AGITATIONS
elle fut frappée d'un air d'apprêt indéfinissable qui lui semblait régner dans l'appartement. Salicetta gardait une attitude presque sévère ^ et la main de Stéphanie frissonna plus d'une fois en attachant sa fraîche robe de nuit , en allumant la veilleuse, et en laissant retomber les rideaux de soie dont les franges écarlates frôlaient la peau de panthère posée au pied de sa couche.
Contrasta.
Les rayons éclatansdu soleil glissent à travers les volets^ et forment ce jour douteux qui plaità k méditation. Fulgence sommeille encore; mais son sommeil n'est qu'un léger assoupissement. Son domestique entre avec précaution, et s'arrête à quelques pasdu jeune homme, qui s'est réveillé ;
il lui remet des journaux, des lettres, ouvre les volets, et sort. Fulgeiice brise les enveloppes, et tressaille en trouvant, dans sa correspondance, une longue lettre de son frère; malgré l'heure qui le presse de monteip à cheval pour aller à Paris, il la lit avec une attention mêlée d'attendrissement.
Clydeseak, a juillet i8o5.
(( J'étais tombé , ihôri chfei* Fulgence , dans une « mollesse, dans un abattement, que donnent les « ennuis au cœur de l'homme ; mais j'ai eu re- (( cours à la prière , je m'y suis fortifié. J'ai « habité avec moi«-méme, et, au milieu de la dou- « leur, j'ai retrouvé ma conscience calme; j'ai «pleuré, mais j'ai eu confiance dans le ciel, » et Baa trtste^ée ë'ést dissipée disvant le soleil (^inàaaU^dekfoi. ' *
fc Je eontinuét*ài à l'entretenir des péin^ et des « joies dd mon cœw dam un style sans ^brts^ (( titturel comme nos conversations > quand « notre bon phe les écoUtait et les dirigeait 5 je
CO^TTRASTES. 52?
tï te diWl tolit, je te gronderai iiiémé. J'ai trouvé, tt dàm ta dernièrê lettt^ , une èxagërâtioii mala- (»divè> une àppréciation peu jUste des choses U d'ici-l)ké > uilè foi qui va s'éteignatit , et cfui ne u sàit pas cdml)àttre. J'ai petlt^, bion ami , que <t fcètté tiédeiiT^ bettà éteinte d'un blâme hono- '(< tàhlt, ^vCil fsiufc saVdii* mériter pour sa foi et « ses devoirs de conscience , ne ti*oubleiit proie fbtidéitlènt ta vie. tortifië ta volonté, épure U totl ârtlë, saéhe obtenir cëtte quiétude, ce (< charine repbsaiit de la iertti, auxquels je he (t iàis rifen de comparable.
« Écbilte, mon bon frèrè, mfes confidences cir- « côhslànfeiées, reproche^ Itldirëcts au laconisme (t dfes tiehtiës. Môfi attachement pour Hatnlah (< crôissait fàt fcette doucë familiarité dans lau qUëllëndus viviohs; habitude délicieuse d'être t<ènsemble, de ilbus ptomeher aui mêmes '« ketlï*ie^ , de nous agenouiUfer l'un près de l'au- « ite , dé tnêleir nôs soupirs dalis la prière : bonci hëur dé Sentit' son bras sur le mifen, de regarder \( la pîlit tendre et sereine de sa figût-ë et de ses
324 CONtRASTES .
« yeux ; attrait d'une confiance inaltérable ; in- « quiétudes qui s'apaisaient par des sourires ; inti- (( mité qui ne coûtait à ellë pas une crainte, à moi (( pas un regret j espérance d'une sainte union (( devant les Jiommes comme je la croyais faite « devant le ciel , tout s'est évanoui : plus rien ne « m'est resté de ce pa^sé charmant qu'un souve- « nir triste.
« Jonathas Drapper , depuis sa confidenA^ , « devint plus assidu auprès d'Hannah : il est w rfclie et je suis pauvre; M. Neherlham le traita tait avec une distinction visible, et, quoique «je me fisse un devoir de me tenir un peu à (( l'écart dans nos promenades , je n'y obéissais « pas toujours. Dès que mes attentions pour « Hannàh étaient un peu plus marquées , la « figure de Jonathas prenait mie teinte sombre j « il regardait d'un air étrange la jeune fille. « Je la vis plusieurs fois s'éloigner de moi. La « gaîté de mon rival sé ^lélàit d'amertume. En- « fin Hannah s'écartait souvent de moi comme si « ma présence l'eût importunée; au contraire.
f< elle allait aunleyant de Jonathas et lui tendait x( afiectueasemçnt la main. Un soir Jonathas lui « detnanda devant moi un ruban pour attacher « un sac de graineë , présent de M. Neherlham ; «elle lui en donna. un que je savais avoir été « porté par elle : je l'avais vu long-temps autour i< de la forme de l'un de ses chapeaux. Je cachai « ma tristesse afin de ne pas réjouir mon rival, (c qui triomphait dans son bonheur.
(c Pendant plusieurs jours , je pris le parti de « me promener seul, au bord de la mer, et de « rentrer assez tard; au moment de la prière, w Hannah s'agenouillait loin de la place que j'oo- « cupais d'habitude.
«Un soir, je rentrai avant l'heure, car il « pleuvait ; il faisait déjà nuit : Jonathas était « assis auprès d'Hannah ; ils se turent quand je « parus ; ils me semblèrent fort émus l'un et « Tautre. Le lendemain matin , j'allai vers un « petit terti'e que j'ai ensemencé et planté moi- « même, et où je me plais à Cultiver des fleurs et « des arbustes de Françe; des rosiers y fleurissent
« près des liserons griippans qui ét^}e|at ai^ ^çhW «leurs pampanu)^ diver-^icolpr^ ; \^ (oeillets a s'épanouisi^enl; sq }iak^|^p6u( sw tiges «frêles; les pois 4^ septepr glis^ei|t lew>s Qenrs « et leur« parfums parmi dea tQuIFes d^ vigies « en esps^li^ } le ckèvrfifeuille s'y croise ^i^tpur « de cerpeaux li^s et des supports cachés par la « verdure; clématite s'y ui\i^ }>l2mçHe pt étpi- « lée ; l'humble pâquerette tapissp 1§ g^^n^ ^ de M Ifi^ je vois 1^ iner, 1^ ii^er quej'aippLefaqt^j Jpm'y «plaisais d^ns une solitudis qui pue devenait « chaque jour wn besqin plus impérieux. JjJi, je « songeai^ à ma patrie , à 1^ vapjté de. ppst désîirs « inexpérimentés, qui ne savent où ijs tendent ; «je pleurais, mai^ je me ceignais les reins afin «de mieux lutter cpqtrelechag^ip.
« J'y allais donc Ip matin ; je i^ncpiitrai H^nr- « nah , qui me salua et passa . Je m'arrêtai et je lui « dis bpnjqur; f^lle s'arrâ|a ; n^is je çpmprisd^^ns « sa pose le désir 4p s'en aller. — Bruke yapartif « pour Philafielphie , dis-je, poi^me si elle ne le « savait pas. — Oui , répondit-elle froidenfient.
H — Jonathas estr-il vextu ce Bialin? rrr Oui, m^ïi-r, u ftieur; eh bien?.... Qb^ervearrYOus mea àémHr-n (c ches? veu8 en doi^je compte? jui Elle s'eu al|a. «0hl 3i elle eût daigné F^tournev la téte vers (€ mqi f certes elle aurait eu ^itié de l'état où elle w me laissait. Je restai pendant plus d'une kçure K absorl^é dai^s mes réflexions , puis j^all^i IroUr^ (( ver Bruke^ ët je le suppliai de mèr laisser pai^tir à « sa place pour Philadelphie } }\ me dit y censen- «tir^ si M. Neherlham y consentait. Le bon «M. Neherlham parut d'abord étonné, touché « même de ma résolution | il se promena gravece ment dans le comptoir , les mains derrière le (( dos , réfléchit et me dit : « Eh bien , partez. » « Je dois partir après^emain .
Sjaillet.
« J'ai résisté k une hpmble tentation , j'avais i* la fièvre dan^ la téte et, dans le s^ng. Jqnat^as fi passa auprès de moi en entrant dans le ^lon ; il «me^ heurta et s'(b%ci^, mais d'un air sardo- <♦ nique : je jurai de me venger de cette insulte.
(c qu'Hannah avait vue. Je montai à ma chaml>re « comme mi insensé ; j'allais écrire à Jonathas K pom* lui demander, raison ^ mais je vis devant K moi la Bible qae m'a donnée Hannah^ et jç (f rejetai ma plmne. be soir^ je vis Hannah, je lui « exprimai mon mécontentement de la con(iuite k dédaigneuse de Jonathas à mon égard , je lui dis (f le mouvement de colère que j'avais eu et com- « ment il s'était réprimé/ Elle me répondit sim- (c plemènt : « C'est bien« h
En voyage.
« Il m'a semblé qu'elle m.e voyait partir avec (c quelque regret; mais Jonathas était présent au (f moment de nos adieux : ils ont été rapides et (( contraints. Elle me demanda , en souriant , « avant que je montasse à cheval, si j'étais allé ec saluer mistress Walton ; je lui répondis que w je n'j allais plus que pour des affaires commerce ciales, et qu'ainsi je me croyais dispensé de lui (C faire ma visite. Lorsque je sortis de la corn:, elle « tournait la tête vers le jardin . . • . Je sens que je
ce t'écris bren des puërilitéé ; mais il n'est rien (( de puéril aux yeux d'un cœur qui s'est donné « ppur la vie, et qui souffre de se voir repoussé.
« Je n'ai pu m'empêcher d'écrire à M. Neher- « lham, pour le prier de démentir hautemcmt (c les bruits fâcheux qui couraient relativement (( à mes rapports avec mistress Walton : on doit (c savoir que mes principes sur le respect dû au « mariage sont des convictions. J'ai écrit ainsi , « parce que j'espère ^'Hannah lira ma lettre. « J'ai donc encore de Tespoir! »
Dans une bourgade de la ilûride^ lo juillet.
« J'éprouve que l'homme est né pour la so- « ciété : la solitude n'est bonne qu'avec despen- « sées du ciel ; les passions de la terre mettent « l'intelligence dans une fermentation qui énerve (( la volonté ; il faudrait aussi y abolir les souvew nirs et les espérances.
(( J'éprouve que l'ennui s'interpose comme un (( brouillard entre les scènes les plus admirables (( delà nature et nos r^ards : ici la magnificence
55o PONTRASTBS.
« des p£(}fsages, ^ ceuyre d'un Toile qui me rend V^pI^^. 4^ soleil ter^e et mat ; ainsi pas même {< qui est I ... . mais Dieu ne m'abandonne pas.
12 juillet.
« Tout acquiert df^ Timportance dans la soli- H t^de; rien fl'y est rien n'y ^t indifië-r
« rent. Les hpiqn^^ qui qnt usé leur puissance (c de sentir s^pp^Uent leur calme force; erreur! (( ha^ foirce piorale consiste dans ^exercice ^es (( facultés y qu'il faut sgns cesse perfectionner ; (c elle est dans le pouvoir de s'élancer, 4^ mul- « tiplier son existence même par la douleur, de (< sonder }f| vie en tou^ : l£| conclusion de ces (( f ^^erches est r4t;tente d^une yie. meilleure.
(( Pe quoi me sui^-je Qççupé aujourd'hui ? J'ai tf l^i^§é ma pQf^^lal^içe pciur relire yingt wfpis une l^^t;r€| conunerce? ppnrquoi?
« parce que les lettres sont 4'iû^4în^ir6 écrites (f par ^VV^^ • ^Uj^^^^'hui cf)}lp que j'ai est (< de la main 4'HannaK- »
CONTIIASTBS.
1 8 juillet, en route pour Gharlestown.
« GHarmantposHPriptHm^ lignes cj^lici^wses, « Qiots tracés p^r Ifannah , ppur£[^pi me vpX\àezr « vQHs i'espé|*^ppe , si je dois 1^ perdre ^Tiporp? « — IVl. Jpnath?is prapppr f$% p?irti pow h « contipe^t ï^i'écritr^Uei sc^n vojagp sera de
plusieurs ^nnée^. »
25 juillef , Cljdeseak.
« Je suis arrivé à riiiq)roviste, au risque d'être <( grondé. M. Neherlham n'était pas là ; Bruke (( seul flf^'a reçu-.... (( Hqn^^h e^f au jardiq »,
« m'^-t-ii dit- 1 • • j V ^^^^ ^y^- p^s^^w* 4^yap^ Ip
« jtertre quç je cultiyais, je pesais le trouver « flétri , hvi\\é par soleil. . . , fïoij ] . . , il e£t( Épaisj, K arros^ j mes pl^pte^ cj^érie^ sont ep fle^r^^i Jes « alléesi l^ièn entretenues : t»ut brille e^riç, tput; « annpnçe 4^s sqins assidus.... Sous le berceau , « s{ ^a:'fiYers les» tpuffps de chèvrefeuille et dg cjérr « nu^tite^i je vois upe rojie bisinphe.... jlaiinîih^ '« Hannah!... Uu léger î^rrpsioir a nipitié rempli
« est auprès d'elle.... Je ne saurais dire ce que w j'éprouvai.... Je me trouvai à genoux, à ses (c pieds f ses mains dans mes mains ; nous pieu- « râmes de joie , de bonheur, de cette ivresse « contenue que la force des affections sanctifie. . . . « Elle s'agenouilla aussi , non pas devant moi , « devant Dieu.... M. NeherlHam accourut; il fut (( touché ; et s'écria en nous pressant tous deux (f sur son sein : w Que le ciel vous bénisse , mes « chers enfans! »
Clydeseak, 2 août.
(( Je sais tout : Jpnathas aimait Hannah , et (( n'étant pas aimé voulait mettre fin à ses jours ) « il l'avait résolu, et il a fallu que la ravissante (( jeune fille me témoignât de la jfroideur, emi< ployât les soins les plus touchans , les plus « puissantes vérités de notre religion, pour rete- (( hir Finfortuné à la vie. On m'a trouvé ici Ci pâlë et le visage altéré ; Hannah l'a observé « aussi. Elle n'a aucune de ces idées romanesques « qui altèrent le jugement et donnent de sî
u fausses couleurs au bonheur permis à l'homme « ici-bas ; mais j'ai cru lire dàtis ses traits une (( charmante langueur /et dans ses manières une « réserve , qui me l'embellissent encore. Elle « dédaignait y avant mon départ^ le service usuel « de la table ; je m'étais enhardi à la gronder « tout bas y un jour que M. Neherlham en avait c( fait l'observation : j'ai été doucement surpris , « à mon retour , de la voir présider à tous les « travaux domestiques ; elle nous a présenté grâce cieùsement les bocaux et l'eau pour nous « laver les mains après le dîner. Il y a je ne (( sais quel parfum patriarcal répandu dans la « vie que cette pieuse jeune fille nous fait par la « tendresse de son cœur, l'élégance , et la douce ceur de ses façons d'être : tout est naturel dans (c ses mouvemens et dàns ses paroles. Je suis ré- « joui de la plus légère distinction qu'elle m'ac- « corde j mon bonheur est d'essayer le pouvoû* « que j'exerce sur elle par mes opinions. Quoi ce de plus digne d^un homme, quoi de plus doux « que de paraître et d'être , aux yeux de sa jeune
554 coriTRÀstÉS.
« femme , hôtinête > boh , jlistfe , apjiréciàtéur (( dëlhiat> coiisëiller assidu! Quoi dé plus délice cieux <|ttë G€i mélangé itltimë de dëiix exis^ r< iéface^^ (Ejue cëtté fusioil dë deiik âmes ^ qùe celte attraction ihoralë ! îfoh> il n'y a rien àu- (rdëlà d'uîi tël attâchëinënt , parée qué rieh n'ëst (k plûs élcté qiië le ëiel , dont cët atiibui^ itteffâble « est lé J)ôrtique; »
Lfi thètal èst iièllé ûàbè là ^bta du èhâtëatt ; il s'impatiente, ilpiafiè, il hennit, et fait yoleï* lë aà&lë éôiis èëé âbdts h6ir§ et lUisàtié : lë jeune cavalier ne paraît pas encore. « Fùlgëhicë jtàrti^ Met laHl p6Ur Pdris », péilàe Siëtihanië, qui l'ëgàrdè liOùt âitfiëtëe et ci^i'gtiâût tplê lè brUlt'dè
356 l'indice.
la sonnette de madame de Juviessy ne l'appelle avant de l'avoir vu. Le voici ; il s'élance sur son cheval j qui parcourt au galop la longue avenue ; et la sonnette argentine retentit trois fois avant que la jeune fille l'ait entendue.
Elle entre dans la chambre de Salicetta....
Elle ouvre les volets et le jour radieux y pénètre.... Un portefeuille de maroquin rouge à filets dorés est tombé au pied de la couche en désordre.... Elle le reconnait, le prend, et pousse un cri!... Salicetta pâlit.
« Madame , dit Stéphanie après un pénible silence \ madame , encore une déception ! . . . Fuigence Lavitéal ne vous aime pa^ !
— Que voulez- vous dire par là?
— Vous me comprenez I ... Ce portefeuille, je lui ai donné.... Fulgence Lavitéal ne vous aime pas !
— Eh ! qui donc aime-t-il? s'écria Salicetta hors d'elle-même.
— Moi I tenez, lisez ce qu'il m'écrivait il y a peu de jours. » Salicetta saisit les lettres qu'elle
l'indice, 357
lui présente d'une main tremblante, les parcourt et s'écrie :
ce Je vous chasse.
— Je le savais, madame; il n'était pas }>esoin de m'humilier par ces mots cruels : j'allais partir.
— Sortez ; vos indignes soupçons me blessent, m'outragent; je vous chasse.
— Mettez une voiture à ma disposition , et dans une heure je ne serai pas ici.
— Sortez, on va vous monter l'argent de vos gages ; sortez vite. »
JDipatt.
Ellb remonte à sa chambre^ se traîne à peine Ters un Êiuteuil et y tombe dans un état rcmin de l'évanouissement; des palpitations l'oppressent , et des soupirs^ des sanglots, s'échappent douloureusement de sa poitrine. Le valet de chambre de M. de Juvies^y , qui avait pour elle
des attaitioqs qu'elle s'efFprcait de ne pa&remarqnev, et qui se trouvait souvent sur passage^ ent^hd ces gémissepiem, écoute, s'alarme, pousse la porte et «'approche d'elle ; il lui parlp , elle ne répoi^ pa;^ ; il prend sa main , elle est mouillée d'ujae mène frpide; .- \l hunjiecte un mouchoir d'eau de senteur et. le jnromèpe sur son front; ellç tressaille , rjevient à elle-.. Le valet de chambre avait ramassé à terre le portefeuille, sur le* maroquin duijuel le nqm de Fulgence était imprimé en lettres dorées ; il le lui remet en silence. . . . EUe est humiliée , blessée de voir son secret à la merci d'un domestique :
^ Qifi vous avait prié d'entarcff ici? lui dit-elle.
T- J'ai entendu vos plaintes , et j'ai été poussé par le désir d'aller à votre secours ; vous étiez mourante.
— Ah! pardon, vous avei cédé à un mouvement de compassion, d'humanité, je vous en remercie; mais vos secours me généraient plus maintenant qu'ils nemç seraient utiles , veuillez me laisser seide.
54o DÉPART.
— Quoi î dans l'état où vous êtes encore ^ mademoiselle!
— Je suis mieux, vous dis-je; ne le voyezvous pas? J'espère que vous n^insisterez plus. * . . J'éprouve des chagrins. . . . J'ai eu avec madame une discussion..... Je vais quitter cette maison.
— Vousî... Ah! quelle nouvelle pour nôus tous!... Vous, nous quitter!... Qu'allons-nous devenir?
— Vous m'oublierez, reprit-elle avec un sourire touchant; les regréts diu-ent peu.
— ' Les miens dureront toujours. »
Elle l'arréla par un regard glacé; elle ne songeait pas à lui, en parlant ainsi; l'amourpropre du valet de chambre blessait lé sien. Il regarda encore le portefeuille qui restait sur la cheminée.... Elle aperçut ce nom qui lui résumait toutes ses peines ; et elle ne put réprimer , un mouvement qu'il comprit.
« Oh , monsieur! dit-elle avec douleur, je vous ai prié de vous retirer; il ine faut renfermer mes effets dans ma malle, je dois partir dans une heure.