‹ L'irrigation, ses conditions géographiques, ses modes et son organisation dans la Péninsule Ibérique et dans l'Afrique du NordChapitre 16 sur 58 · CARACTERES GÉNÉRAUX DU RELIEE ET DU CLH · texte numérisé non relu

CARACTERES GÉNÉRAUX DU RELIEE ET DU CLH

la cote orientale de l'Ibérie depuis Alboran jusqu'aux brettes, ou le littoral occidental de l'Italie.

Contre le horst aujourd'hui effondré se sont formés des séries de plis et de chaînes encadrés et comme c ^*^ entre deux plis particulièrement saillants : l'Atlas tellien et l'Atlas saharien. Ces deux chaînes sont les vraies limites Nord et Sud du massif plissé : elles continuent toutes deux les Atlas marocains, mais elles ont été beaucoup mieux étudiées que ceux-ci, et nous pouvons aujourd'hui les suivre avec une réelle précision jusqu'à la Tunisie. Ces deux Atlas qui, dans la province d'Oran, sont séparés l'un de l'autre par des distances de 200 à 2 5o kilomètres, ne sont point parallèles et vont se rapprochant vers l'Est jusqu'à devenir voisins en Tunisie et presque à s'accoler'. De là, ces> plis vont rejoindre non pas ceux de la Sicile, mais beaucoup plutôt ceux de l'Apennin central \ Les rides comprises entre ces deux chaînes étaient, semble-t-il parleur origine tectonique, d'une importance moindre ; elles étaient aussi sans doute moins saillantes ; voila que les conditions spéciales d'un climat semi-désertique succédant au climat très humide des premiers temps quaternaires les ont pour ainsi dire démolies sur place, comblant les dépressions avec les débris arrachés aux saillies, et travaillant à égaliser ainsi — à une altitude forcément élevée — les espaces bordés par les deux chaînes. Ces dernières conditions climatiques réduisant à une puissante accumulation sur place le travail de l'érosion pluviale ont maintenu dans un état indécis, dans un état d'enfance le modelé topographique ; et cet ensemble de la région plissée bornée par les deux Atlas a pris l'aspect d'un épais massif méritant même d'être appelée par certains

1 Ou plutôt l'Atlas tcllicn proprement dit disparaît complètement à partir d'une ligne Batna-Guelma-Bône, d'après E. Haug, Sur quelques points théoriques relatifs à la géologie de la Tunisie, dans A/as, 1897, 2e partie, p. 36G.

2 Voir Idem, ibid., p. 875, fig. 2, Carte schématique des lignes directrices des chaînes entourant la Méditerranée occidentale.

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un haut-plateau. Cependant, sur ces larges étendues ainsi comblées et que les débris accumulés ont faites horizontales se dressent, exactement comme des îles au-dessus de la mer, les arêtes qui n'ont pas été noyées et qui sont les preuves manifestes de la véritable histoire de cette région plissée. Tantôt ce sont des chaînes toujours dirigées entre S.-W.-N.-E. et W.-E.. tantôt — et déplus en plus à mesure que Ton avance vers la Tunisie — ce sont de simples dômes, tel ce dôme très élevé du Djebel Sidi-Rgheiss (i 628 mètres) qui dans la région des chotts du Nord de l'Aurès domine de 700 mètres la grande plaine des Harectas1. D'autre part, puisque les deux cordons Nord et Sud de cette masse, dite plateau, vont se rapprochant vers la Tunisie jusqu'à se toucher, il s'ensuit manifestement que la forme intermédiaire des pseudo-plateaux, fort étendue dans la province d'Oran, va s'amincissant aussi vers l'Est jusqu'à disparaître complètement en Tunisie*. En réalité même, la prétendue zone des Hauts-Plateaux est interrompue par une véritable dépression, le bassin du Hodna(Voir la carte V)2.

Si le dessin général est très simple, la réalité se présente sous un aspect naturellement plus complexe. D'abord ces jalons derniers de l'ancienne « Berbéride » qui bordent la Berbérie d'aujourd'hui n'ont pas partout la même physionomie, ni partout la même altitude, ni surtout la même structure. Tantôt ils se présentent comme l'Edough, isolés, en avant du système plissé dont ils sont même séparés par de larges dépressions

1 .T. Blayac, Sur le dôme du Sidi-Rgheiss (province de Constantine), dans Bail. Soc. gêol. de France, 1897, p. 664-665.

2 E. Haug, Sur quelques points théoriques relatifs à la géologie de la Tunisie, Afas, Saint-Etienne, 1897, 2e partie, p. 366, et Aug. Bernard, voir Revue bibliographique, etc., dans Bail. Soc. qéocjr. d'Alger, 1899, p. 102, estiment que la vraie zone dite des Hauts-Plateaux doit être regardée comme finissant à l'E. de la dépression du Hodna. Sur la carte V, qui est avant tout une carte schématique, j'ai voulu, en choisissant les deux courbes de 5oo et de 1000 mètres, exprimer clairement dans quelle mesure le Hodna est une dépression qui brise la continuité des Hauts-Plateaux.

C I fi iCT È R ES G /•: \ É H iUX DU R E LIE F ET D U C LIMA T i ',,,

comblées de débris et de dépôts récents (ex. : plaine de Bône) ; leur relief est en général plus adouci, arrondi, vermoulu, supposant surtout aux raides versants calcaires des crêtes liasiques de l'Atlas. Tantôt ils ont été serrés de prés par la première ride de l'Atlas ; des dépressions longitudinales plus ou moins profondes, plus ou moins discontinues, marquent la limite, mais les roches anciennes subsistantes et les roches plissées pins récentes forment parfois un ensemble si cohérent, si habilement détaché du reste de la masse plissée par les caprices d l'érosion que l'orographie actuelle joint intimement ensemble des masses d'origine géologique très différente : un massif comme la Grande-Kabylie, composé de morceaux hétérogènes, la Kabylie gneissique et le Djurjura gréseux et calcaire, constitue néanmoins un vrai département géographique, une province naturelle.

Ainsi, tantôt les plissements tertiaires se terminent vers le N. par des talus assez raides dominant des dépressions, tantôt le passage se fait pour ainsi dire insensiblement et nous n'apercevons guère dans l'orographie présente le front du système. On conçoit d'autre part que le rétrécissement progressif de la masse plissée vers l'Est en change tout-à-fait la physionomie, et que les chaînes tunisiennes soient très dissemblables des plateaux oranais. Là dominent, en effet, non plus des « chaînes », mais des séries de dômes et de cuvettes : et cette orographie fragmentaire, qui commence dès la province de Gonstantine et dès le pays des Nemenchas, mérite bien d'être regardée comme un des caractères physiques les plus distinctifs de la Tunisie centrale l. — Ajoutons qu'à l'Est du massif de l'Aurès, dont M. Ficheur a noté la symétrie a , apparaissent des chai-

1 Voir J. Blayac, Le pays ries Nemenchas à' l'Est des Monts Anrès (Algérie), Ann. de géqgr., VIII, 1899, p. i'ii-iôq et pi. V, et L. Pervjnquière, La Tunisie. Esquisse de géographie physique, Ann. degéogr., 1\, 1900, p. 134- 455 et pi. XL

2 E. Ficheur, Le massif du Chettaha et les ilôts triasiques de la région de

Constantine, Bull. Soe. gcol. France, 1899, p. 85,

,5o ALGÉRIE-TUNISIE

nous W.-E., fait vraiment nouveau qui caractérise la Tunisie méridionale jusqu'au Nord des chotts, et qui se poursuit même par place jusqu'au Sud de certains chotts comme le chott El Fedjedj'.

Enfin, la mer, qui suit les plis du système selon une direction qui n'est pas parallèle au plissement, interrompt ces plis complètement vers l'Est : un rivage de direction générale Nord-Sud commence au cap Bon, et la mer s'avance de la sorte le long de la côte tunisienne de trois à quatre degrés plus au Sud, bien au delà des dernières ramifications des Atlas 2.

Sur son versant Sud, — sur son versant saharien, — le massif plissé se termine avec une moins grande complication : au Sud- Est, dominant une large dépression pliocène, les calcaires du système plissé disparaissent brusquement sous un angle très fort, en formant une véritable muraille dont la paroi se montre très raide surtout au pied de l'Aurès. Plus loin, vers l'Ouest, la chute est moins rude ; toute cette province Sud-Ouest du Sahara s'élève en effet à plus de 5oo mètres au-dessus du niveau de la mer. (Voir la carte Y: Algérie-Tunisie, Hypsométrie générale : si je me suis efforcé par le choix des 2 courbes de niveau de 5oo mètres et de 1000 mètres de faire ressortir d'abord et d'une part l'interruption que constitue dans l'hypsométrie des hautes terres la dépression duHodna, située au-dessous de 5oo mètres, j'ai voulu d'autre part exprimer l'opposition entre la basse

1 L. Dru, dans Roudaire, Rapport sur la dernière expédition des Chotts, in-8. Paris, 1881, p. /15-6o, résumé dans Ed. Suess, La face de la terre, trad. de Margekie, I, p. 457. Voir aussi L. Pervinquière, art. cité, p. 436-438.

2 Pour tout ce qui précède, on doit se reporter aux: quatre feuilles de la Carte géologique provisoire de l'Algérie, 2" édition (Directeurs du service : Pomi:l et Pouyana'e) à i : 800000, et à la Carte géologique provisoire de la région de Tunis dressée par F. Aubert à 1 : 800000. On doit se reporter aussi à A. Pomel, Explication de la deuxième édition de la carte géologique provisoire de l'Algérie à 1 : 800000, suivie d'une étude succincte sur les roches éruptives de cette région par J. Curie et G. Flamand. Alger, Fontana, 1890, in-4, 217-+- 101 p., et à F. Aubert, Explication de la carte géologique provisoire de la Tunisie. Paris, H. Barrère (s. d.), in-8, VII +91 p.

CARACTÈRES GÉNÉRAUX l>U RELIEF ET DU CLIMAT ■

|)io\ ince orientale du Sahara et le Haut-Sahara occidental; lerelic se relève en clTct d'une manière très nette au delà de cette dépression Nord-Sud de l'Oued-Kir' qui est d'ailleurs dans le prolongement de la dépression du llodna). Mais les couches de l'Atlas plongent toujours à l'W. aussi bien qu'à l'E. avec une grande brusquerie sous d'énormes dépôts quaternaires : les couches du rocher de Laghouatont une inclinaison de /i5°. Bref, de la Méditerranée jusqu'au Maroc, le système plissé fait front vers le Sud aux espaces horizontaux du Bas-Sahara des Chotts ou du Haut-Sahara des Daïa sous des aspects variés mais qui présentent une certaine analogie.

Si, maintenant, faisant intervenir les causes atmosphériques qui déterminent le climat de cette province septentrionale de l'Afrique, nous reconnaissons que les courants les plus humides, c'est-à-dire les plus agissants et les plus importants, viennent exclusivement du Nord (Nord, Nord-Est ou Nord-Oiiest), la relative régularité du front méridional devra se traduire dans la géographie générale par des phénomènes d'un moindre intérêt que l'extrême diversité du front septentrional.

Mécanisme général du climat. — S'il est vrai que le climat méditerranéen soit essentiellement caractérisé par ce fait que les pluies se produisent surtout en hiver, et en hiver d'une manière presque exclusive (exactement de novembre à avril), le climat de l'Algérie-Tunisie mérite bien d'être regardé comme type du climat méditerranéen1. Les masses d'air chargées de la vapeur d'eau qui est due à l'évaporation méditerranéenne se refroidissent, soit parce qu'elles heurtent, en allant vers le Sud, le front du système montagneux des Atlas, soit parce qu'elles rencontrent, au-dessus de l'Algérie-Tunisie, des couches d'air à une température plus basse que la leur. En hiver, soit l'ascension

1 \ oir le tableau: Jachrlicho Rcgenverteilung in Prozenten, dans Julius Hann Handbuch der hliinatolorjie, III, p. 28,

des pentes qui font face à la mer vers le Nord, soit une légère différence de température entre les couches qui s'entremêlent, suffisent à déterminer la condensation ; car la température est assez basse, et l'humidité relative est assez grande. Mais en été, la température est trop élevée pour que les conditions favorables à la condensation soient aisément réalisées 1. Alors même que l'évaporation est très forte au-dessus de la Méditerranée, alors même que les masses atmosphériques sont violemment entraînées vers le Sud, elles rencontrent des couches atmosphériques en contact avec des régions de plus en plus surchauffées, et comme sur les premiers gradins de l'Espagne méditerranéenne, la condensation a des chances de se produire de plus en plus faibles et de plus en plus rares (voir la carte VI) 2.

Comme en Espagne, il arrive que les pluies sont plus vio-

Janvier.

En

Minima

Janvier.

JO

Mars..

Février.

Avril.

Maxima

Juin. .

Mai. .

Juillet.

Juin. .

Août..

Juillet.

Août..

Octobre.

1 Les températures, principalement sur les parties élevées du relief de la Berbérie, sont naturellement caractérisées par de forts écarts entre l'hiver et l'été, entre le jour et la nuit. Voici quelques observations faites dans la province d'Oran, à El Aricha, tout près de la frontière marocaine : En 1 891 . Minima

Maxima

V. Le pays du mouton, p. 35g. Quant aux très hautes températures souvent signalées à propos du Sahara, il convient de les accepter avec les sages réserves critiques de A. Angot : « Les chiffres [de températures observées au Sahara] supérieurs à 5o°, que l'on cite quelquefois, sont possibles ; mais ils ne peuvent avoir été observés que dans des conditions tout à fait spéciales, ce qui leur fait perdre toute signification générale. En effet, le sol exposé au soleil atteint probablement parfois dans le Sahara, en été et au milieu du jour, une température de 70° ; une observation de M. Duveyrier, faite dans des conditions qui n'avaient rien d'exceptionnel, a donné 66°, l\ ». A. Angot. Etude sur le climat de l'Algérie, dans Ann. Bar. centrmétéorol., 1881, I, p. B. 20 et B. 21. — On comprend du moins quelles doiven* être les conséquences de cet échauffement du sol au point de vue de la végétation.

2 Voir Th. Fischer , Studien ûber das Klima der Mittelmeerlaender, Pet. Mil- Erg., nr 58, avec cartes des pluies, etc., montrant les rapports entre l'Algérie- Tunisie et l'Espagne orientale.

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