‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 254 sur 333 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Mais, en fait, leur sort est encore bien plus dissemblable.

En Angleterre, il y a des pauvres, mais non un peuple de pauvres; la masse de la population travaille, et beaucoup :|ui prétendent manquer d'emploi en trouveraient sans aeine, s'il ne leur plaisait davantage de demeurer oisifs, et s'ils n'aimaient mieux vivre de la charité publique que de leur propre industrie. On conçoit que, dans un tel pays, on nt pu sans inhumanité donner aux dispensateurs de la charité un pouvoir discrétionnaire qui, sans leur interdire l'usage du secours le plus doux en faveur de l'indigence irréprochable, leur permît de n'accorder qu'une charité sévère i la misère suspecte de fainéantise. Une pareille faculté ne pouvait faire naître beaucoup de rigueurs dans un pays où le mode d'assistance le plus agréable au pauvre est profondément enraciné dans les mœurs ; et l'on avait plutôt à craindre que le droit donné par la loi d'être moins indulgent ne fût jamais exercé.

I/institution des maisons de travail pour les pauvres, en Angleterre, a un but moral qui se saisit sans peine; c'est une menace contre l'oisiveté volontaire qui se dit malheureuse ; et, quand un pauvre se prétend dans le besoin, c'est une épreuve à laquelle on reconnaît la réalité de sa détresse.

Mais quel peut être le mérite d'une pareille institution en Irlande, où, si l'on écarte les indigences douteuses, il reste encore des millions de misères qui ne sauraient être contestées ; où ces millions de pauvres sont plongés dans une détresse absolument indépendante de leur volonté ; où ils ne travaillent point, non parce qu'ils ne le veulent pas,

y ici erre et en Irlande la loi des pauvres : En 1857, il y a eu en Angleilerre 816,000 pauvres secourus, — dont 115,000 seulement dans les woi'khouses et 705,000 seciurus à donucile. En Irlande, lu même année, il y a eu 19i),0l30 pauvres secourus, dont 186,000 dans les workbouses et 4,500 seulement à domicile.

{Note de la septième édition, 1862.)

no L'IRLANDE.

mais parce qu'ils ne le peuvent pas ; où celte impossibilité de trouver aucun travail est, non accidentelle et passagère, mais continue et permanente? Appliquer aux pauvres d'Irlande le système anglais est absurde ou cruel.

Tenter, par une influence morale quelconque, d'exciter au travail des gens qui matériellement ne sauraient travailler, est un non-sens. Et si, par celte influence on éloigne de la maison de charité ceux qu'on a promis de secourir, et qui auraient, pour vivre, un besoin absolu d'assistance, qu'estce à dire, sinon qu'on a pris un engagement hypocrite qu'on veut violer à tout prix, et qu'on échappe à l'obligation d'une chanté impossible par un expédient inhumain ^

On vi(>nt de montrer comment les conditions mises à la charité feront que celle-ci sera peu recherchée de ceux auxquels elle serait le plus nécessaire.

Il y a cependant un cas où, selon toute vraisemblance, une grande foule réclamera le secours public en dépit des rigueurs qui y sont attachées; je veux parler de ces époques de disette générale, où la famine sévit parmi le peuple, et où le besoin matériel de vivre fait taire toutes les répugnances morales. iMais alors ce n'est ni par centaines, ni par milliers, ni par centaines de mille, c'est par millions que les pauvres irlandais feront irruption sur la maison de charité'^; car dans ces temps funestes il s'étabHt sur toute l'Irlande un effroyable niveau de misère. Or, quel moyen de

* Les prévisions de l'auteur, sur l'effet, de la loi des pauvres en Irlande, se sont malheureusement réalisées. « AU classes of the Irish poor hold the workhouses in abhorrence; they are literally al death's door beforc Ihey seek relief within its walls... (EUen ^Yoodcock and Sarah Atkinson. Transactions of the national association for the promotion of social science.) — Thom's Diction., 646.

['^ote de la septième édition, 1862.)

* C'est ce qui est arrivé en 1847 el. 1848, lors de la grande famine. 11 est entré une année (en 1848) dans les wurkhouses jusqu'à 930,000 pauvres, et ce n'était pas la moilié de ceux qui demandaient du seconrs. ■ [Note de la septième édition, 1862.)

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