PARTIE HISTORIQUE
heureux, dont il écrase quelques-uns; mais la plupart se dérobent à ses yeux et vont chercher refuge au milieu des rochers, dans un souterrain profond; l'ouverture de la caverne était trop étroite pour que ses soldats eussent l'idée de s'y aventurer ; alors Ludiow a recours à deux moyens pour forcer les pauvres Irlandais à sortir de leur asile : il fait diriger sur la bouche même de la grotte d'effroyables décharges d'artillerie, et puis, voyant que le roc demeurait immobile et que nul ne s'en échappait, il met le feu dans l'intérieur de la caverne pour enfumer comme des bêtes fauves les Irlandais, qu'elle recelait; mais ce second expédient n'ayant pas mieux réussi que le premier, il voit bien qu'il a entrepris une chose impossible. Il se retire. Quand il fut parti, les pauvres catholiques, qui s'étaient abrités contre l'ouragan, relevèrent leur front prosterné dans la poussière et retournèrent dans leurs cabanes.
Ce récit contient Thistoire de tous les expédients violents employés pour tuer ou bannir les cathoHques d'Irlande. Celui que menace un décret fatal se cache tant que dure l'imminence du péril : un instant on le croit mort ou exilé, parce qu'on ne le voit plus ; mais, quand la passion du persécuteur s'adoucit, le proscrit reparaît, et l'on est tout étonné de voir la victime reprendre sa place à côté du meurtrier.
Ici encore la population catholique d'Irlande va se retrouver en face de ses deux tyrans : des Anglais protestants établis parmi elle, et de l'Angleterre, sur laquelle ces protestants sont appuyés. Ces deux oppresseurs sont parfaitement unis dans tin intérêt commun, la domination des catholiques irlandais. Ils ont pourtant des intérêts distincts et quelquefois opposés.
Pour bien comprendre leur situation mutuelle et leur position respective vis-à-vis du peuple qu'ils tiennent sous le joug, il faut distinguer le nouvel état de choses des circonstances précédentes. Avant les disputes de religion.
l'Angleterre avait bien déjà des intérêts et des embarras en Irlande ; mais elle n'avait point de grandes passion^ engagées dans ce pays. Les luttes de la conquête intérêt saient plus le roi que la nation. Les colons anglais étaient pour le roi un moyen de demeurer maître de l'Irlande, et les tribus irlandaises lui servaient à tenir en échec continuel les colons anglais dont il craignait les essais d'indépendance. Au fond, l'Angleterre, qui détestait les uns commô ennemis, n'éprouvait que peu de sympathie pour les autres*; Elle haïssait les Irlandais, avec lesquels elle était en guerre| et n'aimait guère les colons sortis de son sein, qui n'étaient pour elle qu'une source perpétuelle de charges et de difficultés. Dans cet état de choses, sa politique vis-à-vis de l'Irlande était toute tracée ; elle soutenait sans doute lesf colons vis-à-vis des indigènes, mais, dans ses rapports avec les colons eux-mêmes, elle n'hésitait jamais à faire prédominer son propre intérêt au préjudice de ceux-ci ^
La réformation reUgieuse étant venue, et l'Irlande tout entière ayant gardé son ancien culte dans l'instant où l'Angleterre changeait le sien, la position mutuelle des deux contrées se simpHfia. Tout ce qu'il y avait d'habitants en Irlande, Irlandais primitifs ou colons anglais, étant catliohques, l'Angleterre ne vit plus en face d'elle que des ennemis, parmi lesquels elle n'eut plus de distinction à faire ; elle les enveloppa tous dans la même proscription ; elle frappa en aveugle sur toute l'Irlande, exterminant Anglais commd Irlandais, qui n'étaient à ses yeux que d'odieux papistes ^J
* C'est ainsi que, sous le règne de Henri VllI, une loi fut rendue, qui interdisait rimportation de la laine irlandaise en Angleterre. — V. Encyclop. britann., \° Ireland, p. 401. — Henri YIII (1542). —Il y avait bien d'autres entraves imposées par la métropole. Par exemple, quoi de plus contraire au commerce et à l'industrie irlandaise que l'obligation où était chaque navire, partant d'un port d'Irlande, d'aller soit à Corke, soit à Drogheda (les seuls lieux où il y eût un bureau de douanes), pour payer les droits du fisc? (Hardiman, Hist. of Galway, p. 58.)
* Guerres de CromWeU. Après la Restauration, loi qui défend Tim-