CHAPITRE V
résumé des chapitres précédents. — illusion que se fait l'aristocratie d'irlande.
On vient de voir comment une cause politique et un principe religieux ont corrompu, en Irlande, l'aristocratie et ses institutions.
L'aristocratie irlandaise le plus souvent ne gouverne pas ; quand elle gouverne, elle gouverne mal. Elle manque de la première condition essentielle à tout gouvernement pour être bienfaisant, qui est d'éprouver de la sympathie pour les sujets et de ne pas les mépriser. Absente, on la déteste; présente, on la maudit. Elle possède toute la terre dans un pays où le peuple n'a que la terre pour vivre, et d'immenses revenus dont elle ne rend pas une obole aux malheureux dont elle les tient. Elle a de grands pouvoirs civils, et elle fait de sa puissance un tel usage, que le gouvernement et le sujet ne connaissent d'autre procédé que la force : le premier, pour imposer sa loi; le second, pour s'y soustraire. Elle a de grands privilèges religieux dont elle a si étrangement abusé, qu'elle a rendu son culte haïssable parmi mille objets de haine. Voilà certes des excès considérables et si énormes, que l'on peut dire qu'elle n'a d'une aristocratie que le nom.
Mais il y a dans cette aristocratie quelque chose peutêtre de plus surprenant et de plus extraordinaire que ses vices : ce sont les illusions qu'elle se fait : c'est la foi qu'elle a dans la sainteté de son droit, dans la légitimité de son titre ; c'est 1 indignation que lui fait éprouver toute contestation du moindre de ses privilèges !
J'admettrai, si l'on veut, qu'après la conquête de l'It^lande, les Anglais conquérants aient rencontré de grands