DEUXIEME PARTIE
idée de son caractère : il y a en lui l'homme que la tyrannie a travaillé pendant sept siècles à corrompre, et celui que, pendant le même temps, la religion s'est efforcée de conserver pur.
Toutes les portions de son âme qu'a touchées le despotisme sont flétries; la plaie y est large et profonde. Tout dans cette partie est vice, de quelque nom qu'on l'appelle, soit lâcheté, soit indolence, fourberie ou cruauté; il y a dans l'Irlandais la moitié d'un esclave.
Mais il est un repli de son âme où la tyrannie a vainement tenté de s'introduire, et qui ainsi est toujours demeuré pur de toute souillure : c'est celui qui renferme sa foi rehgieuse. Attaqué dans tous ses droits, il les. a tous cédés à la force, hors un seul, celui d'adorer Dieu, selon sa foi : et dans le même temps où il s'abandonnait tout entier à la tyrannie de ses maîtres, il réservait son âme, et conservait ainsi en lui-même un asile pour la vertu. 11 a fait plus que de ne pas se soumettre. Sa conscience s'est soulevée et maintenue pendant des siècles en état de constante révolte. Cette rébeUion de l'esclave, c'est la liberté même. De là lui est venue la persécution avec tous ses maux ; de là les dévouements sublimes, le sacrifice, source de toute grandeur morale, la résignation, cette éternelle puissance du faible. Ainsi la religion n'a jamais déserté de son âme, ni cessé d'en défendre les parties saines contre le^ entreprises du despotisme. C'est par la religion qu'au sein de la plus grande oppression l'Irlandais n'a jamais cessé d'être un homme hbre.