RÉFLEXION FINALE
Au milieu de toutes les misères, de tous les périls dont on vient de présenter le triste tableau, un aspect consolant s'offre à la vue.
D'oii viennent à l'Angleterre ces embarras et ces dangers, que ses plus grands hommes d'État déclarent presque insolubles? De l'Irlande : de l'Irlande, malheureuse et opprimée, sur laquelle l'Angleterre pratiqua jadis une conquête égoïste et dure ; que l'Angleterre attaqua cruellement dans sa liberté religieuse, après l'avoir dépouillée de sa hberté poHtique; de l'Irlande, tenue pendant six siècles sous un joug de fer, et soumise sans relâche aux plus odieuses persécuions qu'ait jamais inventées la plus ingénieuse tyrannie.
Et c'est ce peuple, écrasé par tant d'oppression, et dégradé par tant de servitude; c'est ce peuple tant de fois ■oulé aux pieds par l'Angleterre; c'est ce peuple infortuné, victime tour à tour de tous les fléaux, de la guerre étrangère }i de la guerre civile, des massacres et de l'exil, du glaive ]ui tue, de l'or qui corrompt, de la loi qui persécute; c'est :e peuple, déchiré par d'éternelles convulsions, et décimé
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par des famines annuelles; cest ce peuple de pauvres, c'est ce peuple en haillons, c'est ce peuple esclave, qui devient aujourd'hui pour le tyran un embarras ot un péril !
Certes, il y a là pour les princes et pour les peuples un grave sujet de méditation. Ne serait-ce pas que la violence et la corruption sont de mauvais procédés de gouvernement? Ne sprait-ce pas que toute politique, pour étro bonne, doit comnrtencer par être honnête, et que, dans l'art de diriger les peuples, comme dans la science qui sert aux individus à se conc^uire eux-mêmes, il ne faut pas séparer l'habileté de la justice?
Il se passe en ce moment, chez (i«'ux «rrands peuples que l'Océan sépare, deux phénomènes de même miure et qui sont bien dignes de fixer l'attention du monde.
Les Ktats-Cnis de l'Amérique du Nord sont sans contredit le peuple le plus fortuné de la terre; dans aucun pays les conditions ne sont ni si égales ni si heureuses; nulle contrée ne s'avance d'un pas aussi rapide vers la puissance que donnent la richesse et l'industrie; nulle part le progrès de l'humanité n'est si constant ni si extraordinaire. Cependant au sein de cette prospérité merveilleuse, qui brille d'une si douce clarté, une affreuse tache apparaît; ce corps, si jeune, si sain, si robuste, porte une plaie hideuse et profonde : les États-Unis ont des esclaves. Et vainement, dans ce pays chrétien, la religion et l'humanité se dévouent avec une admirable vertu à guérir ce mal néfaste; la lèpre s'étend, elle flétrit des institutions pures, elle empoisonne la félicité d* générations présentes, et dépose déjà un germe de m« i dans une société pleine de vie.
En même temps qu'en .\mérique les États-Unis font d'impuissants efforts pour rejeter de leur sein la race noire dont la servitude les trouble et les humilie; en Europe, la nation la plus habile peut-être dans l'art du gouvernement, l'Angleterre, s'épuise en stériles efforts pour se déhvrer du pays