DEUXIÈME PARTIE
une institution gouvernementale, distribuantrenseignement selon des procédés uniformes, au moyen d'une infinité d'écoles dépendantes, dont une administration supérieure fait le centre ; non. Une Université anglaise n'est elle-même qu'une école dont toutes les autres écoles sont indépendantes, et elle est toute en dehors du gouvernement qui n'a pas même sur elle le droit de surveillance. Supposez l'école de droit, l'école de médecine, la faculté des lettres et la faculte des sciences réunies en un seul établissement qui no subirait aucune autorité supérieure et n'en exercerait aucune au-dessous de lui, et vous aurez quelque chose d'analogue aux Universités d'Oxford, de Cambridge et de Dubhn. Ce li'est point un étabHssement d'instruction générale, populaire; c'est une école d'enseignement qui n'a pour siège qu'une seule ville, et où se font les hautes études par lesquelles on obtient des degrés dans les sciences, dans les arts et dans les lettres.
Cette école est politique, en ce sens qu'elle a seule le pouvoir de conférer des grades et des diplômes, tels que ceux de bacheliers et de docteurs en médecine, en droit, en théologie. On peut sans doute apprendre à lire et à écrire autrement que par un professeur universitaire; mais si l'on n'a pas un brevet de l'Université, on ne peut être ni avocat, ni médecin, ni magistrat, ni ministre rehgieux (1). C'est une institution de haut enseignement, dont les écoles secondaires et primaires sont entièrement indépendantes ; que l'État ne dirige point, quoique sans elle on ne puisse rien être dans l'Étal.
Bien que restreintes dans une étroite hmite, les Univer- • sites anglaises constituent donc un monopole. Dans l'origine elles étaient ouvertes à tous. Comment, en effet, concevoir une institution d'enseignement, investie du droit exclusif de conférer de certains privilèges sociaux, et auprès de laquelle tous les citoyens n'aient pas un libre accès? C'est cependant ce qui arrive aujourd'hui. Les Universités anglaises
sont essentiellement protestantes, et en principe général il faut non- seulement être protestant pour jouir de leur bienfait, il fautencore être anglican. L'Université a réglé qu'elle ne recevrait dans son sein que des membres de l'Église anglicane; l'Église a résolu de son côlé que, pour être appelé à un office ecclésiastique quelconque, il faudrait avoir été élevé dans l'Université; c'est un contrat synallagmatique qui assure àlÉglise un enseignement orthodoxe, et fait de l'Université un séminaire pour l'Église. L'Université, jadis accessible à tous, est devenue l'école d'une secte. On attaque beaucoup l'Université en Angleterre, et l'on s'étonne de son immobilité devant les coups qui lui sont portés ; on ne voit pas que c'est l'Église même qui en -est cause. Ouvrez l'Université à toutes les croyances religieuses, ce ne sera plus un séminaire anglican. C'est ainsi que l'Université, indépendante du gouvernement, y tient cependant étroitement par e lien qui l'attache à l'Église, unie elle-même si intimement à l'aristocratie qui gouverne l'État. Ceci explique comment rUniversité a subi toutes les transformations que le gouvernement politique du pays a éprouvées. Ainsi l'Université d'Oxford et celle de Cambridge ont été tour à tour catholiques et protestantes, et exclusivement l'un ou l'autre, selon qu'Henri VllI, ou Marie, ou Elisabeth, ont été sur le trône d'Angleterre. Le gouvernement, en Angleterre, n'administre aucunement l'Université, mais il ne permet pas à celle-ci d'exister contrairement au principe pohtique de l'État.
Le principe dominant de la constitution étant l'aristocratie, il est naturel que les Universités anglaises soient nonseulement protestantes et anglicanes, mais encore profondément aristocratiques. Pour jouir des bienfaits universitaires, il faut non-seulement être protestant suivant le rit anglican , il faut encore être riche; c'est une nécessité consacrée par les moeurs anglaises. Les Universités, en Angleterre, sont le rendez-vous de toute la jeunesse destinée à gouverner l'État etl'Éghse, et déjà, dans ces étabhssements, les rangs
chacun sont marqués, les élèves y sont classés en trois égories distinctes, résultant de leurs conditions, les blemejî, les gentlemen commoners et les commoners. La trarchie sociale et politique est ainsi observée dans ".oie : c'est tout l'opposé de nos institutions universitai- I, où toutes les classes sont si parfaitement mêlées. La lériorilé de la naissance est reconnue dans la classe des )leme7i : c't^sl l'aristocratie titrée ; celle de la fortune, is la classe des gentlemen commoners, qui ne diffère de troisième que par le prix plus élevé de la pension; au id, tous sont soumis au même régime et au même traitent; mais en payant plus, on s'élève d'un degré. L'Unisité est, pour les élèves, l'occasion de liaisons distinguées ililespour l'avenir, et chacun cherche dans sa fortune un yen de former de brillantes relations. On ne se doulepas, France, de tout ce qu'en Angleterre il y a d'avantage à ? riche et d'ignominie à être pauvre. L'Université anise est donc une institution où l'Eglise et l'aristocratie se [fondent; c'est une pépinière pour l'Église anglicane, sont reçus les étudiants laïques, à la condition qu'ils ent protestants et riches ; ceux qui n'entreront point is l'Église rempliront un jour tous les postes civils et po- ]ues de l'Etat. Quoiqu'il existe dans les Eniversilés d'Anterre une infinité d'abus, on ne saurait nier qu'elles ne }nt en grand renom dans ce pays ; leur principale quaest de n'être accessibles qu'à un petit nombre: c'est un rite aristocratique ; c'est ce qui fait qu'elles sont assiés par quiconque croit avoir une fortune suffisante pour iver jusqu'à elles, et souvent par ceux-là mêmes qui se nent en faisant cet effort. Les abus, les vices de l'institu- 1 môme sont depuis quelque temps attaqués avec force néritent de l'être (1); mais l'institution est après tout ionale; c'est un foyer d'anglicanisme et d'aristocratie is un pays qui est encore anglican, et qui est essentiellenl aristocratique.
Eu Irlande, l'Université de Dublin, fondée jadis par I roine Elisabeth, dotée des confiscations portées contre d( monastères catholiques (1), riche aujourd'hui d'un reven de plus de deux millions de francs, repose sur le mêiT principe protestant qui sert de base aux Universités ar glaises. Il est juste toutefois de reconnaître que théorique ment elle est moins intolérante que ne le sont celles-ci non-seulement ses statuts lui permettent d'admettre dar son sein des étudiants de toutes les croyances, mais encor elle peut, suivant ses règlements, accorder des diplôme dans les lettres, dans les sciences et dans les arts, sans fair aucune acception de la religion des aspirants.
Maintenant est-il besoin de dire ce qui rend totalemei vicieuse en Irlande une institution qui, quoique plus excli sive en Angleterre, y présente quelques avantages au mihe d'abus immenses? Ne voit-on pas du premier coup d'œ que cette institution, qui remet le haut enseignement l'Église protestante, ne saurait exciter en Irlande, chez u peuple catholique, que des sentiments de défiance et d haine? Quel catholique irlandais, en le supposant riche, ser enchn à faire, pour ses enfants, les frais d'une éducatio dont le protestantisme est le fond? Lequel reposera trar quille après avoir déposé son fils dans le sein d'un établis sèment que l'on considère en Irlande comme le foyer ai dent du prosélytisme anglican ? Qui ne comprend mainte nant comment l'Université d'Irlande,* qui, en principe, eî moins défectueuse peut-être que les Universités d'Angleterr et d'Ecosse, est, par le fait, mille fois pire? L'Université d Dublin ouvre son sein à tous ; mais telle est la nature d son institution, qu'elle ne convient qu'à une minorité Les Universités d'Oxford et de Cambridge attirent à elles par leur célébrité, tous les jeunes Irlandais protestants de famille riche. Tandis que les principes et les pas sions que l'Université de Dublin recèle dans son seii éloignent d'elle tous les enfants des cathoHques d'Ir