QUATRIEME PARTIE
qu'elle a mis six siècles à conquérir, et se débat vainement Bous les misères de son esclave.
Et comment les deux peuples sont-ils arrivés à des situations si tristes et si semblables? Par les mêmes voies : par une première violence, suivie d'une longue injustice.
L'Amérique et l'Angleterre voudraient, il est vrai, abandonner ces voies funestes, au bout desquelles elles ont trouvé des abîmes. Mais on ne sort point ainsi tout d'un coup de la roule fatale et ténébreuse où l'on a marché longtemps; il faut pour d'aussi longs égarements de plus longs retours. Lorsque des violations solennelles de la morale et de la justice ont continué pendant des siècles, la perturbation profonde qu'elles ont causée dans Tordre moral dure longtemps encore après même qu'elles ont cessé. Il ne suffit point que le tyran, qui croyait la tyrannie utile à son intérêt, reîonnaisse son erreur pour qu'il cesse tout à coup de souffrir ie sa propre iniquité. 11 ne dépend point du plus ou moins l'intelligence de l'égoïsme de suspendre ou de prolonger la •esponsabilité de ses actes. Dès que l'oppression a existé, 'oppresseur encourt un châtiment fatal. Celle loi est sévère; mais elle est juste et belle, et l'on est heureux de reîonnaitre que l'égoïsme, l'injustice et la violence entraînent les réparations aussi infaillibles que leurs excès.
Il en est qui pensent que les hommes et les peuples sont conduits fatalement au crime. C'est une opinion fausse et njurieuse à l'humanité, qu'on ne saurait affranchir du crime ians la destituer de la vertu. Les crimes des peuples comme ;eux des hommes sont libres, et ne sont jamais nécessaires. 1 n'y a de nécessaire que la conséquence des crimes ; il n'y i de fatal que leur expiation.