Fiske, The destimj of man, p
l'immortalité dans le naturalisme moniste. 4o5
d'avant Ja Révolution. Nous ne sortons pas, dans cette hypothèse théologique, des vieilles idées sur la sanction divine qu'on retrouve au cœur de toutes les relig"ions : c'est toujours le sacrifice disaac sur la montagne ou celui de Jésus, c'est toujours Dieu immolant un de ses enfants pour sauver les autres. Dira-t-on que, dans l'hypothèse de l'immortalité conditionnelle, c'est l'être immoral qui aboutit nntureUement à son propre suicide sans l'intervention de Dieu? — L'abandon à la passion etmèmeau\'ice ne peut pas être assimilé au suicide, car, dans le suicide, on sait ce qu'on veut et on en est responsable, on se tue en voulant se tuer: au contraire, celui qui s'abandonne à la passion ne veut nullement mourir, mais vivre; si donc il arrivait à l'anéantissement, ce serait sans l'avoir prévu et voulu, par un coup de surprise, par une sorte de ruse divine, et la responsabilité de cet anéantissement retomberait toujours sur Dieu, non sur lui. D'ailleurs, comment comprendre qu'il existe entre deux indi\'idus de même nature une assez grande ditîérence naturelle ou morale pour que l'un meure tout entier et que l'autre \ive in œienium? On peut dire, en retournant un argument de la Ré/jiif'li(]ite de Platon, que, si le vice était un mal réellement mortel pour l'âme, il la tuerait dès cette \ie ; son influence destructive ne se ferait pas sentir seulement lors de cet accident étranger qui est la mort du corps.
Comme l'idée de l'immortalité conditionnelle est incompatible avec celle d'un Dieu créateur, omnipotent, omniscient et souverainement aimant, elle ne peut non plus se concilier avec celle d'une société des âmes, d'un royaume spirituel, d'où certains déshérités seraient exclus pour jamais. C'est une pure fiction de la haine que* de supposer une àme absolument méchante et haïssable, qui n'aurait plus rien d'humain, encore moins de divin, conséquemment de digne de vivre. Ce serait transporter les castes de parias jusque dans la cité céleste. Il est contradictoire de nous commander la charité universelle, embrassant sans exception tous les hommes, et de vouloir en même temps nous faire consentira l'anéantissement ou au da>n de quelquesuns. Nous sommes tous trop solidaires, naturellement et moralement, pour que les uns puissent être entraînés dans la mort définitive sans que les autres s'arrêtent dans leur ascension éternelle : par l'amour de l'humanité, nous nous sommes liés les uns aux autres, comme ceux qui s'en vont sur la neige des sommets, et l'un de nous ne peut
glisser sans qu'une secousse se propage à l'autre, n'arrache à la fois (lu sol loute la grappe humaine. Xihil hn'nfnii nlieiuitn ; un même cœur bat en nous tous, et s'il s'arrêtait pour toujours dans une poitrine humaine, on le verrait, dans le cœur même des prétendus immortels, cesser aussi de battre. Les meilleurs, ceux qui seraient prêts à recevoir le baptême de l'immortalité, feraient comme ce chef barbare et païen qui , près de laver ses péchés en se plongeant dons l'eau sacrée du baptislère, ayant son salut sous la main et le paradis devant les yeux, demanda tout à coup quel serait le sort de ses compagnons tombés avant lui, morts sans la foi. et s'il pourrait les reti'uuver dans le ciel. « Non, répondit le prêtre, ils seront parmi les misérables rlamnés, et toi parmi les bienheureux. » — « J'irai donc parmi les damnés, car je veux aller où soùt mes compag-nons d'armes. Adieu, n Et il tourna le dos au baptême sauveur.
L'hypothèse de l'immorlalilé conditionnelle ne peut donc se soutenir que si on élimine l'idée d'un Dieu créateur, celles de mérite absolu, de vertu, de charité universelle et infinie ; elle devient alors la croyance à une sorte de nécessité naturelle ou métajdiysique qui atteint ou n'atteint pas les êtres selon leur degré de perfection, comme la pesanteur fait tomber certains corps et s'élever certains aulres. Cette hypothèse est essentiellement antiprovidentielle et ne s'harmonise qu'avec les systèmes plus ou moins analog'ues au sjiinozisme.
En général, l'idée de vie éternelle étant tout à fait transcendante, on ne peut faire à ce sujet que des rêves plus ou moins mystiques. Quittons donc ce domaine pour nous rapprocher f^e la nature et de l'expérience. Au lieu de parler d'étcrnilé, parlons de survivance et d'une immortalité non pas conditionnelle, mais cdnititininv'e en fait par les lois même de la matière ou de l'esprit, et à laquelle d'ailleurs tous pourraient arriver un jour.
n. — Commençons par ce qui est le plus voisin de Toxpérience positive et chiMtlions, dans ce domaine, ce dont la nhilosof)liie de l'évolulion nous permet le mieux d'espérer l'immorlalilé. Il y a pour ainsi dire, dans la sphère de la conscience, des cercles conceririrjues qui vont se rapprochnnt (le [)liisen plus du centre insondable: la personne. Passons en revue ces diverses manifestations de la persouna-