‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 261 sur 333 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

misse avoir ce pays. Une aiistocratie existe, qu'on veut éformer. Mais à qui remettre le pouvoir qu'on va retirer de es mains? — Aux classes moyennes? — Elles ne font que le naître en Irlande. L'avenir leur appartient : mais ne ompromettront-elles pas cet avenir, si la charge de mener i société est confiée dès aujourd'hui à leurs mains inhailes et à leurs ardentes passions?

Telle est aujourd'hui en Irlande la situation des partis, ue l'on ne peut obtenir quelque justice des pouvoirs poliques, si on les laisse à l'aristocratie protestante, et que l'on e saurait guère en espérer davantage, si on les donne ausitôl à la classe moyenne cathohque qui s'élève.

Ce qu'il faudrait à l'Irlande, ce serait une administration upérieure aux partis, à l'ombre de laquelle les classes loyennes pussent grandir, se développer et, s'instruire, endant que l'aristocratie perdrait son pouvoir.

Il y a là une grande œuvre à accomplir, et dont la tâche 'offre au gouvernement anglais.

Lorsque j'indique la centrahsation comme moyen de réormer en Irlande la société politique, j'ai hâte d'expliquer ur ce point ma pensée tout entière.

Je suis bien loin, assurément, de considérer comme sa- [itaire en lui-même le principe absolu de la centralisation. [ est tel gouvernement central qui me paraîtrait mille fois lire qu'aucune aristocratie. Le défaut général de celle-ci st de restreindre, par le patronage, le nombre des exis- Bnces individuelles; mais un pouvoir central, unique, [ui fait tout et dirige tout, ne diminue pas seulement la ie politique des citoyens, il l'anéantit.

Ce pouvoir ne serait ni tyrannique ni oppresseur, il se iendrait dans la limite des lois, respectant les passions et es intérêts populaires, que je ne l'en trouverais pas moins nauvais ; car il annulerait toujours l'existence politique des ndividus. Or, de même que la meilleure éducation est celle [ui développe chez l'homme son intelligence et multiplie

ses forces morales, de même les meilleures instilulions sont celles qui lui attribuent le plus de droits civils et de facultés politiques. Plus il y aura chez un peuple de personnes habiles à se conduire, à diriger leur famille, leur commune, la province, l'État, plus il y aura de puissance réelle dans ce pays, et plus la valeur de chacun sera accrue.

Alors même qu'on me prouverait que ce pouvoir central, unique, homme, assemblée, ministre ou commis, ferait mieux que tousles individus ensemble l'affaire deleur commune, de leur province, du pays entier, je n'en serais pas moins d'avis qu'il est mauvais d'enlever à ceux-ci le soin de ces divers intérêts ; parce qu'à mes yeux il s'agit bien moins de faire à tous une vie matériellement douce et commode, que d'agrandir, parles intérêts politiques, le domaine offert dans ce monde aux facultés de chacun. Ce n'est donc point une forme définitive de gouvernement que j'indique ici pour l'Irlande.

Autant un gouvernement central me paraît aujourd'hui nécessaire à ce pays, autant il me semblerait malheureux pour lui de le conserver longtemps. L'extrême centralisation est plutôt un violent remède qu'une institution; elle n'est pas un état, mais un accident; c'est une arme puissante dans le combat, et qu'il faut déposer après la lutte. Elle excelle surtout à détruire; et alors même qn'elle crée quelque chose, elle ne sait point le conserver. C'est une phase par laquelle passent les peuples qui ont besoin, avant d'édifier une société nouvelle, de balayer les débris de l'ancienne, et dont ils doivent se hâter de sortir, dès que l'œuvre de transition est consommée. Malheureusement il n'est pas toujours facile de congédier cet auxihaire, alors qu'on n'a plus besoin de lui; et la société peut trouver un germe de mort dans la cause qui l'a sauvée. Là est le péril. Ce danger est si grand, qu'un peuple ne doit le courir que s'il y avait pour lui un péril encore plus grave à ne s'y pas exposer. Il a le choix à faire entre la chance de ne pou-

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voir détruire un gouvernement mauvais sans le secours de la centralisation, et le risque de ne pouvoir, cette destruction étant faite, se débarrasser de l'instrument qui l'a exécutée. Mais c'est parce qu'en Irlande la réforme de l'aristocralie est le premier et le plus urgent besoin, qu'il faut, pour raccomplir, prendre l'instrument le plus puissant, quoique le plus périlleux.

11 n'entre, du reste, ni dans mon désir, ni dans mon plan, d'expliquer la forme et le mécanisme de la centralisation qui conviendrait à l'Irlande, et dont je me borne à reconnaître en principe l'utilité passagère pour ce pays; je ne hasarderai sur ce sujet qu'une seule idée pratique.

C'est que, pour organiser en Irlande un gouvernement central puissant, il faudrait de plus en plus resserrer le lien d'union qui attache l'Irlande à l'Angleterre, rapprocher le plus possible DubUn de Londres, et faire de l'Irlande un comté anglais.

Tout, aujourd'hui, conspire à rendre ce but facile à saisir. Nous ne sommes plus au temps où des semaines, quelquefois des mois de voyage, séparaient l'Irlande de l'Angleterre.

l]n jour, sous le régne de Henri YIll, on vit le parlement d'Irlande, privé depuis longtemps de toutes nouvelles d'Angleterre, confirmer, par un décret, le mariage du roi avec Anne Boleyn, et, le lendemain, par suite de l'arrivée du courrier, prononcer solennellement la nullité de ce mariage (1). Le parlement d'Irlande, s'il existait de notre temps, et qu'un tyran lui demandât un acte de bassesse, ne serait point ainsi exposé à déplaire au maître, tout en se montrant servile.

Grâce aux perfectionnements de la navigation et des roules, vingt heures seulement séparent Dublin de Londres. L'Irlande est plus près du parlement anglais que l'Ecosse et le pays de Galles.

On ne conteste point que l'Irlande ait besoin d'un gouvernement spécial ; et s'il y a nécessité de la soumettre à un

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régime législatif autre que celui de l'Angleterre, il faut bien aussi des agents particuliers pour appliquer des règles différentes d'adtniiîislralion. Mais, ceci étant admis, l'on ne voit pas ce qui aujourd'hui empêcherait de placer le siège du gouvernement irlandais dans la première ville de l'empire britannique.

D'autres considèrent la vice-royauté de Dublin et la cour qui l'environne comme propres à tempérer la violence des partis et à les diviser quand elles ne les amortissent pas. Mais cette opinion a-t-elle quelque fondement?

Le seul moyen, pour une cour, d'être brillante, c'est d'appeler à elle l'aristocratie du pays. Or, cette aristocratie, exclusive de sa nature, étant maîtresse du terrain, ne souffrira pas qu'on mêle dans ses rangs des gens de classe inférieure; et alors de quelle conciliation celte cour serat-elle la source? Supposons maintenant que le chef de cette cour à Dublin ait reçu du gouvernement dont il est l'agent le mandat de combattre l'aristocratie d'Irlande : comment pourra-t-il la convier à ses fêtes, ou s'abstenir de le faire? S'il la convoque, il la trompe; et l'offense, s'il la laisse dans l'oubli. Et alors même qu'il tentera de l'attirer, celle-ci, blessée dans son orgueil, et menacée dans ses intérêts, se tiendra à l'écart, affectera de mépriser une cour qu'elle appellera vulgaire et bourgeoise, et refusera de s'associer à des plaisirs dont elle n'entendra cependant pas le bruit sans les regretter !

Une cour à Dublin créerait les partis, s'ils n'existaient pas.

La réforme de la vice-royauté et l'abolition des administrations locales d'Irlande ne sont sans doute que des changements de forme. Mais ce sont des moyens pratiques indisl)ensablespour exécuter les réformes politiques dont cepays a besoin. 11 faut que, pendant la période de transition où se trouve l'Irlande, ceux qui la gouvernent soient placés absolument en dehors d'elle, de ses mœurs, de ses passions;

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