‹ L'irrigation, ses conditions géographiques, ses modes et son organisation dans la Péninsule Ibérique et dans l'Afrique du NordChapitre 18 sur 58 · A L G Ê RIE- TU Y / S / E · texte numérisé non relu

A L G Ê RIE- TU Y / S / E

été très fortes, mais la vapeur d'eau n'avait guère dépassé la limite des monts du Hodna et des monts de Batna1.

Puisqu'il en est ainsi, nous n'aurons qu'à prendre la carte du relief pour nous expliquer les cartes de la répartition des précipitations (pluies ou neige).

Les massifs les plus proéminents, les plus raides et qui avancent le plus vers le Nord dans la mer doivent être les plus arrosés. Le massif de la Grande-Kabylie est en effet privilégié. On n'a qu'à regarder une carte des pluies (carte VI), et l'on constate que ce système, porté en avant vers la mer, est la région où la hauteur annuelle des pluies en Algérie atteint le maximum (moyennes annuelles : Fort National, à 916 mètres d'altitude, 1 iaimm,2 ; Bougie, à 75 mètres d'altitude, 1 o36mm,2). Tout le littoral algérien reçoit dans l'année autant de pluie que la plupart des régions françaises : Alger, où les précipitations dépassent toujours 700 millimètres par an, semble, au point de vue pluviométrique, comparable avec Paris : mais nous avons dit, à propos du climat de l'Espagne, combien la seule considération des hauteurs annuelles de pluie pouvait entraîner de comparaisons erronées et de confusions ! Il n'en est pas moins vrai

1 Nous insistons sur ce fait ; car il parait au premier abord en contradiction avec la carte de la Neige qu'a publiée A. Thévenet, Essai de climatologie algérienne, pi. XXVII ; mais cette carte de la Neige ne représente que le nombre de jours de cbute de neige, ce qui est beaucoup moins important que la quantité de neige tombée. Et certes, dans quelques cas particuliers, la neige peut tomber en abondance assez loin de la côte méditerranéenne ; non seulement nous pourrions citer ici nous-môme les chutes de neige qui à la fin de l'année dernière (20 et 22 décembre 1901) ont causé des désastres à Bou-Saàda et à Ed-dis, mais invoquer môme le vieil et exact témoignage de Duveyrïer pour prouver que la neige peut être observée jusqu'au M'zab : « Il y a deux hivers, 1857-1808, que la neige est tombée en assez grande abondance pour couvrir tout le pays ; jamais, de mémoire d'homme, pareil fait ne s'était produit. A la vérité, il neige quelquefois, mais la neige disparaît à mesure qu'elle tombe. » Duveyrïer, Coup d'ccil sur le pays des Beni-Mezâb et sur celui des Chaanbâ occidentaux, dans Bull, de la Soc. de géogr. [Paris], 4e série, XVIII, i85q, p. 220. Il n'en est pas moins vrai que ce sont là des faits extraordinaires et exceptionnels, et nous croyons devoir maintenir les conclusions que nous avons tirées de nos observations de janvier 1900, ainsi que des constatations collationnées depuis

CARACTÈRES GÉNÉRAUX Dl RELIEF ET DU CLIMAT

que ta bande littorale est loin d'être dépourvue de précipitations,

tandis qu'à moins de 2 degrés de latitude pins an Sud, la chute annuelle est inférieure à /ioo millimètres, — et c'est un climat de steppes sèches, — et tandis même qu'avec un seul degré de plus la chute est réduite à moins de 200 millimètres, — et c'est un climat de vrai désert.

D'autre partie relief de la Tunisie plus atténue, offrant moins de contrastes, et qui entre beaucoup plus en contact avec la mer, reçoit sur une superficie plus étendue une assez grande quantité de précipitations. Dans la région montagneuse de la Kroumirie, à Aïn Draham, il tombe d'après les chiffres fournis par le Service forestier de la Tunisie une moyenne annuelle de im,725 '. 11 faut considérer en effet que la Tunisie est directement abordée par des vents de direction variée, et que les causes de précipitation doivent y être nécessairement plus nombreuses. En quelques stations qui sont entourées d'un cercle de montagnes boisées, la pluie est un phénomène fréquent et continu ; elle tombe souvent à Bizerte par exemple sous la forme fine et régulière où on la voit tomber sur les rivages européens de l'Atlantique.

Mais dès qu'on avance vers le Sud, les vents d'Est, Nord-Est et Sud-Est ont beau souffler de la mer vers le Sud, les précipitations n'ayant plus grande raison de se produire sont de plus en plus réduites : àSousse, la moyenne annuelle est de /|63 millimètres, à Sfax de 355 et à Gabès de 2 3o millimètres ~.

1 Aïn Draham, situe à 8o5 mètres d'altitude, reçoit annuellement plus d'un mètre de précipitations (quelquefois mèmedela neige; en i88(>, il est tombé om,55o de neige en 7 fois); en certaines années, la hauteur annuelle a dépassé 2 mètres (1889 : 2"Mo6 ; 1891 : 2»', 208) et le climat y est très humide durant six mois de l'année a\ec des pluies fines et des brouillards : on y compte en moyenne i3i jours de pluie. 'Soir Gyprien P^radon, Étude climatologique d'Aïn-Draham de i884 à i8q5, Revue tunisienne, III, [896, p. 2q3-3oo.

2 A Gabès, les vents !Nord-Est, Est et Sud-Est souillent 83 jours sur 100 (Aium/cs du Bur. central météorologique, moyennes de 1887 à 1889); on comprend qu'il n'y ait quelques rares chutes de pluie qu'à l'époque du changement des saisons, souvent

Ainsi, dans toute l' Algérie-Tunisie, plus on s'éloigne de la mer d'une part vers le Sud et d'autre part vers l'Ouest, moins les précipitations sont régulières, et moins elles sont abondantes. Et plus aussi se fait sentir l'influence desséchante du sirocco \

Si l'on veut se rendre compte de l'irrégularité des pluies dans toute la région voisine du Sahara, on peut choisir comme exemple une région de haute altitude située en une zone montagneuse, le Djebel Amour, qui est relativement riche en eaux courantes et continues ; voici les hauteurs de pluies en millimètres mesurées à Aflou (i 35o mètres d'altitude) de 1878 à 1886 2 :

marqué par quelques conflits de courants atmosphériques ; en effet, à Gabès, où la saison d'hiver proprement dite se réduit à un petit nombre de semaines, fin du mois de décembre et mois de janvier, les pluies tombent surtout en novembre-décembre (i53mm,5 en 1889) et aussi en février (7|3mm,5). Voir J. Brunhes, Le nouvel aspect des questions tunisiennes, Rev. gén. des Sciences, 189/i, p. 853.

1 Sur le siroco, voir Kobelt, Algérien und Tunis. Frankfurt-a.-M., i885, cité dans J. Hann. Handbuch der Klimatologie, III, p. 71. Même « dans toute la Tunisie, au Nord comme au Sud, le siroco est un ennemi redoutable, il peut détruire en un jour toute l'espérance d'une année ». E. Levasseur, Ce qu'on peut faire en Tunisie, dans Bévue tunisienne, JV, 1897, p. 1 48.

2 Nous avons trouvé ces chiffres dans Le pays du mouton, p. 271. On a calculé que la moyenne de ces neuf années = 425mm,66 ; mais c'est ici le cas de faire observer combien une moyenne peut être trompeuse, et combien il est plus intéressant de constater tout au contraire l'écart considérable entre l'année de grande sécheresse 1878 (i82mm,i) et l'année 1 884 (856rnn,,9). — Sur l'irrégularité générale de la répartition mensuelle des pluies en Algérie, voir des faits typiques exposés par Gh. Rivière, dans Météorologie et Agrologie, La Famine de 1866-1867. Algérie Nouvelle, I, 1896, p. 1 3g- i 4i • « Cette année même [1896J, au moment où les récoltes pendantes étaient languissantes et altérées par une dessiccation sans exemple du sol et de l'atmosphère, puisque le i5 avril la tranche d'eau atteignait à peine 387 millimètres, le mois de mai, par une heureuse anomalie, a donné 96 millimètres d'eau, ce qui n'avait été observé qu'une seule fois depuis 3o ans » (p. 139). — De pareils phénomènes s'observent en Tunisie. De i883 à 1897, on a ^a^ aes mesures pluviométriques à Enfi-

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Dans le désert surtout, où les précipitations sont si médiocres, elles sont très irrégulières : Les pluies ont celle brusquerie qui a été bien des fois notée par les voyageurs sahariens1. L'atmosphère surchauffée du Sahara est aussi mobile et agitée que celle de la froide Transbaïkalic sibérienne est immobile; et tous les phénomènes de précipitation y sont presque aussi violents qu'intermittents, en un mot capricieux.

Il est un autre élément du climat du Nord de l'Afrique (ou plus exactement de la zone montagneuse du Maghreb) dont on n'a pas tenu assez compte et qui parait devoir jouer au point de vue de la végétation un rôle important : les rosées. « Fort heureusement, disent les auteurs du Pays du Mouton, le rayonnement nocturne, très intense dans ces immenses plaines, détermine des rosées et gelées blanches qui, longtemps après les pluies, donnent encore la vie aux plantes aqueuses dont les moutons font leur nourriture, ce qui permet à ces animaux de ne point boire et même de n'en pas éprouver le besoin »2.

daville : la hauteur annuelle qui a été en 1887 de 226 millimètres, avait été 3 ans plus tôt, en i884, de 672 millimètres. Bien mieux, le i5 novembre 1898, le pluviomètre reçut en 5 heures 173 millimètres. Paul Gaucklek, Enquête sur les installations hydrauliques romaines en Tunisie, III, 1899, p. i2/i. Voir par ailleurs les cartes du Régime des pluies (moyennes de 18G0 à 1879), mois par mois, dans A. Angot, Etude sur le climat de l'Algérie, Ann. du Dur. centr. météorol., 1881, I, pi. B. 5-B. 7 ; ainsi que les cartes des pluies mensuelles, dans A. Thévenkt, Essai de climatologie algérienne, p. 61 et suiv., pi. XVII et XVIII.

1 Voir Tchihatchef, Espagne, Algérie, Tunisie, p. 3i3-3i5. Voir les exemples cités dans H. Schirmer, Le Sahara, p. 78, 79 et p. 90 et suiv. — «Par un ciel pur et bleu, on voit un nuage gris jaunâtre se former dans le lointain, au Nord-Ouest, grossir rapidement, envahir l'horizon et s'élancer vers le Sud-Est avec une vitesse vertigineuse, soulevant et projetant les sables et graviers du sol, qui hachent les jeunes plantes ou les recouvrent d'une croûte rendue adhérente par la pluie : tel fut l'orage du 20 février 1889. » G. Rolland. Hydrologie du Sahara, p. 407. Voir encore ce qu'Erwin de Bar y avait observé dans l'Air au mois de juin 1877 : « 3 juin. — Cette nuit nous avons entendu un bruit de cascade dans la montagne, et ce matin, le premier torrent descend en bouillonnant dans l'oued à l'Est du village. Tout est enveloppé de brouillard, comme en hiver. Le soleil ne se montre pas. » Erwin de Bary, traduit par Schirmer, p. 1 65. Barth avait observé une crue semblable à la date du 1" septembre, Reisen, I, p. 356.

2 Le pays du mouton, p. n3.

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El ils ajoutent, parlant spécialement des steppes algériennes : (( Un détail aussi intéressant semble n'avoir été relaté dans aucune monographie» \ De mon côté, en Tunisie j'ai été frappé de l'importance de phénomènes de condensation, dont les effets sont analogues à ceux-ci. En allant, le 25 février 1900, de Sousse à Kairouan, j'ai noté l'opacité de ces brouillards du matin qui se produisent facilement à une aussi grande proximité de la mer: tout paraissait mouillé, le sol, les maisons, les arbres, comme s'il avait plu. Et j'ai ramassé des narcisses en fleurs, preuves de l'humidité de l'atmosphère au moins en ces premiers mois de l'année2.

L'Algérie-Tunisie constitue un territoire cpii est prédestiné par son relief à de vigoureux contrastes. Les faits climatiques et notamment ces faits essentiels au point de vue de nos études présentes, les phénomènes de précipitation, sont subordonnés à ce relief; aussi, dès à présent, devons-nous en tirer cette double conclusion : les contrastes sont très fortement marqués entre le Nord et le Sud ; et ils vont s'exagérant de l'Est vers l'Ouest.

1 Depuis lors, Ch. Rivière s'est occupé spécialement d'étudier les « refroidissements sous zéro » « dans la couche d'air inférieure près du sol », et il a montré combien les thermomètres abrités et situés à 2m,Godu sol sont impuissants à constater les réels refroidissements nocturnes de la surface, lesquels sont si intenses et si fréquents sur les Hauts-Plateaux; voir Géothermie et refroidissements nocturnes en Algérie, Congres national des soc. franc, de gcog., XXe session, p. i28-i55.

2 De son côté, sur le versant Atlantique de l'Atlas marocain, à l'autre extrémité du Maghreb, Theob. Fisciii-r a signalé récemment l'importance de la rosée appelée minsla, Klimatologie von Marokko, dans Zeitschr. der Gesellschaft f. Erdkunde zu Berlin, 1901, n1' 6, p. 365. — Au désert, dans le Sahara proprement dit, la rosée paraît au contraire un phénomène rare et négligeable. H. Schirmer, Le Sahara, p. 66.

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