PARTIE HISTORIQUE
ce prince, chassé d'Angleterre, était venu en Irlande faire un appel à la fidélité de ses sujets irlandais. Quatre mille d'entre eux furent déclarés rebelles et traîtres, et leurs biens, composant un million soixante mille acres, confisqués. Quoique cette spoliation ait été accomplie sous [e règne et du consentement de Guillaume III, il ne serait peut-être pas équitable d'en charger sa mémoire ; ce prince ivait à cœur de l'empêcher. La capitulation de Limerick lui imposait le devoir de faire tous ses efforts pour obtenir du Darlement anglais que les cathoUques d'Irlande ne fussent roubles ni dans leurs propriétés, ni dans leur culte; mais, quoique roi protestant et chef élu d'une nouvelle dynastie, 1 n'eut point auprès du parlement assez de crédit pour gagner cette juste cause. Les passions de l'Angleterre contre 'Irlande papiste étaient trop fortes pour laisser perdre une )ccasion de confisquer, et, quoique le roi eût sanctionné de ;a propre autorité les articles de la capitulation, dont l'objet îtait de prévenir toute réaction, le parlement ordonna de poursuivre les adhérents du prince déchu et de les déposséder de leurs terres.
D'après le règlement fait, sous la restauration, des conîscations révolutionnaires, sur onze millions d'acres envi- 'on dont se compose l'Irlande, deux millions seulement ^estaient aux catholiques ^ Sur ces deux millions, en voici mcore un qu'on leur enlève ; on peut donc regarder comme i peu près certain qu'après la révolution de 1688 et par 'effet des confiscations successives d'Elisabeth, de Jacjues l^% de Cromwell, et enfin du règne de Guillaume 111, es catholiques d'Irlande ne possédaient plus qu'un million i'acres, c'est-à-dire un onzième du sol; et cette petite
* Lawrence, part. II, p. 48. — Hallara, t. V, 286. — L'Irlande conient non onze millions d'acres, mais environ vingt millions. L'étendue le ce pays, aujourd'hui bien connue, ne l'était pas il y a un siècle. Je aisse toutefois le chiffre employé par les historiens anciens, parce lu'il sert de base à leur calcul et à leur appréciation de la condition 'espective des protestants et des catholiques.
partie du territoire laissée aux catholiques n'est pas divisée entre un grand nombre, elle est concentrée entre les main$ des cinq ou six familles catholiques d'origine anglaise, qui, par des considérations privées, ont trouvé grâce auprès de ceux qui refusaient justice. Ainsi la population protestante, qui, vis-à-vis des cathoHques, était dans la proportion d'un contre quatre, possédait les dix onzièmes du sol; minorité bien faible en face de la majorité dépouillée.
On avait, il est vrai, tenté de séparer les deux populations protestante et cathohque, en renfermant celle-ci dans un certain territoire dont les bornes étaient fixées. Mais ce plan n'avait reçu et ne pouvait recevoir qu'une incomplète exécution. De même qu'on ne peut pas toujours tuer, on ne peut pas toujours proscrire ; vainement on enjoignit à la population catholique tout entière de se rendre en Connaught, une partie seulement obéit à cet ordre; on l'exécuta de force vis-à-vis de quelques-uns S et puis, las de vio^ lences, on s'arrêta. La seule proscription bien exécutée fui celle qui dépouillait les uns de leurs terres au profit des autres : aucun propriétaire frappé de confiscation ne resta sur son domaine; mais beaucoup de pauvres ou de geng ruinés, qui auraient dû fuir en Gonnaught, restèrent danaj l'une des trois autres provinces : ils se tinrent cachés tant que dura l'ardeur des premières tentatives d'expulsion jf mais, dès que l'orage fut apaisé, ils reparurent. i
Le républicain Ludlow, général croinwellien pendant lea^ guerres d'Irlande, nous peint dans ses mémoires, avec und énergie remarquable, la terreur qu'éprouvaient les Irlandaise papistes à l'approche de son armée. Ils disparaissaient comme par enchantement au seul bruit de son nom; vai-« nement on les cherchait dans leurs habitations, dans lesi bois, au milieu des champs, il était impossible de retrouver^ leurs traces; une fois il surprend une bande de ces mal-j
Rapparies and Tories.