‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 63 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

fatales, elles auraient pu ne pas exister, elles n'existent pas de nos jours. Mais, s'il est vrai que l'Irlande, livrée à ces égarements et à ces passions alors toutes-puissantes, ait dû périr, cette destruction n'est-elle pas souverainement injuste, et n'accuse-t-elle pas le ciel? On pourrait répondre que le meurtre de l'homme innocent accuse le coupable seul et ne remonte pas jusqu'à Dieu; mais ici une autre considération se présente.

Certes, la haine de l'Angleterre contre l'Irlande, durant le xvii« siècle, a enfanté les violences les plus terribles et les plus iniques qui aient été commises de peuple à peuple. Mais dans ces temps malheureux d'erreur et de fanatisme, où il était si difficile, quand on échappait à l'oppression de ne pas devenir oppresseur, l'Irlande n'était-elle pas ellemême dépositaire de l'esprit intolérant dont elle a été la victime? Qui pourrait assurer que, si elle eût vaincu l'Angleterre, au lieu d'être vaincue par celle-ci, elle n'eût pas pratiqué envers les protestants l'injustice et la violence? L'Irlande a été persécutée au lieu d'être persécutrice : c'est là son bonheur. Elle a été victime au lieu d'être bourreau; sa part n'est point mauvaise selon moi. Ces considérations consolantes pour l'Irlande n'absolvent point l'Angleterre. Elles montrent seulement que partout alors on méconnaissait ce principe essentiel des sociétés, selon lequel l'homme est aussi libre dans son culte extérieur que dans sa conscience religieuse. Pour moi je ne trouve point là matière à accuser la justice de Dieu. Dans ces guerres cruelles et dans ces sanglantes controverses, je ne vois rien, sinon que l'oubli d'un seul principe coûte aux hommes bien du sang et bien des iniquités; et, au heu d'eft gémir, je vois dans ces calamités affreuses la sanction des grandes vérités qui importent au bonheur des peuples; ce qu'il y a de plus révoltant dans les violences de cette époque néfaste ne sert plus qu'à me prouver qu'il est de certains droits qu'on ne méconnaît point impuné-

ment, et dont la violation entraîne nécessairement de certaines conséquences funestes : voilà comment j'entends h fatalité.

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