CHAPITRE I
Situation générale et aspect d'ensemble, — La Péninsule ibérique occupe une position excentrique par rapport à Tenseinble de l'Europe ; elle est comme rejetée loin vers l'Ouest et vers le Sud ; le méridien de Paris passe à l'Est de Barcelone et écorne à peine la Catalogne ; le parallèle de Constantinople coupe l'Espagne bien au Nord de Madrid. L'Espagne n'est rattachée à l'Europe que par un isthme montagneux de 4i8 kilomètres ; et cet isthme montagneux des Pyrénées crée une vraie barrière qui ne se laisse aisément franchir qu'en ses doux extrémités. La Péninsule ibérique est toute voisine au contraire par ses rivages méridionaux des rivages africains (le détroit de Gibraltar en un point n'a que 22 kilomètres de large) ; les deux rivages se font face, se suivent et se ressemblent. L'Espagne est moins séparée de l'Afrique que de l'Europe, et elle en est moins indépendante. S'il est faux, absolument faux, que l'Afrique, géographiquement parlant, commenceauxPyrénées,onpcutdu moins dire que la Péninsule ibérique constitue la région de transition où
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l'Europe finit et où commence T Afrique, où certains traits géographiques de l'Europe centrale apparaissent mêlés ou du moins juxtaposés à des traits physionomiqucs qui caractérisent l'Afrique du Nord. Pour nous servir d'expressions plus précises et plus géographiques, la Péninsule ibérique est le territoire poUtiquement rattaché à l'Europe où le climat océanique humide et la végétation qu'il détermine se trouvent séparés par la moindre distance, par V espace le plus restreint, du cUmat sec et de cette végétation spéciale, compagne des climats secs : dans toute l'Europe occidentale, centrale et méridionale, il n'y a pas de pays qui soit occupé sur d'aussi vastes étendues par de vraies steppes arides analogues aux steppes africaines ou asiatiques.
La structure de la Péninsule ibérique explique- 1- elle la diversité de ces conditions climatiques générales ? La Péninsule ibé- \j rique est épaisse de forme (voir la carte I), plus étendue de l'Est à l'Ouest que du Sud au Nord, sans souplesse dans son dessin général. Elle n'a pas d'articulations ; ni grandes presqu'îles, ni golfes profonds : elle n'a que de rares échancrures ; ses limites :^ sont marquées de tous côtés par des rebords montagneux ; et J sur la plus grande partie de ses côtes, immédiatement au-dessous du niveau de la mer, la pente continue à descendre brusque- \ ment, atteignant de grandes profondeurs à proximité du rivage (voir sur la carte I la courbe bathymétrique de looo m.). C'est un des compartiments actuels de l'écorcc terrestre le plus nettement délimités : il est, si l'on peut ainsi dire, nettement taillé 2 sur toutes ses faces. (
Cette masse ibérique ne correspond pourtant pas à un tout 3
géologique homogène : mais la formation en peut être indiquée ^
et résumée d'une manière relativement simple.
Esquisse géologique. — La Péninsule ibérique est essentiellement composée d'un grand noyau central arcliéen et primaire, qui constitue la Meseta. Une longue durée d'émersion avait réduit celte masse à une pénéplaine sur laquelle les roches les
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plus dures, les plus résistantes, se marquaient en saillie ; les mers secondaires l'avaient enveloppée sans l'envahir ; à Tépoque tertiaire et notamment à l'époque miocène d'épaisses formations saumâtres s'étaient accumulées dans les grandes dépressions centrales *. Puis, vers la fin de cette période, au moment où les grands mouvements alpins se sont produits, et où s'est constituée la Méditerranée actuelle, deux chaînes plissées sont venues buter contre le socle ibérique, et s'y sont partiellement accolées : au Nord se sont élevées et formées les Pyrénées ; au Sud, la Cordillère bétique, que domine la Sierra Nevada, en ajoutant un appendice phssé à la Péninsule ibérique, a fermé cette ancienne communication entre l'Atlantique et la Préméditerranée, le détroit Nord-bétique, qui suivait le pied de la Sierra Morena, et dont l'existence passée se traduit encore dans la topographie actuelle par la vallée du Guadalquivir ^
La masse archéenne et primaire a joué le rôle de horsl subissant le contre-coup des accidents voisins, se redressant plus ou moins tout entière, et subissant un relèvement particulièrement sensible sur tout son bord Nord-oriental : ainsi la pénéplaine, qui était largement occupée par les eaux miocènes, et qui porte
^ On a regarde longtemps ces formations saumâtres comme des formations lacustres; mais cela ne paraît plus soulcnablc après la discussion critique do ces faits, telle que Ta présentée Albrecht Penck dans ses Studien uober das Klima Spaniens wâhrend dcr jûngeren Tcrtiârpcriode und der Diluvialpcriode, Zeitsehrift der Gesellsch. fur Erdkunde zu Berlin., XXIX, 1894. p. 109-141 ; voir surtout II, Das mittelspanische Miocaen, p. iai-i3i ; ce sont des formations continentales, qui sont dues surtout à l'action des cours d'eau ; les lacs n'étaient que des faits locaux ; mais des caractères actuels de ces dépôts Psnck conclut qu*après leur formation dut survenir une grande période de sécheresse, p. i28-i3i.
2 On trouvera l'histoire du détroit Nord-bétique résumée et discutée dans La Face de la terre de Suess, traduction française de £mm. de Margekie, I, p. 879-380. — Voir à l'index bibliographique les principaux ouvrages sur lesquels s'appuie celte esquisse géologique et notamment la Mission d'Andalousie, les travaux de Federico DE B0TE1.1.A Y DE HoRNOs ct ccux de XKcPHRRsoN, ainsi que tous les remarquables tra\aux de la Comisiôn del Mapa geolôgico de Espana. On trouvera une bibliographie complète des publications de Don Federico de Bjtella. à la suite do l'article uccrologique que lui a consacré D. Gab/iel Pcio y Lvrraz, Bol. de la Soc. géo^. de Madrid, XLll, 1900, p. i'i3-iaG.
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encore aujourd'hui tout un revêtement intérieur de sédiments tertiaires, s'est trouvée soumise à un nouveau cycle d'érosion ; sur tout le pourtour, les cours d'eau ont manifesté une activité en rapport avec leur nouveau niveau de base, et l'érosion régressive s'est attaquée aux rebords de la Meseta avec une telle vigueur qu'il n'y a pour ainsi dire pas en Espagne de bassins fermés* ; en ce territoire si massif, toutes les eaux sont conduites à rOcéan ou à la Mer. Les cours d'eau du versant oriental relevé ont déjà réussi à entamer profondément les contreforts du socle central, et drainent à leur profit une partie des eaux de la NouvcUe-Castille ; mais le nouveau cycle en est encore à ses débuts ; les cours d*eaux franchissent de toutes parts les échelons derniers de la Meseta ou de ses contreforts par des gorges profondes et par des vallées souvent très encaissées, toujours très étroites, aussi bien sur le versant occidental (leTage doit son nom à ce défilé, Tajo) que sur le versant oriental (le Segura ou le Jùcar ont creusé des canons de 200 à 3oo mètres de profondeur) ^ Partout on reconnaît que l'œuvre d'érosion est encore toute fraîche ; elle se traduit par des thalwegs ou des portions de thalwegs très jeunes, et par des pentes très raides^.
^ G*csl à peine si les eaux de quelques départements limités de la Nouvclle-Gastille ne Font pas drainées vers la mer (Voir plus bas, p. i lo).
^ Tous les ileuves du versant occidental et tous leurs principaux affluents coulent ainsi dans* des cafions étroits, et Thcobald Fischer a très ingénieusement fait remarquer que le Portugal était en fait beaucoup plus nettement séparé de TEspagnc qu'on ne le croit d'ordinaire et (pron ne le dit; car cette série de gorges étroites dos difléreiits cours d'eau constitue du Nord au Sud une véritable « frontière naturelle ». — Pareillement, et à fortiori, les cours d'eau qui descendent sur lo versant méridional de la Cordillère Hctique vers la mer toute voisine ont dû travailler avec une grande vigueur en raison des énormes diiTcrences d'altitude qui séparent leurs sources de leur niveau de base ; et ils se sont par endroits, eux aussi, profondément encaissés: gorges du Guadalfeo à Tablate ; gorges du Rio Grande d'Adra, appelées An^osluras ciel Ce/or, et dont Tb. Fischkr donne une brève description. Die Iber. Halbinsel, p. 638, etc.
3 Exemple : Le Segura prend sa source à G3i mètres d'altitude, et après avoir i>arcouru ()7 kilonièlres, il aboutit h Murciequi est à 43 mètres au-dessus du niveau de la mer; il descend donc jusque-là de 588 mètres, ce qui fait une pente d'environ G mètres par kilomètre.
Et pourtant, malgré Tiinporlance de ces faits nouveaux, on peut aflQrnier que, dans son ensemble, le modelé général de toute ribérie intérieure, archéenne et primaire, est encore celai d'une pénéplaine.
Essayons de résumer maintenant Taspect actuel de la Péninsule : une grande masse centrale tout entière au-dessus de 5oo mètres, occupée par de vastes hauts plateaux (Vieille et Nouvelle-Cas tille), que sillonnent et encadrent de toutes parts, excepté vers le S.-W., des bourrelets montagneux parfois assez saillants presque comme des chaînes, et sur lesquels domine une forme topographique caractéristique des terres longtemps soumises à Térosion sub-aérienne, les paramos ou parameras^ ; puis au Nord et au Sud deux grandes chaînes récentes dont la topographie est beaucoup plus jeune, c'est-à-dire plus accidentée ; enfin entre les deux chaînes qui viennent se souder au massif en formant un angle très aigu, deux grands espaces triangulaires, le bassin de FEbre, et la vallée du Guadalquivir, deux dépressions dont la première enserrée entre des montagnes de plus de i ooo mètres est rigoureusement fermée même du côté de la mer par le Massif de Catalogne, et dont l'autre au contraire est largement ouverte vers la mer au S.-W.*.
* a Les paramcras sont des plateaux intérieurs, la plupart fort élevés au-dessus du niveau des mors, sortes de landes où quelques cistes, des légumineuses, dos graminées rigides avec des lavandes et du romarin remplacent nos bruyères... Les plus remarquables do ces solitudes sont celles des provinces d*Avila et de Soria, vastes stepjies dépouillées d'arbres, arides, d'une teinte noirâtre et brunâtre, monotones, silencieuses, froides, battues dos vents. L'espace entre l'Ëbre supérieur et les sources de la Pisuerga, divers sommets des Pyrénées, les monts Ibériques, Lusitaniques et ceux de Gredos, en contiennent encore beaucoup, sur lesquels on se croirait transporta dans les déserts de la Tartarie centrale ». Boky de Saint- Vincent, cité dans Vidal de la Blague, États et Nations de l'Europe, p. 33a.
* On trouvera dans A. de Lappakent, Leçons do géographie physique, un excellent schéma des régions naturelles de l'Espagno. 2^ édition, fîg. i4a> p. 464. On suivra très aisément les développements précédents sur la carte : Mapa hipsométrico de Espafia y Portugal con las curvas submarinas y la lilologia del fondo de les mares de Botklla. Celte carte est la reproduction par la photographie et la gravure de la carte en relief à i : 2 000000 que de Butella a patiemment dressée ;
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Enfin tout cet ensemble est flanqué de plaines littorales plus ou moins étendues, minuscules comme la plaine de Motril ou vastes comme la plaine du Tage inférieur ; mais toutes ces plaines de bordure communiquent difficilement avec le centre, et ne communiquent pas du tout les unes avec les autres. Grande région isolée et fermée, divisée en compartiments isolés et fermés, et cerclée de petites plaines isolées et fermées, la Péninsule ibérique, par sa structure seule, se distingue de tout le reste de TEurope.
Esquisse climatologique, — Or, le climat est en relation directe et étroite avec le relief. Il s'agit moins ici de faire une étude complète du climat que d'en discerner le mécanisme généraP. La péninsule massive est un tout qui modifie les mou-
persiiadé que le souI movcn de rendre un compte exact des formes orographiques était de construire des cartes en relief, il a cherché un procédé j)our reproduire ces reliefs dans des conditions de facilité et de bon marché qui permissent do les introduire jus(pic dans les écoles primaires. En attendant il a recouru à la photographie, et le résultat a déjà été fort satisfaisant. Entreprendre une pareille carte de tout un grand pavs comme l'Espagne est une grosse tâche, et en même temps une iRuvro très ulile : la simple inspection de la photogravure révèle la conlcxture générale de la Péninsule ibérique, fait tomber bien des illusions traditionnelles, et réduit par exemple à ce qu'elle est cette prétendue chaîne des monts Ibériques qui, sur nos anciennes cartes, courait sinueuse des Pyrénées à Tarifa, et qui devait sa continuité connue chaîne, son importance conmio altitude, et son existence comme nom, à la nécessité de poursuivre jusqu'au détroit de (libraltar la fameuse ligne départage des eaux curo[K'enno» qu'on avait eu la bonne volonté de tracer jusqu'aux Pyrénées et (|u'on ne pouvait pas interrompre en si beau chemin ! Pour tout ce qui regarde la structure réelle de la grande Péninsule, et les rapports entre riivpsométric, l'orographie et la géologie, les travaux de F. de Butella méritent fort d'être comptés et estimés,
* (]c n'est pas tout en matière de géographie, que d'énumérer des séries de phénomènes divers ; il faut surtout montrer le lien qui les relie. Evidemment toute iiiter[trétation climatol()gi({ue doit reposer sur des séries et des tables d'observations très précises et minutieuses ; observations barométriques, thermométriqucs, pluviométricpies, etc. ; mais il faut ensuite s'efTorcer de dominer lus faits qui ne sont qu'arbitrairement séparés et tâcher de les présenter dans leurs relations réciproques : c'est fausser les idées que de présenter successivement, en des chapitres di\ers, l'enscnible des pressions atmosphériipics, puis les ligiuîs isothermes, puis la répartition des pluies; et c'est avec raison qu'on a dit par exemple : « La fameuse carte des isotheraies, isothcrcs, isochimènes, donne sur le trajet, la direction et la puissance des
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vcments atmosphériques dans une mesure sufTisante pour qu'on puisse dire qu'elle se détermine vraiment un régime à elle propre. Elle est prise entre deux mers, l'Atlantique et la Méditerranée, qui sont soumises à des régimes climatiques très différents ; son climat participe de ces deux régimes, mais de ces deux régimes modifiés. Le mécanisme général des phénomènes atmosphériques dépend des deux mers qui environnent la Péninsule ; mais il en est aussi jusqu'à un certain point indépendant. Le haut massif de la Péninsule ibérique agit vis-à-vis des mouvements de l'atmosphère comme un vrai continent en petit. On saisira clairement les particularités de ce régime en l'observant à deux moments de l'année que l'on peut regarder à juste titre comme très significatifs, — mois de février et mois d'août (voir les cartes II et III).
Régime de février. — Durant l'hiver les plateaux du centre sont tout naturellement occupés par de hautes pressions et par de basses températures (température moyenne de l'hiver à Madrid B*»,» ; et moyenne de la température minima d'hiver — 6", 9) : l'air tend à descendre du centre vers la périphérie ; et au point où ces couches d'air froid rencontrent des couches à une autre température la précipitation se produit : c'est pourquoi, en février, les rebords du plateau, même du côté de la Méditerranée (quoique l'atmosphère méditerranéenne soit chargée d'une bien moindre quantité de vapeur d'eau que celle de l'Océan), sont marqués par une zone de précipitation. A fortiori, les précipitations sont abondantes du côté de l'Atlanti-
couranls aériens à peu près autant do renseignements que les ornières d'un chemin sur la nature et la direction du transit qui Tutilise. » E. Duci.aux, Relations entre la géographie et la météorologie. Annales de j^éof^raphie, IV, p. 3. L'observation exige d'abord la division et l'analyse minutieuse; l'exposition nécessite une tcntati>c de sjnlhè>c. Dans le présent travail qui doit se borner» comme nous l'avons dit, à découvrir parmi les faits de géograjihie phvsiquc les faits généraux qui permellunt de classer et de localiser une catégorie bien déterminée de faits économiques, nous essaierons toujours do présenter les premiers de ces faits dans leur connexion naluroJlc.
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que, puisque tout ce versant occidental est balayé par les vents du S.-W. (courant équatorial) qui arrivent chargés d'humidité. Ceux-ci, soit qu'ils rencontrent les couches d'air plus froides des plateaux, soit surtout qu'ils soient entraînés par leur mouvement à gravir les pentes du massif, sont obligés à se refroidir et la carte de la chute des pluies en février — février étant pris comme type du régime d'hiver — se trouve calquée sur la carte hypsométrique ; c'est dire que sur tout le versant atlantique, les pluies sont d'autant plus abondantes que le massif présente aux vents de la mer un front plus raide et plus élevé : là où des fleuves comme le ïage ou le Guadiana ont entamé davantage le noyau montagneux et créé des couloirs de pénétration, les vents et les pluies s'y engouff'rent et se portent plus avant vers le centre ; d'autre part, et en outre, dans ce territoire intérieur les précipitations sont abondantes sur les régions les plus élevées ou mieux les plus saillantes, par exemple sur les flancs de cet éperon qui sépare la Vieille de la Nouvelle-Castille (Sierras de Guadarrama et de Gredos ; sommet supérieur, 2668 mètres). De Madrid, durant l'hiver, par un temps clair, on aperçoit, très proches, au N.-W. les cimes de Guadarrama toutes blanches de neige * .
Régime d'aodl, — Au mois d'août la situation est tout, autre. A prendre les faits dans leur ensemble, et malgré la diffiérence des dimensions, il y a une analogie frappante entre les régimes d'hiver et d'été de la Péninsule ibérique et ceux de l'immense masse montagneuse du centre de l'Asie. Ici comme là, durant l'été, les terres élevées s'échauflent et échauflent l'air qui est en contact avec elles. Il s'établit sur le centre de l'Espagne une aire de hautes températures et de basses pressions (température moyenne de l'été à Madrid, 29°, 9, et moyenne de la température maxima de l'été, 89°, G); l'air chaud se dilate
^ C'est de la Sierra de Guadarrama que le canal de Isahel II (depuis moins d'un dcmi-siccle) amène à Madrid les eaux d'alimcn talion.
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et s'élève ; il y a là une sorte de foyer d'appel ; à l'inverse de l'hiver, le mouvement général de l'air lend de la périphérie au centre.
Ces masses d'air de la périphérie que tout contribue à pousser vers le centre montagneux sont chargées de vapeur d'eau, en sont même plus chargées que durant l'hiver (on sait combien est grande l'évaporation estivale sur la Méditerranée) ; mais elles rencontrent des zones continentales de plus en plus échauffées ; l'air s'échauffant de plus en plus absorbe de plus en plus de vapeur d'eau ; et, le point de saturation s'éloignant, la vapeur d'eau ne se précipite pas. Elle ne se précipilcra que brusquement, sous l'influence de causes passagères ou locales. Et c'est pourquoi toutes ces masses atmosphériques gravissent et atteignent le centre de la péninsule, sans le faire bénéficier de leurs richesses en vapeur d'eau, plus disposées, par leur échauflèment progressif, à assécher encore qu'à arroser. Seuls les versants rapides et voisins de la mer, comme en Galice et dans le Nord, ou les sommets les plus élevés comme les Pyrénées, la Sierra de Guadarrama, ou la Sierra Nevada, réussissent à déterminer, par un mouvement ascensionnel brusque de l'air, une dilatation et un refroidissement qui produisent la précipitation : mais ce ne sont là que des îlots arrosés, nettement localisés. Et dans l'ensemble réchauffement estival de la haute zone montagneuse de l'Espagne produit de vraies moussons qui, n'ayant aucune raison de précipiter la vapeur d'eau, sont des moussons sèches.
Cette inversion presque complète du régime d'été et du régime d'hiver, et les phénomènes qui accompagnent ces deux régimes expliquent que souvent en Espagne les vents soient fréquents, brusques et violents. Les courants atmosphériques se déchaînent avec une sorte de soudaineté capricieuse : sur les côtes de Catalogne, comme sur les plateaux de Caslille, dans la Haute-Andalousie comme sur la presqu'île de Cadiz ou sur le rocher de Gibraltar, j'ai eu l'occasion d'observer de
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vraies bourrasques (selon les cas, humides ou sèches), et presque toujours survenant comme à Tiniproviste. De plus il n'y a pas un point des régions orientale, méridionale, et centrale de la Péninsule où le calme de l'atmosphère soit un phénomène ordinaire et continu.
Tout cela explique aussi les très grandes différences de température que Ton constate en Espagne partout où les influences océaniques ainsi que des conditions topograpliiques privilégiées n'imposent pas une réelle modération ; l'amphtude est très forte sur toutes les régions élevées, et principalement sur les plateaux découverts ; la variation diurne de la température y est également très grande \
Conséquences générales du régime climatique. — Tels sont les faits caractéristiques. Tel est le mécanisme unique et général. Mais ce mécanisme unique produit des effets très différents sur le versant atlantique et le versant méditerranéen. Au point de vue géographique, la précipitation est un phénomène plus important que la direction du vent. Or la précipitation est incomparablement plus abondante du côté de l'Atlantique ; les vents méditerranéens et les vents atlantiques soumis à une impulsion analogue marchent tous vers une même région centrale, mais les uns sont très humides et les autres le sont beaucoup moins, si bien qu'en vertu d'un même jeu de forces, toute la moitié atlantique de l'Espagne sera couverte d'une couche annuelle de pluie assez forte, tandis que la moitié méditerranéenne
* En ce qui regarde le climat do TEspagne, il convient do citer on toute première ligne le travail de Léon Tkisseuenc de Bokt, qui est déjà un peu ancien mais qui n'en est jias moins un exact et remarquable eiposc de tous les faits essentiels : Etude de la circulation atmosphérique sur les continents, Péninsule Ibérique. Annales du hur. central météorolog. de France, 1879, p. Kj-Ooot 33 planches. Lire les pages consacrées à la Variation diurne de la température et de la pression en Espagne, p. 3o-33. — Voir aussi sur la mobilité des phénomènes atmosphériques de la Méditerranée: Rollim, Des changc^mcnts d'écpiilibre sur la Méditerranée. Annales du bur. central météorolog. de France t i883, I, B, p, i-a8.
LE CAÏinE GÉOGUAPIUQVE
sera pauvre en précipitalions ' (fig. i). D'ailleurs la seule différence entre les hauteurs annuelles de précipitation ne
— n^parlIlioD gi'nérïlo de» précipllili nambm indiqgés ceprifaentODt let haut
suffirait pas à exprimer la différence complète qui existe entre lescaraclèrcs des pluies du versant méditerranéen et celles du versant atlantique ; et c'est pourquoi j'indique également
I Voir G. Hellman». Die ItegcnvcrhSlInissc dcr ibcritchon Halbinxcl, dans Zfiischrift dcr Cesellschaft fur Erdkunde zu Berlin. XXm. i8S8. —Voirie» hblcaux d' observa lion 9 IrliE palicmmcnt recueillis et savamment ctudirs et dJscuU'S par A. Angot, Régime des pluies de la Péninsule Ibi-riquo. dans Annalex du liiir. central méténrologii/ue, anni^ it^!)3, I, Mémoires It. p, lïi-j-irt'i avec planches. Consulter du mfmc auleur : Sur le régime pUiviomélriijiio de l'Europe occidentale. Annates de géog., r5 octobre i8g5, p. 18-1 ^. -^ Voir aussi les tableeui : Pluies et évaporation mojiennes, mensuelles et annuelle* en millimètres, dans Horacio Bbntàniii. V Ubeta, La« Aguas de Espaça, p. 'i^-'|i. ~^ D'une manière plus ^^''nfralo. pur le climat de l'Espagne, consulter Julius iUsn. llandbuch dcr Klimalologie, 3, Aullage. 1897. t. m. p. 77-88.
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dans le tableau suivant, pour quelques stations caractéristiques, le nombre de jours de pluie par an.