DEUXIEME PARTIE. C
parmi les protestants du Nord, Samuel Neilson, de Belfast.
Tous ces éléments des partis, en Irlande, sont aujourd'hui renversés et leurs conditions changées. La nation, qui ne comptait pour rien, étant devenue à peu près tout, les divisions des protestants entre eux n'ont pu rester les mêmes, et, quand ils se sont séparés, ce n'a plus été pour former chacun un parti protestant distinct, mais pour s'unir à la cause populaire, ou pour s'établir en opposition contre elle. De ce moment ce ne sont plus des opinions et des systèmes divers qui se sont trouvés en présence, mais deux ennemis implacables qui ont juré la ruine l'un de l'autre, entre lesquels il n'y a point de compromis possible, et qui, quand même ils ne combattent pas, ont toujours les armes à la main. De là la nécessité où est chacun en h^lande de se placer sous l'un des deux drapeaux qui s'offrent à sa vue ; de là les deux partis qui, seuls aujourd'hui, se montrent dans ce pays.
Le premier est le vieux parti anglican qui prend pour devise le salut de l'ÉgHse protestante, et pour mol de ralliement la haine du papisme ; son principe sacramentel, c'est l'union intime de l'Église et de l'État, c'est-à-dire du culte anglican et de l'aristocratie anglicane. Tandis que tout marche et que tout change autour de lui, il demeure immobile, et il soutiendrait, sous les ruines de l'univers, qu'une société politique ne saurait exister si elle n'est exclusivement anglicane.
Ce parti ne conçoit une société protestante qu'avec une éghse protestante, un gouvernement protestant, un roi protestant, un parlement protestant, des juges et des fonctionnaires protestants, des citoyens et des soldats protestants (1); quiconque dans le pays n'est pas protestant est, à ses yeux, comme s'il n'existait pas, et n'a qu'une vie fictive.
Ce parti considère que tout ce qui a été fait contrairement à ce principe exclusif a été mal fait. On a violé la constitution le jour où l'on a aboli une seule des lois pénales
portées contre les catholiques d'Irlande. Ces lois n'opprimaient nullement les catholiques : il ne dépendait que de ceux-ci de devenir libres sous la protection des lois; ils n'avaient pour cela qu'à se faire protestants : or il était bien naturel qu'on exigeât d'eux cette condition, puisque le protestantisme est la loi du pays, la loi de l'État, la loi du sol. Ce parti en est encore à 1688.
On a, suivant ce parti, violé la constitution le jour où l'on a permis à l'Ecosse d'avoir une éghse presbytérienne, et une sorte de sacrilège a été commis quand le parlement anglais a doté des fonds de l'État un séminaire destiné à l'éducation des prêtres catholiques; on a encore violé la constitution lorsqu'on a concédé aux catholiques d'Irlande le droit électoral, le droit d'être élus au parlement. Aux yeux du parti, ces concessions sont comme non avenues, et celui qui cioit impossible de les reprendre les déplore. Toutes les fois que de pareilles concessions sont faites aux cathohques, le parti tory voit ou feint de voir un monstre effroyable prêt à s'échapper de la cage de fer où il est enchaîné pour s'élancer sur le peuple et le dévorer; ce monstre hideux, c'est le papisme.
Ce parti a en vénération singulière le nom du roi Guillaume 111, prince d'Orange, vainqueur de la Boyne, et le dernier patron de l'église anglicane en Irlande; il s'inspire de son souvenir, porte les emblèmes qui le rappellent (1), offredans les banquets publics des toasts à sa glorieuse mémoire, et s'efforce de maintenir dans toute leur vigueur les passions rehgieuses sur lesquelles s'éleva la fortune de ce prince : de là lui est venu le nom de parti orangisle (!2).
Ce parti qui, pendant plus d'un siècle, foula aux pieds le peuple catholique, a pour ce peuple encore plus de mépris que de haine; quand il dit une compagnie honnête, c'est nécessairement d'une compagnie de protestants qu'il parle; dans sa bouche, tout ce qui est protestant s'appelle respectable par opposition à tout ce qui est cathohque.