur 333 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

lande; de sorte que dans un pays presque exclusivement catholique, les protestants seuls reçoivent le haut enseignement duquel dépend l'exercice de toutes les fonctions publiques. Et encore les protestants auxquels cet enseignement est donné n'appartiennent pointa la classe supérieure de la société. Ainsi l'Université de Dublin ne répond plus à l'objet de sa fondation ; elle n'a jamais été nationale, et elle a perdu le caractère aristocratique qui appartient aux Universités anglaises : elle n'est plus en réalité qu'un séminaire d'élèves pour TÉghse anglicane; à ce titre elle est loin d'être abandonnée ; tous ceux qui aspirent à entrer dans l'Église affluent à l'Université de Dublin, attirés par l'appât des bénéfices nombreux et des dotations magnifiques dont elle dispose (1).

On voit comment cette institution en est venue à n'avoir plus d'une Université que le nom. L'Université d'Irlande était d'avance frappée d'impuissance, comme corps enseignant, par le seul fait de son union avec l'ÉgUse. Elle avait été, comme l'Église anghcane elle-même, fondée sur la présomption que l'Irlande cesserait d'être catholique. Cependant l'Irlande est demeurée telle, et, de son côté, l'Université est restée protestante.

Le sort de l'Université irlandaise, qui n'est autre qu'une école de haut enseignement, dirigée par l'Église, explique du reste la nature et la destinée des autres écoles que cette Église a fondées dans le même pays. Un jour, l'Église protestante dit aux pauvres catholiques d'Irlande : a Confieznous vos enfants, nous les élèverons dans les principes d'une saine morale et dans la connaissance du christianisme pur ('2). » La population catholique croit ces paroles sincères, elle envoie ses enfants aux écoles (charter sChools) instituées par l'Église, et bientôt elle les en arrache avec horreur en reconnaissant que dans ces écoles on n'enseigne rien aux enfants, sinon la haine de leur culte et l'amour d'un culte ennemi. Une autre fois, un autre essai est tenté;

des protestants généreux et vraiment sincères dans leur intention, instituent, dans l'intérêt des pauvres catholiques, des écoles dont tout esprit de prosélytisme doit être rigoureusement banni : cette entreprise était noble, ils la suivent avec ardeur, avec bonne foi, avec charité (1) ; mais le 'Succès est impossible : en dépit d'eux-mêmes, ou plutôt à cause même de leur foi vive et ardente, ces protestants ne peuvent demeurer impartiaux entre leur culte et celui des jeunes calholiques qu'on remet à leurs soins, et alors môme qu'ils ont cette impartialité si difficile, le peuple n'y croit pas.

C'est ainsi que l'Église anghcane, en Irlande, trouve, dans son seul principe, des obstacles invincibles à l'exécution de tout ce qu'elle fait en Angleterre. Ce principe lui rend tout impossible, même la charité, et les bienfaits qu'elle dispense en Angleterre, et qui lui attirent le respect et la sympathie des basses classes, ne sont pour elle, en Irlande, quand elle essaye de les répandre, que de nouveaux titres à la haine du peuple.

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