‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 289 sur 333 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

ion parce qu'elle est inférieure, mais parce qu'elle est diffé- ■ente.

Mais tout en admettant que, s'il agissait ainsi, le gouverlement anglais ferait à la fois l'œuvre la plus juste et la ilus sage, on prévoit cependant qu'il ne serait point en son louvoir de procéder de la sorte. Un seul obstacle suffira lour l'arrêter : les préjugés de l'Angleterre et ses passions ►lus puissantes que ses intérêts.

Une pareille conclusion est triste sans doute et féconde n graves conséquences : mais avant de les détruire, ne aut-il pas d'abord exposer plus complètement les bases du robléme?

S'il est vrai que l'Angleterre ne puisse et surtout ne veuille oint accomplir en Irlande les réformes dont on a montré \ justice et la nécessité, s'ensuit-il qu'elle ne veuille rien éformer dans ce pays? Non, sans doute. Tout annonce, il st vrai, que l'ensemble des innovations proposées lui répunerait, mais chacune d'elles ne la trouverait pas également ostile. Ne faut-il pas, par conséquent, rechercher, parmi 3S réformes indiquées, quelles sont celles que l'Angleterre epousserait absolument et celles dont elle pourrait admettre uelque chose? On croit nécessaires au repos et à la propérité de l'Irlande tous les changements qui ont été indiués; mais si l'accomplissement de tous est impossible, le leilleur système ou plutôt le moins défectueux ne sera-t-il as celui qui permettra d'en exécuter quelques-uns?

Comment d'ailleurs porter sur les passions de tout un euple un jugement absolu? Il y a bien dans la physionomie énérale d'une nation quelques traits universellement réandus qui permettent de lui attribuer en masse tel pendant, telle aversion; mais ces traits communs au plus rand nombre sont rares. Un grand peuple, surtout un euple libre, n'est point si homogène dans toutes ses pares ; la différence des classes et des rangs, l'inégalité des Duditions, la variété des intérêts politiques, les divisions

religieuses, font naître une multitude de sentiments opposés et de passions contraires ; la lutte s'établit et continue sans relâche dans le pays entre ces intérêts divers. Et ce n'esl pas toujours le même sentiment qui triomphe. Tantôt une idée domine, tantôt une autre : celle-ci, maîtresse du pouvoir, détruit aujourd'hui ce que celle-là avait institué la veille; et ce que le peuple vient d'édifier, guidé par l'opinion du jour, il le renversera demain sous l'empire de l'opinion rivale et triomphante. Lors donc qu'on recherche ce que, dans tel cas donné, un peuple voudra ou pourra faire, on ne saurait aller bien loin dans cet examen si l'on ne distingue pas les divers éléments dont ce peuple se compose, et si, après avoir fait cotte distinction, on ne s'applique pas à reconnaître la nature et la portée de chacun d'eux. 11 faul donc, après avoir examiné ce que l'Angleterre, envisagée tout entière et d'un point de vue général, ferait pour Tirlande, analyser le peuple anglais et apprécier ce qu'il pourrait faire tour à tour sous l'influence des différentes opinions, des passions diverses et des intérêts opposés qu'il renferme. En d'autres termes, il faut rechercher ce qu'est capable d'exécuter pour l'Irlande chacun des partis politiques qui divisent l'Angleterre.

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