‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 238 sur 333 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

et du fait, a réussi jusqu'à présent à prévenir la naissance, parmi le peuple, d'un parti whig modéré ou d'un parti révolulionnaire.

Cependant il est probable que si, durant une longue suite d'années, l'Angleterre refusait à l'Irlande les réformes que réclame le parti radical existant chez celle-ci, il se formerait au-dessous de ce parti un parti plus radical encore, et qui ne pourrait être^ tel qu'en devenant révolutionnaire ; de même que si, de grandes concessions étant faites à l'Irlande, SOS plus larges plaies se guérissaient, il se pourrait que, entre le parti tory et le parti radical actuel, il se formât un parti whig.

Quoi qu'il en soit de l'avenir, comme le seul parti dans lequel les divisions pourraient naître est aujourd'hui uni et compacte, il faut absolument, en Irlande, faire son choix entre lui et son adversaire.

Tels sont les principaux traits des deux partis politiques qui divisent l'Irlande de nos jours. J'ignore si ces deux partis ont été jadis plus opposés l'un à l'autre qu'ils ne le sont à présent; mais il est difficile qu'en aucun temps ils se soient témoigné plus de haine. Peut-être est-ce un effet de la plus grande liberté dont ils jouissent, et qui leur permet d'exprimer plus énergiquement des inimitiés moins fortes; j)eut-èlre, sans être aussi ennemis, sont-ils plus animés. Il s'est fait, depuis vingt années, dans l'état social et politique de l'ii lande, tant de changements considérables, sujets de triomphe pour l'un, d'abaissement pour l'autre, et dont le souvenir tout récent excite chez celui-ci des joies si insolentes, et chez celui-là des rancunes siamères! Ce que l'on ne peut nier, c'est que l'esprit de parti se mêle à tout en Irlande.

Il empoisonne les relations sociales. Les tories et les radicaux irlandais ne forment pas seulement deux partis, mais encore deux classes distinctes qui n'ont entre elles aucun contact, bien différentes des partis anglais, dont on voit

souvent les chefs opposés, après une lutte violente dans le parlement, se rencontrer le même jour au sein d'un cercle . ami, où ils n'entrent qu'après avoir déposé tout souvenir de querelle et tout ressentiment. En Irlande, la séparation des deux partis est en quelque sorte matérielle : il y a dans chaque ville l'hôtel catholique et l'hôtel protestant. On distingue de même tel ou tel meeting, tel bal, tel dîner; la même distinction s'étend aux chemins et aux rivières, et il n'y a pas longtemps qu'un lord d'hlande réclamait l'intervention du gouvernement pour empêcher la construction d'un pont papiste (1).

Mais l'esprit de parti ne s'arrête pas là en Irlande ; et, (jiii le croirait? il pénétre si profondément dans les âmes, qu'au milieu d'un pays tout chrétien il parvient à corrompre jusqu'à la source même de la charité. A quoi bon, s'écrie le protestant tory, prendre souci des pauvres et de leur misère? est-ce qu'il ne se trouve pas des pauvres en tous pays? est-ce que l'Irlande n'en a pas toujours regorgé? —Maudits soient les grands propriétaires d'Irlande! s'écrie le radical irlandais. Us voient sans pitié les affreuses mi- !«:ères qui couvrent leurs domaines. Le pauvre, dont la charité est d'aimer les riches, ne leur doit que la haine.

Mais c'est surtout dans le nord de l'Irlande que ces passions haineuses se montrent et sévissent dans toute leur violence; là, les partis ne sont pas autres, mais ils sont dans des conditions différentes. Dans le sud, où il y a, terme moyen, plus de vingt catholiques contre un protes- • tant, le parti tory est numériquement (2) trop faible pour se mesurer sur l'arène avec son adversaire; là tout combat singulier lui serait funeste; il ne prend donc jamais l'offensive; et, quand il est attaqué à force ouverte, au heu de se défendre les armes à la main, il appelle à son secours le gouvernement et la loi, la police et l'armée.

Dans le nord, au contraire, comme les deux partis sont à peu prés de force égale, chacun peut espérer le succès

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