‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 277 sur 333 · TROISIEME PARTIE. 4C · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. 4C

Ces privilèges sont : la prédominance de son culte, qui, juoique professé par une petite minorité, est la religion égale de tous, et les grandes richesses données par l'État I son Église.

Comment l'aristocratie, perdant sa puissance politique 't civile, conserverait-elle une suprématie religieuse qui l'était que l'accessoire de ses autres privilèges? C'est à trand'peine que l'Église anglicane se maintient, appuyée ;urles pouvoirs temporels de l'aristocratie. Ceux-ci venant i lui manquer, sur quoi s'appuierait-elle?

Sans doute, au milieu de toutes les ruines du vieil édifice, m ne conservera pas cette Église, qui est pour l'Irlande un ;i grand fléau qu'il faudrait la détruire, alors même que ous les autres privilèges de l'aristocratie seraient épargnés.

L'obstination qu'on met à maintenir dans l'Irlande cathoique le principe légal et l'existence officielle de l'Église pro estante, prouve qu'il y a dans les institutions humaines un legré d'égoïsme et de folie, dont il est impossible de mar- |uer la limite.

On ne peut comprendre l'Église anglicane d'Irlande qu'à >a naissance. Le zèle religieux des temps nous l'explique. ]haque secte, au xvi' siècle, croyait tenir la vérité absolue, it regardait comme un saint devoir d'imposer sa croyance, nème par la force, à quiconque était assez malheureux lour avoir une autre foi. Alors l'esprit de prosélytisme aninait tous les cultes, et les anglicans, qui possédaient la Duissance temporelle, eussent montré à cette époque une grande modération, s'ils se fussent bornés, comme aujourd'hui, à placer sous les yeux des cathohques d'Irlande ce qu'ils considéraient comme VÉglise modèle, le type de la vraie foi, et qu'en leur offrant cette forme unique du vrai :ulte, ils leur eussent défendu tout autre mode d'adorer Dieu.

On concevrait encore que si, de notre temps, la même

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passion religieuse régnaitsur les âmes, il fût permis de s'ob stiner dans une entreprise dont trois siècles d'inutiles essais ont démontré le vice.

Mais la tolérance n'a-t-elle pas, de nos jours, remplacé, même en Angleterre, l'esprit de prosélytisme? En dépit de sa nature anglicane, le gouvernement anglais reconiiaîl tous les cultes; et les sectes les plus diverses, qui jadis se déchiraient entre elles, vivent maintenant paisibles sous la protection des lois.

Quel est donc le sens d'une Église créée dans un pays par le fanatisme religieux, et qui, après trois cents ans de persécutions stériles, continue d'exister, quand le fanatisme est éteint?

On trouve tîucore, il est vrai, parmi quelques congrégations protestantes d'Angleterre, d'Irlande et d'Ecosse, un zèle enthousiaste et une ardeur religieuse qui rappellent les premiers temps de la réformation; mais on doit rendre à l'Église anglicane établie en Irlande cette justice, qu'elle est bien complètement exempte de pareilles passions, el que, condamnée à vivre au milieu d'une population catholique, elle parait tout à fait résignée à son malheur*. Les ministres anglicans no semblent point préoccupés du besoin de faire des adeptes ; et la meilleure preuve que peuvent donner beaucoup d'entre eux de leur parfaite tolérance, c'est le fait mêmequ'ilsne résident point parmi ceux dont ils pouiraient tenter la conversion. C'est d'ailleurs une coutume familière aux ministres anglicans d'Irlande de reprocher aux cathohques leur esprit de prosélytisme; d'où il faut inférer que les ministres anglicans sont animés d'un autre esprit. Assurément cette modération est louable ; on ne peut que l'approuver. Mais si les ministres anglicans ne sont pas en

' On a vu plus haut, dans la Notice qui précède cette nouvelle édition, que l'esprit de prosélytisme s'est réveillé en Irlande, où en ce moment il sévit avec violence.

[Note de la septième édition, 1862.)

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