PREFACE
OuoiQUE dan» la scène ii du premier acte de son Irrésolu , Destouches m'ait fourni quelques traits assez piquans, ce n'est pas lui pourtant qui m'a donné l'idée de traiter ce sujet. Six Tcrs d'Horace d'où j'ai tiré mon épigraphe , un passage de La Bruyère , quelques mots de la cinquième Satire de Perse , m'ont indiqué le côté non moins mpral que comique sous lequel l'irrésolution pouvait être envisagée. Cette disposition d'esprit, qui souvent est l'effet de la prudence, ne devient ridicule et dangereuse, qjie lorsque après nous avoir longtemps balottés entre divers partis , entre plusieurs états , elle nous empêche d'en prendre aucun, nous fait perdre ainsi les avantages de notre position , et consumer en vain nos années. Qu'un homme de cette humeur, livré à la dissipation, suite naturelle de son caractère^ ait conservé le désir de changer de conduite, on le verra, irrésolu en ce point conmie dans tous les autres , flotter entre ses passions qui l'entraînent et la vertu qu'il voudrait embrasser, méditer des projets de réforme dont il remettra chaque jour l'exécution à un lendemain qui n'arrivera jamais. Tel est le travers dont j'ai essayé de tracer une esquisse. Le personnage de Dubiange qui a paru neuf au théâtre , ne l'est pas dans le monde. C'est à un homme atteint de cette manie qu'Horace et Perse adressaient leurs, exhortations philosophiques, et Martial ce distique que j'aurais pu prendre aussi pour épigraphe :
Cras te victurum , cras dicis, Posthume, semper; Die mïhicras istud, Posthume y quando venit?
Lib. V, Epigr.