PARTIE HISTORIQUE
dés, mais purger bien complètement l'Irlande de la population catholique. Voici comment on s'y prit pour atteindre ce but : la peine de mort fut portée contre fous les grands propriétaires; quant à ceux que l'on ne frappait point de mort, [antôt on les exila, tantôt on leur enleva soit un tiers, soit [es deux tiers de leur fortune, selon les circonstances ; il l'y eut de grâce que pour quiconque pouvait prouver qu'il l'avait point de terre, ni aucune propriété mobilière de la valeur de iO livres sterling ^ Cependant, soit lassitude, soit ;alcul, la mort prononcée contre les propriétaires ne fut )oint exécutée rigoureusement, et fut plutôt une menace luspendue sur leur tête, qui leur fit désirer l'exil comme m moyen de salut, ou le leur fit accepter comme un châtinent moins sévère ; du reste, le plus embarrassant n'était ►as de chasser les riches, qui excitaient des haines trop arlentes pour ne pas fuir;. la chose difficile était l'émigration les pauvres, qui, ne possédant rien, ne se trouvaient point n butte aux mêmes passions, et ne voyaient point le même léril à rester en face de gens qui ne leur avaient rien pris; omme ils ne s'exilaient point d'eux-mêmes, on se mit à les iéporter de force. Une fois on enleva d'un seul coup mille îunes filles irlandaises, qu'on arracha aux bras de leurs nères pour les conduire à la Jamaïque, où elles furent venlues comme escla\^-. Cromwell était alors protecteur 1655). Un de ses agents en Irlande ayant exprimé des scrupules sur l'extension à donner aux mesures de déportation, lui fut répondu ce qui suit t « Quoique nous soyons obligés 'employel' la force pour les enlever, cependant, comme 'est pour leur bien^ en même temps que pour l'avantage u pubhc, il n'y a pas le moindre doute que vous ne uissiez en prendre autant que vous croirez convenable^. »
^ Liiifrard, t. XI, 112.
- Lingard, t. XI, 503. Cet enlèvement des jeunes irlandaises a été le ijetd'un grand tableau de Miiller, qu'on admirait à l'une des dernières :positions.
5 Lingard, t. XI, 152 à 155. — Hardiman, hist., of Gahvay, 154.
Un écrivain dit que cent mille personnes furent déportée de la sorte : un autre, plus digne de foi, réduit ce chiffre ; six mille. On évalue à trente ou quarante mille le nombr des hommes en état de porter les armes qui s'expatrièreii de gré ou de force ' .
C'était beaucoup sans doute; c'était trop pour l'huma nité, mais trop peu pour le protestantisme anglais. Ton calcul fait, en comptant d'une part les catholiques morts a champ de bataille et sur l'échafaud, ou enlevés par 1 peste % la famine, la déportation et l'exil, et d'autre pai tous les protestants attirés en Irlande par la curée des con fiscations, il se trouva encore que les catholiques étaieni en Irlande, huit contre un protestant "*, résultat décour<i géant pour les auteurs de tant de violences, qui, apré s'être rués le fer à la main sur l'Irlande, après avoir ma* sacré, dispersé tout ce qui se rencontrait sous leur pas, voyaient se relever et reparaître plus animés que ja mais cette fourmilière decathoHques, où il y avait eu bie des victimes, mais dont la masse, quoique foulée aux pieds n'avait point été écrasée. Il faut reconnaître que la perséci tion est une tâche ingrate, et que l'extirpation de tout u peuple est bien difficile, malgré l'assistance demandée au massacres et aux proscriptions , aidés eux-mêmes de fléaux les plus meurtriers. «^ j
La mort et la déportation n'ayant point fait l'office qu'o attendait d'elles, on eut recours à un dernier expédient moins violent, mais non moins inique : on voulait, à ton prix, séparer les Anglais protestants des catholiques irlaii dais; car on se rappelait le sort des colons de Jacques P'
* Lingard, t. XI, 154. — Plowden, 169. — Sir William Petty calcul que plus de cinq cent mille Irlandais périrent, et furent détruits par 1'^ pée, la peste, la famine, les fatigues et le bannissement, depuis 23 octobre 1641 jusqu'en 1651 (onze années). Hallam, t. V, '286.
* Borlase dit que, durant Tété de 1650, il mourut de la peste Dublin seulement, plus de dix-sept mille personnes. Plowden, 169.
' Lingard, t. XI, 153. 155.