‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 5 sur 333 · XIV NOTICE · texte numérisé non relu

XIV NOTICE

nement anglais rappelait à rarislocratie d'Irlande ce grand principe de la loi anglaise, que c'est pour le riche une. obligation rigoureuse d'assister le pauvre, et que l'indigent que la Providence a fait naître sur un domaine a un droit sur cette terre pour sa subsistance. Il déclarait solennellement que désormais l'Irlande ne devait pas être placée dans une situation autre que l'Angleterre, et il invitait les propriétaires irlandais à imiter ceux d'Ecosse, où une famine menaçante venait d'être conjurée par l'effort commun des riches.

Les représentants du gouvernement anglais en Irlande tenaient chaque jour aux propriétaires irlandais le même langage, et l'un deux, M. Trevelyan, revenant sur cette pensée du hen étroit qui unit le riche et le pauvre, poussait sa théorie de solidarité jusqu'à faire naître dans l'esprit de ceux qui l'entendaient la comparaison de ses doctrines avec les utopies des communistes modernes. Ce langage, grave dans tous les temps, empruntait un caractère plus solennel aux événements du dehors ; car on touchait au moment où sur le continent le sol allait chanceler et la propriété s'ébranler sur sa base.

En même temps donc qu'il prescrivait la distribution en Irlande de ces secours généraux, et l'accomplissement de ces travaux publics dont on a parlé plus haut, le gouvernement anglais jugeait que ces travaux et ces secours seraient stériles ou insuffisants s'il ne s'y joignait une autre assistance, celle de tous les propriétaires irlandais.

Les commissaires envoyés en Irlande pour établir les travaux que le parlement avait votés écrivaient au gouvernement : « Ce qu'il faudrait , ce serait que tous les propriétaires , les fermiers et les particuliers donnassent de l'ouvrage *. ï>

1847, discours de lord John Russell et de M. de la Bouchère, aujourd'hui lord Taunton, et, dans la chamhre des lords, lord Lansdowne et lord Stanley, 29 avril 1847.

* Rapport des relief commissioners, 10 avril et 15 mai 1847; Documents parlementaires, v° Distress. Ireland , t. XVII.

SUR L'ETAT PRESENT DE L'IRLANDE. xv

(( En temps de détresse, écrivaient aussi les membres de la commission chargée d'une enquête sur la maladie de la pomme de terre , le meilleur secours est le travail local, disséminé çà et là ; les grandes agglomérations d'ouvriers sont presque toujours des accumulations de misère K »

Tous les hommes qui à cette époque ont vu de près l'Irlande et ses misères, s'accordent à reconnaître que le seul moyen qu'il y eût, s'il y en avait un, d'y vaincre la famine, celte famine éparse çàet là, disséminée dans chaque village, sur chaque domaine, dans chaque chaumière, c'était l'assistance de l'aristocratie, éparse de sa nature comme le fléau qu'il fallait combattre ; c'était le secours local offert à l'instant où se produisait le besoin ; le secours donné avec discernement et avec mesure, aumône ou travail, don gratuit ou salaire ; le secours donné par le témoin de la souffrance qui soulage autant le bienfaiteur que l'obhgé, le secours intelligent qui proportionne le remède au mal et se multiphe en se ménageant.

Si jamais l'aristocratie est bienfaisante, si elle possède une vertu propre, n'est-ce pas celle dont elle est douée pour l'accomplissement d'une pareille œuvre, car elle est elle-même éparpillée partout ? Qui doute que le sort des malheureux Irlandais n'eût été différent si, au lieu d'aller chercher du travail dans des ateliers éloignés, créés tardivement, quoiqu'à la hâte, où les uns n'ont pas eu le temps d'arriver, où les autres sont allés périr*, ils eussent trouvé de l'emploi et des moyens d'existence, chacun sur la terre qu'il habitait?

Mais ce mode d'assistance, qui sans contredit eût été le meilleur de tous, et que le gouvernement anglais demandait à tous les propriétaires d'Irlande, comme le complément nécessaire de ses propres secours, était-il possible?

Les propriétaires irlandais, en les supposant tous pleins

* Commissioners of inquiry into the failure of potato crop; Rapport du 26 janvier 1846, p. 56,

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