‹ L'Iroquoise de Caughnawaga [microforme]Chapitre 3 sur 4 · ÉD PC NT ER · texte numérisé non relu

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Néanmoins, malgré ses défauts, le jetine de Léry se recommandait par beaucoup des qualités qui plais sent aux femmes,

Il était brave, jusqu’à l’audace ; d’une force herculéenne ; cavalier infatigable ; danseur élégant ; musicien consommé et beau diseur,

‘ Arthur est un aimable polisson,” disaient certaines dames charitables, dont les manières se res sentaient de la dissolution que le règne de Louis XV avait exportée jusque dans l'Amérique Septentrionale.

D'autres, plus rigides, et surtout plus vieilles, l'avaient banni de leurs cercles et fulminaient contre sa conduite tous les anathèmes de la médisance, voire même de la calomnie, car il est sans exemple qu'une médisance colportée de bouche en bouche n'ait pas dégénérée en calomnie..

Nous livrons cette réflexion aux commentaires des langues affamées.

Or, il advint qu’un dimanche du mois d'avril 1802, Arthur de Léry sauva la vie à une jeune Iroquoise du Sault St. Louis, |

Voici en quelles circonstances :

L’Iroquoise cheminait le long des quais, lorsque tout-à-coup, d’une des rues perpendiculaires déboucha un bœuf, aux cornes duquel des enfants

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malicieux avaient attaché un mouchoir cramoisi, L'animal enragé se rue sur l’Indienne, lui porte un coup dans la région des fausses côtes ct la lance, évanouie, dans le St. Laurent,

A l'exception d'Arthur qui flänait au bord du fleuve, les quais étaient absolument déserts.

Il fut témoin del’accidentessuyé par la jeune fille.

Ne consultant que son courage, il se jeta aussitôt à l’eau, et, après plusieurs tentatives infructuerses, réussit à rapporter l’Indienne eur le rivage.

Elle ne donnait aucun signe de vie, et, de sa blessure, le sang coulait avec abondance,

Arthur la fit transférer chez son père où tous les soins qu’exigeait son état lui furent prodigués, Elle recouvra les sens et plus tard la santé. Durant sa convalescence, le jeune de Léry s'éprit d’amour pour celle qu'il avait arrachée à la mort, Confiante dans la parole de son libérateur, et s5 croyant peut-être obligée par la gratitude, la jeune Iroquoiïse s’abandonna aux charmes du sentiment qu’elle inspirait. Puis, cette nature sauvage, une fois embrasée, ses passions ne connurent plus de borne.

Elle aima comme aiment les esprits incultes, aveuglément, avec ardeur, avec frénésie !

Arthur qui, d'abord, avait pris plaisir à faire vibrer sous ses doigts les cordes sensitives de ce

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cœur vierge et enthousiaste, fut enfin effrayé de la violence des sons qu’elles rendaient,

Il pensa qu'il fallait rompre petit à petit, et pour cela il engagea son amante à retourner au cantonnement du Sault St. Louis, en lui jürant d'avoir avec elle de fréquentes entrevues.

L’Indienne le considérait comme un Dieu; elle accéda à ses prières, et revint parmi les siens, sans imaginer qu’il pût jamais la tromper.

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Revenons à Oroboa.

En arrivant devant l’île St, Hélène, elle poussa un cri de joie, se mit incontinent à la nage, décrivitune courbe afin d'éviter l’impétuosité du courant et vint atterrir dans une petite baie, au sud de l’île.

Il était environ onze heures.

Les ténèbres de la nuit avaient une opacité impénétrable et le vent hurlait plaintivement à travers les branches des arbres séculaires dont l’île est plantée.

La Flèche-rapide ne s’inquiéta ni dela profondeur des ombres, ni des gémissements de la tempête. Elle s’élança dans le fourré, et, assurant sa marche avec autant de facilité qu’un nyctalope, elle gagna, en droite ligne, une hutte élevée sur la rive septentrionale.

Dans cette futte, éclairée par une lanterne, on voyaitun jeune homme, de bonne mine, assis à terre, son fusil entre les jambes, et caressant un beau lévrier couché auprès de lui.

Sans doute le chien connaissait l’Indienne, car lorsqu'elle entra dans la cabane, il se leva, bondit à sa rencontre avec un joyeux aboïement.

Le jeune homme ne bougea pas; et un sourire d’ennui arqua sa lèvre dédaigneuse, quand l’Iro-

quoise, s'agenouillant à ses pieds, lui baïsa les mains.

| —Mon ani pardonnera à la Æléche-rapide de

l'avoir fait attendre, dit-elle, sans oser lever les yeux vers l’objet de son adoration.

—Que vous est-il arrivé ? demanda Arthur, en remarquant que les vêtements de l’Indienne étaient complètement mouillés.

—La Flèche-rapide, répondit Oroboa, avait offert des sacrifices aux Grands-Esprits, avant de partir pour honorer le Manitou de son cœur,et les Grands- || Esprits ont favorisé le voyage de la Flèche-rapide. | Maïs son agile canot d’écorce a été victime du cour- | | roux d’Atahensie qu'elle avait oublié d’implorer.

—Votre canot a chaviré! dit Arthur avec plus d’étonnement que de chagrin.

Le ton qu’il donna à ces parolessentait tellement la fatigue qu’Oroboa tressaillit. |

—Mon ami est-il fâché contre la Wléche-rapide ? interrogea-t-elle en lançant pour la première fois, un regard au jeune homme,

—Fâché, moi! contre vous, oh! non! répliqua distraitement Arthur,

Puis il continua d’un accent plus animé :

—N'es-tu pas la fleur de mon âme, Oroboa!

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N'’aimé-je pas en toi tous ces attraits que la nature a refusés aux femmes de ma race ? Où pourrait-on trouver, plus opulente chevelure, taill, plusaérienne, peau plus satinée? Et cette intrépidité qui te place au premier rang parmi les filles des valeureux [roquois, et cet amour que j’ai su t’inspirer ne sont-ils pas les sûrs garants du bonheur que me cause ta présence ?

Il n’en fallait pas tant pour rassénérer l’esprit soupçonneux de l’Indienne. Rougissante d’orgueil, elle prit dans ses mains les mains d'Arthur.

— Peut-être, dit-elle, les ossements de mes pères sont-ils irrités de mon amour, pour mon frère au visage pâle ; mais, afin de les appaiser, j'immolerai sur leur tombe troïs chiens, autant d'oiseaux et j'offrirai à leurs mânes des épis de maïs et des colliers de porcelaine.

De Léry ne répondit pas: il semblait qu’une idée importune l’obsédât, depuis le commencement de l'entretien.

—Qu’a donc mon frère bien-aimé ? dit Oroboa, s'apercevant de cette distraction.

—Une triste nouvelle à vous annoncer, repartitil enfin.

Les yeux de la souvagesse brillèrent d’un fauve éclat,

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—Je vais être obligé de vous quitter, Oroboa, poursuivit Arthur d’un accent presque ému.

—Me quitter! s’écria l’Iroquise, en rejetant la tête en arrière.

—Oui... pour quelques mois.

Oroboa pâlit, elle se dressa de toute sa hauteur, et, croisant les bras sur sa poitrine, elle dit d’une voix frémissante ct entrecoupée :

—L’'esprit des songes n'avait point menti. Le jeune chef au visage pâle n’aime plus la fille du Serpent-gris. La fille du Serpent-gris se vengera!

—Je reviendrai, essaya de Léry.

L’Tndienne secoux la tête.

—Le daim qui abandonne la daine ne revient plus se rafraichir avec elle au même ‘uisseau, ditelle rapidement. Mon frère, tu ne m’armes plus, N’ajoute pas le mensonge à l’inconstance. Mais souviens-toi que la fille du Serpent-gris se vengera. Elle t’'épargnera, parceque tu lui as sauvé la vie, mais malheur, malheur, malheur, à celle qui a ravi ton amour à la Féche-rapide !

Après cette menace qui fit trembler son amant (car il savait quelle inflexible fidélité les Indiens apportent à l’accomplissement d’une vengeance), Oroboa s'enfuit avec la célérité de l'élan.

L’aurore se dégageait des vapeurs humides et

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blanchâtres du crépuscule, quand la jeune fille rentra au village du Sault St. Louis.

Elle avait les traits décomposés, les vêtements trempés d’eau, souillés de fange.

Un Indien qui paraissait guetter son retour l’arrêta par le bras au moment où elle soulevait la porte de son wigwam.

C'était un homme de haute taille, jeune encore, mais à l'extérieur repoussant. Son front fuyant, son nez proéminent et son menton rentrant l'avaient fait surnommer la T'éte-de-renard.

Il avait un costume bizarre, formé d’oripeaux et de plumes, aux nuances tranchées. Son chef était couvert par une sorte de diadème en arrèêtes de poisson et des cartilages de son nez deux anneaux pendaïent sur sa poitrine. Ses bras et ses jambes tatoués représentaient son moko, par des peintures burlesques et monstrueuses.

Il exerçait dans la tribu Iroquise du Sault St, Louis la profession de sorcier.

—La Tête-de-renard doit la vérité à la Fécherapide, dit-il avec une emphase particulière. La Tête-de-renard a consulté les Esprits pendant que la Fèche-rapide discourait avec le fils des ennemis des quatre nations, et les Esprits ont dit à la Tétede-renard, que des catastrophes épouvantables

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étaient réservées aux enfants des Sagamos qui entretiennent des relations avec les pâles visages campés sur l’autre rive de Ladauanna. (*)

—Les esprits voient clair dans l’avenir, répliqua sourdement Oroboa. Malheur à la Fèche-rapide !

—Pourquoi? fit le sorcier. La Aéche-rapide est aimée des Esprits, comme la fleur est aimés du soleil. On a insulté ma sœur, Le lâche qui l’a blessé seul encourra la fureur d’Agaskoui.

—Qui a dit à la T'éte-de-renard qu’on avait insulté la Fèche-rapide ? s’écria Oroboa surprise.

—Qui? sinon Ouahiche qui découvre tous les secrets aux prêtres iroquois |

—Et qu’a-t-il découvert à la Téte-de-renard ?

—Le sorcier répliqua, eh s’agitant comme un énergumène :

—La Flèche-rapide aime un fils des visages pâles ; il la trompe, car il en aime une autre qu’il mènera bientôt dans sa cabane, après en avoir fait sa femme !

—$a femme ! non, exclama la jeune fille ; non, elle ne sera pas sa femme ! La Fèche-rapide se vengera !

—Je sais un moyen de vengeance, dit le sauvage.

(*) Nom que les sauvages de l’Amérique du Nord donnaient au St, Laurent.

—Enseigne-le-moi.

—Que me donnera la Fèche-rapide en récompense ?

| —Tout ce que Téte-de-renard voudra. l | —La Téte-de-renard ne veut qu’une chose, ré- ie) pondit le sorcier avec des yeux étincelants de hi! | convoitise ; il aime la Féche-rapide, et si ma sœur | consent à devenir l’ornement de son wigwam, il |

lui indiquera le moyen de perdre le fils des visages ait in-

âles. | rise. : À cette proposition, Oroboa répondit par un | [1 pus les geste de dégoût. Soudain, comme saisie d’un 1 accès de folie, elle s’écria, en attirant le sorcier j | rd dans sa hutte : (1 ststilèns —Viens, viens ; que la Aéche-rapide soit vengée et elle t'appartiendra.

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