QUATRIÈME PARTIE
institutions que celle-ci voudrait, ils font cependant pour elle une chose considérable, qui est d'exécuter les lois dans le sens de ses désirs et de ses intérêts. Et voilà pourquoi O'Connell et tous les siens se séparent en ce monieiit des radicaux anglais, si violents contre les whigs. Les radicaux d'Irlande se soucient bien nnoins de ce qui arrive au Canada et même en Angleterre que de ce qui se passe en Irlande. Peu leur importe que le parlement refuse de réformer, en Angleterre, les taxes de fabrique (church rates) après qu'il les a abolies en Irlande. Ils oublient bientôt le sort qu'on fait subir aux insurgés de Montréal lorsque, d'ailleurs, on laisse les Irlandais s'insurger librement contre la dîme. Ils pardonnent aux whigs d'être chaque jour moins radicaux en Angleterre, pourvu que ceux-ci le soient toujours autant en Irlande.
Ces attaques du gouvernement whig contre l'aristocratie d'Irlande n'ont pas sans doute toute la portée qu'on pourrail au premier abord leur attribuer. Presque toutes les réformes qui sont l'œuvre du pouvoir exécutif sont essentiellement fragiles et transitoires. Celui-ci changeant, elles disparaissent avec lui, et si une administration tory ressaisissait le pouvoir, elle pourrait remettre en vigueur les anciens principes de gouvernement et rendre à l'exécution des lois son esprit aristocratique. La plupart des institutions libérales qui paraissent le mieux établies, telles, par exemple, que l'instruction primaire, pourraient recevoir d'eux une impulsion qui en dénaturerait le principe. La force publique, c'est-à-dire la police et l'armée, que les whigs ont mises au service du parti national, seraient remises à la dévotion du parti aristocratique. Ces deux corps, soumis aveuglément au principe de l'obéissance passive, soutiendront certainement le parti populaire aussi longtemps que le gouvernement exigera d'eux cet appui; mais, composés encore pour la plupart d'Anglais et de protestants, ils sont au fond les auiis du parti protestant et tory d'Irlande; et si une
autre administralion leur donnait des ordres différents, ils aimeraient mieux comprimer les catholiques, qu*on les force de protéger en ce moment, que de frapper les anglicans sur lesquels ils tombent aujourd'hui.
Cependant l'administration des whigs en Irlande est pour ce pays un grand bienfait non-seulement dans le présent, mais encore dans l'avenir. Klle a enseigné aux Irlandais qu'il peut exister parmi les Anglais un parti favorable au peuple, et qu'ainsi les gouvernants venant d'Angleterre ne sont pas tous nécessairement haïssables.
Les whigs anglais ont le grand avantage de pouvoir gouverner riiiaiide sans recourir aux mesures violenter dont les tories ne sauraient se passer.
Depuis près d'un demi-siècle, c'est-à-dire à dater de l'épo que où l'Irlande opprimée se réveilla de sa servitude, les gouvernants anglais n'avaient pu tenir ce pays dans l'obéissance sans un certain nombre de lois d'exception qui, sous des noms divers, soit d'irifiurrection'act, soit de coercionbill, investissaient l'autorité centrale de pouvoirs extraordinaires dont celle-ci usait à sa discrétion. \a' principal de ces ))OUvoirs consistait dans la faculté d'établir pour tel ou tel comté une espèce de lois de suspects (1), et dans le droit (le changer arbitrairement l'ordre des juridictions en matière cririiinelle, par exemple, de remettre à une cour martiale \o. jugement des délits commis dans les comtés frappés de suspicion.
Ft ces pouvoirs extraordinaires ne s'exerçaient pas seulement pour la répression d'attentats politiques de leur nature, tels que les séditions, les rébellions populaires et les conspirations ourdies contre l'État. Leur premier objet était d'atteindre des crimes qui ont plutôt un caractère social . ils avaient surtout en vue cette guerre constante et terribN^ que le peuple livre en Irlande à la personne et à la propriété du riche. Quand l'aristocratie d'Irlande avait pour elle le pouvoir exécutif, elle se servait de la puissance politique de