DEUXIÈME PARTIE
d'une lutte violente; aussi voit-on toujours les deux partis prêts à entrer dans la lice, et l'on s'y croit toujours à la veille d'une guerre civile. Les violences qui ont coutume de se commettre dans le sud, les attentats des White-Boys et leurs terribles confédérations, tiennent bien moins à l'esprit de parti politique qu'à un vice d'organisation sociale. ]'est, au contraire, la passion de parti qui domine dans e nord.
Wolf Tone raconte, dans ses Mémoires, qu'en 1792 (l), m de ses amis et lui-même étant allés dans le comté de )erry (Ulster) pour y remplir une mission politique, des mbergistes protestants du village de Rathfriland, sachant ju'ils étaient catholiques, refusèrent de leur servira déjeuler pour leur argent.
En 1857 j'étais dans la province d'Ulster le l*'' juillet; î'est le jour de l'année où le parti orangiste a coutume de îéléBrer les glorieux souvenirs de la Boyne et de Guilaume III. Ma qualité d'étranger ne me préserva point des njures dont, en cette circonstances, tout catholique est objet; et plus d'une fois je fus assailli de cette clameur )opulaire :
No popery! (à bas le papisme !)
On s'entretenait alors dans le pays d'un triste événenent. Le 28 juin précédent, jour de fête parmi les catholilues d'Irlande, dans le comté de Monaghan, des femmes et les enfants, tous pauvres catholiques, étaient réunis pai- ;iblement autour d'un feu de joie, où une gaieté douce e confondait dans de pieux sentiments.
Tout à coup trois coups de fusil se font entendre; quatre mfants tombent, frappés de mort. Les meurtriers démènent inconnus ; mais aussitôt chacun répète que la haine les prolestants contre les papistes a enfanté ce crime, et ml n'en doute.
Du reste, le parti orangiste, dont l'Ulster est le foyer, nanifesle de nos jours plus de penchant pour l'emploi de
ia violence qu il n'en avait montré jusqu'ici. Autrefois les menaces de la force matérielle venaient plutôt du parti catholique et radical, de la masse populaire, à laquelle il ne manquait pour s'insurger que des supérieurs et des chefs.
Pendant longtemps, le peuple irlandais a cru sincèrement que sa délivrance et sa régénération ne lui viendraient que d'une révolution politique, qui, remettant en question les droits au gouvernement et à la propriété, ferait rentrer le pouvoir et les terres dans les mains des premiers possesseurs ou de leurs héritiers. Ces traditions, jadis familières au parti national, se sont d'abord affaiblies dans une longue et stérile attente; et puis, d'heureux progrès obtenus au sein du travail et d'institutions libres, ont achevé de dissiper ces rêves de soudaine et violente prospérité. Mais il semble que, dans l'instant où le principe de violence était abandonné par les catholiques, il ait été recueilli par le parti orangiste.
Rien n'est plus fréquent que d'entendre des membres de ce parti exprimer le désir ardent d'une lutte à force ouverte.
Il n'est point, disent-ils, d'accord possible entre papistes et protestants ; c'est chimère que de vouloir les faire vivre sur la même terre; il faut absolument que les uns en repoussent les autres, comme la vérité doit chasser le mensonge; c'est entre eux une querelle de vie ou de mort. Qu'un engagement décisif, qu'une guerre d'extermination termine donc entre eux le débat!
Ce langage n'est point avoué par le parti tory, mais beaucoup de tories le tiennent*.
Ceux-ci pensent que si, en définitive, il faut un jour en venir aux mains, autant vaut que ce soit toute de suite que plus tard; ils voient leur puissance déchner chaque jour, et estiment plus sage de livrer le combat pendant qu'ils sont encore forts.