‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 236 sur 333 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Ce parti estime que tous les maux du pays lui sont venus de la faiblesse du pouvoir qui n'a point, dans l'occasion, assez réprimé les rebelles (1). Après avoir constaté qu'après l'insurrection de 1798, soixante-six personnes accusées de rébellion furent exécutées, seulement àWexford, l'historien sir Richard Musgrave, qui trouve molle la répression, ajoute: On peut juger de la clémence du gouvernement (2).... Voilà le véritable orangisté. Sous ces ardentes passions rehgieuses et politiques du parti orangisté ou tory se trouvent bien aussi quelques intérêts matériels, entre autres celui de conserver d'immenses privilèges pour une aristocratie qui ne gouverne point, et de magnifiques revenus pour une église qui n'a rien à faire.

Le parti radical se compose de tout ce qui n'est pas le parti tory. Comme il s'appuie à sa base sur la population catholique qui est tonte à lui, on l'appelle aussi le parti catholique ou national; il a pour racine la vieille Irlande celtique et hbre; pour tête, la jeune Irlande affranchie; pour âme, la religion catholique; pour drapeau, la liberté. Ses griefs et ses haines reposent sur six cents ans d'oppression ; ses espérances sur un demi-siècle de victoires; la sainteté de sa cause sur une suite d'infortunes qui dépassent toute croyance.

Quoiqu'il soit profondément cathohque, beaucoup de protestants s'y rencontrent, tandis que dans le parti protestant tory il n'y a pas un cathoHque.

Le parti catholique est aussi en Irlande le parti hbéral, et la raison en est simple : les catholiques dont il se compose en grande partie, ayant été longtemps opprimés, ont naturellement demandé des réformes que les tories, au profit de qui la tyrannie était instituée, combattaient de toute leur puissance. Ceux-ci, qui repoussent ces réformes sous le prétexte qu'elles sont incompatibles avec la constitution, prennent, par opposition au parti libéral, le nom de parti constitutionnel.

C'est ce parti national ou catholique libéral ou radical, qui en Irlande, il y a cinquante ans, cachait humblement sa tête, et qui à présent la lève avec audace, appuyé sur sept millions d'hommes {] ) .

C'est ce parti, qui est plus qu'un parti puisqu'il est la nation même, qui, en 1792, poussant son premier cri, montra que pour être puissant il lui suffisait de naître, et obtint alors la première émancipation politique des catholiques.

C'est ce parti qui, après avoir reçu de la révolution française un heureux élan, fut ensuite écrasé par elle; 89 l'avait aidé; 95 le tua.

C'est ce parti, sur le cadavre duquel passa l'union de 1 800; qui, après un néant de plus de vingt années, renaît au sein de l'association formée par O'Connell, prend pour mot de ralliement en 1825, l'émancipation parlementaire des catholiques; en 1851, l'abolition des dîmes; en 1855, la rupture de l'union ; en 1858, la réforme de l'Église et des corporations municipales.

Lorsque je dis qu'il n'y a en Irlande que deux partis, je ne prétends pas soutenir que tous ceux qu'on voit rassemblés sous la même bannière pensent de même : loin de là. Tel protestant pactise avec le parti tory, et qui est bien loin d'en avoir toutes les passions et tous les principes. Tel autre combat pour une réforme radicale, et qui d'ailleurs procède, en politique et en rehgion, de principes fort différents de ceux des catholiques auxquels il s'allie. C'est ainsi que les presbytériens dissidents ou unitaires, qui, sur beaucoup de points, sont si éloignés du parti cathoHque, en sont cependant les auxiliaires.

Les nuances se rencontrent surtout parmi les protestants qui, quoique appartenant à l'égHse anglicane, se séparent cependant du parti orangiste ou anglican pour appuyer le parti cathohque ou national. Les uns, en embrassant la cause libérale, n'obéissent qu'à un sentiment profond do

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