QUATRIÈME PARTIE
SECTION iri Le parti whig.
On vient de voir comment par des causes diverses les deux partis qui, en Angleterre, représentent les idées les plus contraires et les passions les plus opposées ne sauraient faire en Irlande aucune réforme de quelque importance : l'un, parce qu'il soutient aveuglément la constitution; l'autre, parce qu'il en est supposé l'ennemi ; le premier, parce qu'il ne voudrait rien innover ; le second, parce qu'on ne lui en donnerait point le pouvoir.
Mais entre ces deux partis extrêmes il en est un troisième composé de tous ceux que l'immobilité tory repousse, et que le radicalisme effraye; qui, sincèrement attachés aux institutions du pays, croient cependant qu'il est permis de les modifier ; et qui, tour à tour ardents à attaquer et zélés à défendre, admettent assez de réformes pour seconder dans sa marche le progrès de la démocratie, et en osent trop peu pour alarmer sérieusement les passions et les intérêts aristocratiques de l'Angleterre. Ce parti moyen est le parti whig.
On juge tout d'abord par le peu de mots qui précèdent, qu'il ne serait point dans la capacité des whigs d'exécuter subitement en Irlande tous les changements qu'on a reconnus nécessaires; car c'est une destruction qu'il faudrait faire dans ce pays, et la portée naturelle des whigs ne dépasse point une réforme. Ce n'est même qu'à la condition de ne rien détruire qu'ils ont la puissance de réformer ; mais l'on aperçoit aussi en même temps que, s'il est interdit aux whigs de changer les institutions de l'Irlande, ils tiennent du moins de leurs principes la faculté, et de leurs intérêts le désir d'y pratiquer de grandes innovations.
Les whigs qui, pour exécuter des réformes, ont la volonté que n'ont pas les tories, possèdent aussi le moyen qui man- (jue aux radicaux : car ce sont eux qui en ce moment gouvernent la Grande-Bretagne.
Ils ont d'ailleurs des motifs de nature diverse pour faire des réformes en Irlande ; d'innombrables maux s'élant accumulés dans ce pays pendant que les tories, ennemis de tout changement (1), occupaient 1«» pouvoir, lés whi^'s, qui, après cinquante ans d'exclusion, reviennent aux affaires, doivent naturellement porter le remède là où ils voient les plus lar}^es plaies.
(ielte disposition généreuse se fortifie chez eux d'un sentiment personnel. Ils sont d'autant plus enchns à faire des lèformos n\ Irlande, (ju'ilssont plus embarrassé^ 1-
tiquer on An^'loterre. Dans ce dernier pays, les |ki :. ^ iitiques sont si incertains et si partagés, et les passions 1rs plus favorables aux whigs sont si timides et si chancelante:», que ceux-ci ont bien de la peine à imaginer une réforme qui donne quelque satisfaction à leurs partisans, sans en diminuer le nombre. 11 faut pourtant de toute nécessité qu'ils fassent des réformes, quand ils ont le gouvernement ; c'est dans ce seul but qu'ils le prennent et qu'on le leur remet. S*il ne s'agissait que de conserver ce qui est, le ^' p-
partiendrait naturellement aux tories dont c'est 1 .1. et le droit. Ainsi, contraints de marchertoujours et ne sachant comment faire un pas sans tomber, les n\' rit vo-
lontiers vers l'Irlande, qui leur ouvre un imitée
de réformes et leur fournit un terrain moins difficile à tenir, p.irce que les passions conservatrices de l'Angleterre y sont moins brûlantes.
Puisque les whigs ont la possibilité de faire beaucoup de choses pour l'Irlande, et piiisqu'en même temps ils sont bornés dans leur sphère d'action, il devient nécessaire de rechercher quels actes sont dans la mesure de leurs facultés, et quels autres excèdent leur puissance. Il importe de