SCÈNE VI. i
« N'avez-vous pas assez d une humeur vagabonde ^ « Papillonné, couru de la brune à la blonde?
« Ah , monsieur ! croyez-moi , décidez-vous enfin ! « Pourquoi tant lanterner ? sll faut faire une fin , « Ne vaut-il pas bien mieux choisir mademoiselle? .
, ( Il montre Éliante. )
» Vous ne sauriez jamais faire une fin plus belle» « Faut-il, pouvant vous-même avoir un héritier, « Ne rien laisser au, monde, et mourir tout entier?»
LA TANTE
Eh bien , que répond-il ?
FRONTIN
Voilà parler, je pense.
« Ah! comment résister a ta vwe éloquence! « Tu remportes j Frontin! Oui ^ je 7ne marîraiy « Je connais mes erreurs^ je les abjurerai* »] Voilà ce qu'il répond*
"LÀ. TANTE, lui donnant de l'argent.
Tiens, prends cela d'avance; ^C*est pour ta peine.
EUGENE, bas à Frontin.
Ah, drôle!
Et mes frais d'éloquence.
Poursuivons le récit.
LA TANTE
Comment! ce n'est pas tout?
FRONTIN
Non, madame; ah vraiment! vous n'êtes pas au bout. Quand l'esprit de monsieur une fois se promène , Un mouvement l'emporte, im autre le ramène; C'est un vrai balancier qui, ne s'arrêtant point, . Vient, va, revient sans cesse, et reste au même point.
i6 L'IRRÉSOLU,
E U G È N £ y poussant Frontin.
Avance, toi!
FRONTIN
J*y suis. ^Frontin (me dit mon maître , Après avoir rêvé ), « fa te fiattes peut-être « Que je vais me fixer ; eh bien! détrompe^toi , • Car il rCen sera rien y f en jure sur mafi)ù ^
Qu est-ce à dire !
EUGENE
Ah, grand dieu!
FRONTIN
« Quoiqu'elle soit charmante^ n Je me garderai bien d^ épouser Eliante.
LA TANTE, à Frontin.
Impertinent ! crois-tu nous rendre tes jouets !
FRONTIN
(Bas à Eugène.)
Eh , madame ! Monsieur , au gré de vos souhaits Quel changement heureux! moi qui vous le révèle, Ne me donnez^vous rien pour ma bonne nouvelle.^
EUGENE, à part , lui donnant sa bourse.
Tiens , Frontin.
FRONTIN
Grand merci.
LA TANTE
Fourbe , j aurai raison Du trait impertinent.... un valet, un fripon, Me prendre avec ce front de Targent...,
FRONTIN
Patience!
Eh mais, je Tai gagné, madame, en conscience.