‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 176 sur 333 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

le faisait, que fait naître encore parmi les catholiques irlan lis cette obligation de payer un tribut au ministre d'un culte nemi;un tribut dont l'acquitlemenl implique une sorte dommage à l'homme qui le reçoit et à la supériorité du culte nt celui-ci est l'apôtre ; un tribut que jadis les cathohques yaient à leur propre Eglise, à l'Église du pays, et que nntenant ils sont tenus d'offrir aux ministres d'un culte porté par l'étranger. Comment les catholiques d'Irlande yeraient-ils de bonne grâce à un pareil créancier cette tte qui n'est pas seulement onéreuse pour eux comme œ, mais qui pèse surtout sur leur dignité, et dont ils ne uvent se libérer sans charger d'une sorte de remords leur tiscience religieuse? Et l'acquittement de cet impôt angli- 1 ne heurte pas seulement les catholiques, il froisse core tous ceux qui, quoique proteslants, suivent un au- I rit que l'Église anglicane et qui souffrent d'honorer térieurement et de soutenir un culte qui n'est pas le ir. '

Enfin, parmi les anglicans eux-mêmes, la dîme est impulaire, car, à leurs yeux, leur propre clergé est déjà n assez riche ; et ce leur est une grande charge que de ^er ce tribut dont ils ne peuvent reporter 4e fardeau sur irs fermiers sans augmenter, par ce surcroît de fermage, misère de ceux-ci et tous les périls que cette misère enite.

Maintenant faut-il s'élonner s'il est arrivé sans cesse 'au milieu de ces sentiments presque unanimes à frap- ' la dime de réprobation, les catholiques, qui sont naellement les plus hostiles de tous à ce revenu de l'Église ^licane, aient refusé d(i la payer, et qu'ils aient mieux lé se soumeltre à toutes les conséquences légales de leur us, c'est-à-dire à tous les procédés et à tous les frais neexécutionjudiciaire, que de faire, en payant de bonne onté, un acte de condescendance qui les humiliait? S'est-il pas naturel que les exigences répétées d'une

part, et de l'autre la persévérance des refus aient amen des collisions violentes et des haines secrètes (1)?

Lorsqu'un peuple souffre de plusieurs oppressions ; Ion que chez ce peuple une grande masse de maux s'accumuh il semble que, s'il se révolte, ce sera au nom de toutes se misères ; il semble qu'il rassemblera tous ses griefs à la foi pour appuyer sur eux son insurrection et qu'il tiendra à al taquer non telle ou telle cause, mais tous les causes de se souffrances. Ce n'est -point ainsi, cependant, que les peu pies ont coutume de procéder dans leurs efforts de déli vrance. Quelque innombrables que soient les maux d'u] peuple opprimé, on est sûr que toute explosion des pas sions populaires, aboutissant à une révolte, adopte ui grief principal qui résume en lui tous les griefs, et ser de point de ralliement à toutes les haines.

La demande de la dîme et les résistances qu'elle provoqu ont sans cesse offert et offriront longtemps encore aux pas sions populaires ce drapeau séditieux. Voyez, la forme qu prend la lutte lors de la fameuse rébelhon dont, en 1851 la dîme fut l'occasion. De toutes parts on s'assemble, oi délibère, on prend des résolutions communes ; le refu de la dîme est décrété par la voix populaire qui déclare

« Que le système des dîmes est particulièrement funest aux habitants de ce pays, condamnés à maintenir dans 1 luxe et l'oisiveté toute une classe de personnes dont ils n reçoivent en échange que des marques de haine et de me pris (2). »

Cependant, en dépit de ces manifestations hostiles, 1 ministre de l'Église anglicane se prépare à lever ses dîmes c'est son droit; il l'exerce, il le fait valoir auprès de tou ses débiteurs, mais ceux-ci refusent unanimement. Alors 1 ministre anglican s'adresse à la justice en même temp qu'il réclame l'appui de la force publique. Un porteur d contraintes va déposer des sommations légales chez tous le récalcitrants, et pour que cet officier ne rencontre poin

DEUXIÈME l'ÀUtlE. 395

obstacles sur son chemin, trente ou quarante gendarmes oliceiiien) sont mis à sa disposition et l'accompagnent ins sa périlleuse tournée. Celte formalité remplie, un gement est bientôt obtenu qui condamne les opposants, lis ceux-ci ne s'y soumettent point ; ils appellent du jugeent sur quelque motif réel ou imaginaire ; ils plaident, nt des frais, gagnent du temps, le tribunal supérieur les ndamne encore ; mais, cette sentence étant rendue, ils obéissent pas davantage et refusent de payer. Le ministre iglican,dont le droit vient de recevoir les plus solennelles nclions de la justice, voit ce droit périr s'il n'a pas reurs aux moyehs les plus rigoureux d'exécution^: il se réut à les employer.

On vient pour saisir le bétail du débiteur : on ne le }uve point, il a disparu la veille, il est caché. A force d cherches on le découvre : alors le peuple s'assemble et lasse les exécuteurs. La gendarmerie est mandée ; à peine met-elle en roule pour venir au heu où on l'appelle, que s signaux faits sur la montagne, des clameurs convenues, s sons de corne familiers aux pâtres du pays, annoncent loutes les populations d'alentour l'arrivée de la force puique; ces bruits se répètent d'échos en échos, les cabanes igilent au loin, toute la campagne est en émoi, chacun il le lieu du rendez-vous : c'est celui de la saisie projetée, i y arrive de toutes parts, on se parle, on se consulte, on incourage, on s'excite mutuellement à la résistance ; le :sin sonne, les coiistables approchent; ils arrivent^Des lées universelles que suit un morne silence les accueil- U, Aidés de cette force imposante, les gens de justice imparent enfin de leur proie. Mais pendant qu'ils décrinl les objets saisis, la passion populaire s'enflamme; on lint les malheureux qu'atteint cette exécution, on voit des iiilles éplorées, une femme, des enfants s'atlachant aux jets dont les recors s'emparent ; et l'on dit hautement que s rigueurs, ces misères, ce deuil, sont l'œuvre d un

homme d'Église proteslant, dont il faut que le sang du pa vro peuple catholique engraisse l'opulence, et les ci d'horreur retentissent; l'indignation, la colère s'accroisser des murmures lerrihles se font entendre, l'orage s'avani à grands pas et gronde d'un bruit formidable, celui de vengeance populaire. En un instant les agents de la fon publique sont outragés, menacés, assaillis de coups... Alors un ministre proteslant, juge de paix du voisinage, p raît, lit au peuple la loi sur les émeutes (the riot act) et o donne aux constables de faire feu sur le peuple. Il est obé Dès. ce moment la fureur de la multitude ne connaît plus c limites. Cette population qu'on croit réduite et écrasé parce qu'on l'a dépouillée de ses armes, trouve encore dai le sein de cette terre qu'elle foule aux pieds des arme assez terribles pour en accabler ses ennemis. Elle supplc par l'énergie et par le désespoir aux moyens de combat qi lui manquent, et après une courte lutte, la moitié des coi stables, restés sur la place et tués à coups de pierres, détei mine la retraite des autres qui s'en vont laissant la foui enivrée de son succès inespéré et de sa sanglante vi( toiro (1).

Il arrive parfois que la sentence judiciaire ne rencontr point de pareils obstacles dans son exécution ; la saisie s'( père, mais celui dans l'intérêt duquel elle se pratique n'e tire pas pour cela plus de profit.

Les objets appartenant au débiteur étant placés sous 1 main de la justice, il faut encore les vendre au profil d créancier. Alors, la difficulté est de trouver des acheteun Une enchère est ouverte ; mais nul ne se présente pou enchérir, et malheur à qui couvrirait la mise à prix! D'ei froyables menaces sont placardées çà et là contre quico; que se rendrait adjudicataire d'un objet vendu pour i payement d'une dime! Ces menaces n'ont pas besoin dêtr écrites, elles sont dans les clameurs de la multitude assen blée autour des agents judiciaires qui procèdent à la vente

Page 1