DEUXIEME PARTIE
sionnées absolument par les mêmes causes que celles des habitants du sud (4), désolèrent tour à tour différentes parties de l'Ulster, ont assez prouvé que l'oppression des propriétaires irlandais ne s'est pas renfermée dans le sud et dans l'ouest. « Tous les acteurs dans cette insurrection {celle de 1764), dit un auteur souvent cité dans ce livre, étaient des protestants, soit de l'Église établie, soit des dissidents (2). » Mais, alors même que ces insurrections violentes éclatèrent dans l'Ulster, l'état social du nord les modifia. Elles se montrèrent alors sous une forme moins sauvage. Comme les opprimés étaient moins malheureux, ils étaient moins impitoyables dans leur vengeance; moins cruels, parce qu'ils étaient plus civiHsés. Une révolte d'esclaves, dit lord Charlemont, est toujours plus sanglante qu'une insurrection d'hommes libres (3). Mais aussi ces hommes dont la rébellion était moins atroce que celle des insurgés du sud, se révoltaient pour des causes moindres que celles qui poussaient ceux-ci à la violence; car, étant plus éclairés et moins misérables, ils souffraient autant d'un moindre mal.
Les insurrections purement sociales ont presque entièrement cessé dans le nord de llrlande; elles y sont devenues purement politiques; et c'est encore ce qui va se comprendre sans peine. Nous avons vu ce qui dans l'Ulster travaille à y diminuer l'oppression sociale, qui, dans le sud, tend au contraire à s'accroître. Mais une partie des causes qui amènent ces effets doivent aussi favoriser dans le nord l'accroissement des passions et des discordes politiques. Dans le sud et l'ouest, la guerre est principalement entre riches et pau vres; dans le nord, elle est surtout entre protestants ot ca. tholiques. Dans le sud, les catholiques sont tellement en majorité que les protestants se bornent à lutter contre ceuxci avec des textes de lois; dans le nord, au contraire, les uns et les autres sont partagés assez également pour que chaque dispute entre eux puisse être suivie d'un engagement
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à force ouverte. Agraire dans le sud, la guerre est religieuse dans le nord. Ainsi on voit beaucoup moins dans le nord que dans le sud de ces crimes violents ayant pour objet l'oc. cupalion du sol, de ces vengeances du fermier contre le propriétaire. Mais on y voit plus que dans le sud l'assassinat d'un protestant par un catholique pour cause seule de religion, des faux témoignages que la haine religieuse inspire seule, des violences de parti à parti. Devant les tribunaux du nord, il éclate peut-être plus de passions que dans le sud entre protestants et catholiques ; mais au fond la loi y est moins haïe, la justice moins odieuse, le juge moins délesté, parce qu'il y a un plus grand nombre qui peuvent aimer et respecter le juge et les lois.
On comprend maintenant ce qu'il y a d'exceptionnel dans l'état du nord, où il se trouve plus d'oppression pohlique que de misère sociale, tandis que généralement en Irlande il y a encore plus de misère sociale que de maux politiques.