DEUXIÈME PARTIE
parliculier, où chacun a le droit de se rendre, dont le président est chaque fois nommé à la majorité des suffrages, et dans laquelle tout le monde a le droit de proposer son avis.
Mais, quelle que soit la forme, le fond est toujours le même; le nom de l'association varie aussi, quoique ses éléments ne changent guère. En 18-25, elle s'appelait l'association catholique: non que les protestants en fussent exclus, un grand nombre, au contraire, en faisaient partie; mais parce qu'alors le grand objet en litige était d'obtenir de l'Angleterre l'émancipation pohtique des catholiques irlandais. Lorsqu'on 1825 l'association est dissoute par le parlement, elle se reforme aussitôt sous un autre nom. En 1837 et 1838, elle s'appelait ï association générale de l'Irlande; à l'instant même où j'écris, elle a pris le nom de société des Précurseurs (Precursor s societij] (1). Dans une harangue récente, O'Connell annonçait que bientôt elle s'appellerait Vassociation nationale. Sous ces dénominations diverses, elle est toujours la même, c'est-à-dire la représentation réelle du corps de la nation.
C'est à ce titre qu'elle commande à l'Irlande et qu'elle est obéie. A sa voix, toutes les paroisses d'Irlande s'assemblent; des réunions se forment dans les baronnies, au centre des comtés, partout où elle ordonne aux citoyens de se mouvoir; le même jour, à la même heure, l'Irlande entière est debout, occupée du même objet, sous le joug d'une même passion, poursuivant un but commun. Il ne s'agit, il est vrai, que d'une pétition à présenter au parlement : mais qu'arriverait-il si, au lieu de demander des signatures, l'association appelait des baïonnettes?
L'association, qui s'était formée pur les sympathies populaires, est devenue chaque jour plus puissante par ses victoires. La fameuse élection de Clare, l'émancipation de 1829, la rébellion de 1831 contre les dîmes, le triomphe des candidats populaires dans les élections, sont ses
œuvres incontestables. Tout le monde lui obéit mieux depuis qu'elle a prouvé sa force et son habileté.
L'association s'établit la patronne de tous les citoyens : elle provoque et reçoit la plainte de quiconque a des griefs contre l'autorité publique, contre les ministres de l'église anglicane, et surtout contre les magistrats appartenant à Taristocralie. Depuis que l'association couvre le pays de son égide, il n'y a pas en Irlande de pauvre paysan si faible et si isolé qui n'ait contre le plus riche et le plus puissant oppresseur l'appui du corps entier de la nation.
La cupidité de quelque ministre protestant, âpre et rigide dans la collection de ses revenus, lui est-elle signalée, l'association le flétrit par un blâme public : et l'on sait quel sort en Irlande attend ceux qui sont désignés à la haine du peuple. Le pauvre qui devait la dîme a-t-il été mis en prison faute de payement, l'association fait les fonds nécessaires pour obtenir sa liberté. Quiconque résiste au payement de la dime reçoit d'elle un appui moral et matériel. Un jour, en 1857, elle accueille avec de longues acclamations un homme qui, assez riche pour payer la dîme, l'a refusée, et s'est laissé conduire en prison plutôt que d'obéir à la loi (1).
Mais c'est surtout aux approches d'une élection politique que l'association montre sa puissance. Appliquée d'abord à la préparation des listes électorales, elle veille à l'inscription des électeurs indépendants, et en fait les frais quand ceux-ci sont pauvres ; si des orangistes sont indûment inscrits, elle poursuit elle-même leur radiation. Le jour de l'élection étant arrivé, elle fait des proclamations au peuple pour lui enseigner ses devoirs et ses droits; elle lui dit les réformes nécessaires au salut du pays et les engagements que doit prendre tout candidat aspirant à ses suffrages ; elle proclame hautement les noms de ceux qui seuls ont droit à sa confiance et dit à chaque locaUté le représentant qu'elle doit élire. L'élection finie, l'association ce-