‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 288 sur 333 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

vivante de la réformation et le triomphe continu de la foi protestante sur le catholicisme. L'Église a pour elle toutes ces passions du peuple ; elle le sait, et toutes les fois qu'elle voit l'aristocratie en danger, elle la protège en dénonçant hautement les adversaires de celle-ci comme des ennemis secrets de l'Éghse. Les clameurs qu'elle pousse retiennent un grand nombre qui seraient assez encUns à détruire les privilèges aristocratiques, mais qui n'osent toucher à l'édifice dont l'Éghse est une colonne, de peur que la colonne ne tombe avec l'édifice qu'elle soutient. Cette crainte rehgieuse est peut-être ce qui, dans ces derniers temps, a contribué le plus à suspendre le mouvement démocratique. Les réformateurs anglais ayant eu l'imprudence d'avouer leur intention de réformer l'Église ellemême, la réforme s'est arrêtée tout court. Le rejet du bill dont l'objet était d'abolir en Angleterre les taxes d'église (church rates) a été le point d'arrêt du mouvement imprimé par la réforme parlementaire de 1852 (1).

Quoi qu'il en soit, et par beaucoup d'autres causes dont la nature de ce livre ne comporte point l'exposition, l'Angleterre est amie de ses institutions aristocratiques et rehgieuses, et adverse à tout changement.

Gomment donc supposer qu'elle fera ou laissera faire en Irlande les réformes profondes que celle-ci réclame? Ne jugera-t-elle pas, dans son amou;* pour sa vieille constitution, que l'on ne pourrait la ruiner en Irlande sans l'ébranler en Angleterre? Toute altération de la propriété dans le premier pays ne lui paraîtra-t-elle pas un péril pour la propriété dans le second? Les privilèges de la naissance et de la fortune, abattus en Irlande, se pourront-ils conserver en Angleterre? Et l'Église, cette pierre angulaire de la constitution britannique, Y Église établie d'Angleterre et d'Irlande se tiendra-t-elle debout, glorieuse et puissante dans l'un de ces pays, après avoir été démolie dans l'autre?

De pareilles objections, en les supposant mal fondées, sont tellement dans le sens des passions de TAngleterre, qu'on doit prévoir que celle-ci ne fera point en Irlande les grands changements qui seraient nécessaires.

Peut-être l'Angleterre aura-t-elle tort de ne pas abolir en Irlande les institutions qu'elle veut conserver chez elle; peut-être la destruction de ces institutions dans le pays qui y .est hostile serait-elle le plus sûr moyen de les maintenir chez le peuple qui en est content; peut-être serait-ce de la part du législateur anglais la preuve d'une hauts sagesse que de reconnaître et de déclarer ouvertement qu'il faut pour des peuples dont l'état social n'est point le môme, des procédés différents de gouvernement, et d'autres lois pour d'autres mœurs. Ce principe une fois posé et compris, bien des difficultés suscitées par l'Irlande s'évanouiraient.

Celle-ci ne serait plus fondée à se plaindre qu'on la traite autrement que l'Angleterre, qui, de son côté, ne lui contesterait plus le besoin d'un régime différent. Aujourd'hui on choque la raison lorsque les lois propres à consolider en Angleterre l'aristocratie et l'Église sont données à Tirlande. Celle-ci les repousse, et avec raison; et pourtant l'Angleterre peut lui dire : Vous voulez les mêmes lois. On est encore dans le faux lorsque des réformes plus libérales que démocratiques étant faites en Angleterre, on les accorde à l'Irlande. L'Angleterre aristocratique a besoin de plus de liberté; il faut à l'Irlande plus d'égalité. Le gouvernement anglais est donc sage lorsque, dans ce cas, il refuse à l'Irlande ce qu'il donne à l'Angleterre ; et cependant I Irlande peut dire : Puisque vous m'imposez votre inégalité sociale, donnez-moi aussi voire liberté politique.

Ces difficultés insolubles dans le système d'un gouvernement uniforme pour les deux pays disparaîtraient dés qu'on établirait que chaque peuple a besoin de son régime propre, et que l'Irlande doit être traitée autrement que l'Angleterre,

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