QUATRIÈME PARTIE
l'autre aspirent à niveler les rangs, ils ont besoin d'un instrument d'égalité. Lors donc qu'on voit en Angleterre l'aristocratie attaquée, on peut compter que son affaiblissement se manifestera par quelque effort de centralisation. C'est ainsi que le bill de réforme de 1852 est suivi de trois lois, dont l'une tend à centraliser l'administration des pauvres (1); la seconde, le régime des prisons (2); la troisième, la tenue des registres de l'état civil (3) : lois purement sociales dans leur objet, mais essentiellement politiques par les nouvelles formes d'administration qu'elles introduisent dans l'État, et que l'on doit peut-être, par cette raison, considérer comme la plus baute expression du mouvement démocratique imprimé à l'Angleterre par la Révolution de 1850.
On se tromperait toutefois, si l'on voyait dans ces lois rien d'analogne à la centralisation, telle que nous la connaissons en France.
Chez nous, lorsqu'un pouvoir local, aristocratique ou démocratique, provincial ou municipal, est aboli, cette destruction s'opère toute au profit du gouvernement central, qui prend pour lui seul l'autorité supprimée et l'exerce sans peine par l'un de ses innombrables agents.
Le gouvernement central, en Angleterre, quand il attaque Faristocratie, ne procède point d'une façon si nette et si absolue; il ne s'avance dans celte voie qu'avec une prudence extrême, et des réserves infinies; il ménage la puissance ellemême, qu'il veut dépouiller; le jour où il brise un privilège de l'aristocratie, il ne l'enlève point tout entier à celle-ci, il lui en laisse un fragment, et faisant plusieurs parts du reste, il en prend timidement une pour lui-même, et remet les autres aux diverses classes de la société dont il a besoin de se concilier l'indulgence. Ainsi, pour citer un exemple, lorsque les whigs ont retiré à l'aristocratie l'administration exclusive de la loi des pauvres, ils ont d'abord, il est vrai, institué à Londres une commission centrale chargée de maintenir dans toute l'Angleterre des principes uniformes
de charilé publique, mais en même temps ils ont, pou rexéculion de la loi, créé dans les comtés des commission locales, composées en partie des juges de paix, dont ils ve naient d'abolir les pouvoirs, et en partie de citoyens, élu par le peuple dans des conditions de cens propres à fair sortir l'élection du sein des classes moyennes.
C'est assurément un phénomène, digne d'observation que ce système de demi-centralisation suivant lequel le pou voir se resserre au centre, en même temps qu'il s'étend ver la circonférence; il semble que les deux principes ennemis qu'on a vus plus haut se disputer l'empire, la centralisatioi normande et la liberté saxonne, aient fait leur paix, et qu( désormais elles s'unissent pour combattre leur adversain commun, l'aristocratie, qui se trouve ainsi pressée entre 1< prince et le peuple!
Cette centralisation tempérée, qui ne porte à l'aristocratii que de faibles coups, satisfait, en Angleterre, presque toui les amis de la réfonne, car le désir d'affaiblir l'aristocTatit n'empêche point qu'on ne craigne le despotisme du gouv ■ nement central : et ce sentiment de crainte est plus natu chez le peuple anglais que dans tout autre pays. Si dan: les contrées les moins libres il est dangereux d'établir ir* centralisation absolue, parce qu'il peut en naître plus t un obstacle invincible au développement de la liberté; corn bien ce péril est plus redoutable pour un peuple chez leque la libellé existe, et où par conséquent le danger n'est pas f\ compromettre dans l'avenir le plus grand de tous les bu mais de le perdre dans le temps même que l'on en joun A l'heure qu'il est il n'y a pas une paroisse, pas une vil! municipale d'Angleterre qui ne constitue une vraie repu blique, une démocratie libre. Le peuple anglais agirait-il ^ ' gement, si, pour aider le pouvoir central à réfornuT l'ai tocratie, il livrait au gouvernement ses libertés et ses droiU au risque de ne pouvoir les reprendre quand son adversn-serait abattu? .N'est-ce pas une situation heureuse que c^