QUATRIÈME PARTIE
;ans lequel pourtant elle ne saurait vivre. A la vérité, si ]uelque convulsion du globe faisait rentrer l'Irlande au sein ies mers, TAngleterre ne serait peut-être que fortifiée de îelte perte ; mais tant que ce pays, qui tient à elle comme m bras au corps, garde dans l'Océan la place qu'il occupe, iWe voudra nécessairement le dominer.
De tous temps l'Irlande a été le point de mire des ennenis de l'Angleterre. Elle était telle dès le xii*^ siècle; car 'bistoire nous apprend que le parti qu'en pouvait alors tirer a France fut un des motifs qui portèrent les rois anglais à entreprendre sa conquête. Lorsqu'à l'époque de la réformaion religieuse le projet est conçu par l'Europe catholique ie frapper le protestantisme en Angleterre, c'est sur l'Irande que l'Espagne jette les yeux, et c'est dans ce pays que iébarque la fameuse armada de Pbilippe II. C'est en Irlande jue Louis XIV envoie l'armée française qui doit aider le :atbolique Jacques II à remonter sur le trône occupé par le Drotestant Guillaume III, Et quand la France républicaine ît démocratique lutte contre la coalition européenne dont 'Angleterre est Lame, elle n'imagine, pour atteindre celle- :i, aucun moyen plus sûr que de transporter une armée en Irlande; et elle fait, dans ce but, en moins de deux ans, trois 3xpéditions successives (1). Assurément ces diverses tentatives d'invasion n'ont pas été heureuses; et l'Irlande a touours si mal répondu aux attentes de l'étranger, qu'elle sef'ait en droit de n'être point comptée comme un auxibaire assuré aux ennemis de celle-ci.
Cependant l'Angleterre voit l'Irlande trop près d'elle pour n'en pas vouloir conserver la police; elle ne peut consentir à voir s'isoler d'elle une terre dont elle n'est séparée que par un étroit canal, de laquelle on aperçoit ses propres rivages et d'où une armée irlandaise ou étrangère fondrait sur elle en quelques heures. Et c'est précisément parce que l'Irlande est catholique et démocratique, que l'Angleterre, aristocratique et protestante, ne peut laisser celle-là indé-
pondante, et l'abandonner à ses sympathies pour des peuples dont les institutions politiques et religieuses répugnent à l'AngletiTre par la même raison qui les rend agréabi» llrlaiide. Et puis ôtez toutes ces considérations : quel - Teinpire qui consent à se démembrer? Toute puissance i{ui perd son êt<'ndue n'est-elle pas ou n'a-telle pas l'air d'è' en déclin? L'Angleterre, qui ne veut à aucun prix penln Canada dont quinze cents lieues la séparent, n'abandonneit certainement pas l'Irlande qui fait partie delle-méme.
Mais si l'on peut considérer comme certain que llrlainli ne formera jamais un État séparé de l'Angleferre, ne poi rait-il pas arriver que les deux p.* ' en restant u
par un lien politique, fussent sépan ^ iiivement; c'c à-dire gouvernés sous le même empire, chacun par un p-n lement particulier, obéissant au même roi, et trouv dans des lois spéciales à chacun d'eux la satisfaction leurs intérêts différents? Cette séparation parlementaire i était en 183.'» le vœu de presque tonte l'Irlande insurgé, et, en ce moment même, O'Connell l'invoque comme It seul port de salut où devra se réfugier Tlrlande, si < n'obtient pas du parlement anglais toutes les refont qu'elle demande (2).
On ne saurait sans doute afTirmer que jamais cette s< sion législative de l'Angleterre et de l'Irlande n'aura lieu passé prouve d'abord qu'en fait elle est possible, puisqu'* a existé pendant six siècles et n'a cessé qu'en 18(^0; et 1 aurait tort peut-être de tirer contr»' ' ' " .»-
lue de la servilité des anciens pai: m ir,
si le parlement d Irlande était rétabli, ne pourrait-il pas être assis sur des bases propres à garantir son indépendance et sa dignité?
Mais d'autres et de si grandes objections s'élèvent conlrt son rétablissement, qu'on croit pouvoir, sinon assurer, • moins énoncer comme à peu près certain que jamais il n'ai i lieu; c'est ce que peu de mots feront comprendre. Pourquoi