l5 2-11 2-IO
M par sec.
Un coup d'oeil jeté surle tableau ci dessus démontre que les cotes
du fleu\e, à Assouan, pendant la première moitié du mois de jan
5ia NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
vier 1900, étaient beaucoup plus basses que celles de la même époque de Time et l'autre des deux années avec lesquelles la comparaison est faite.
Le i5 courant, la cote d'Assouan était de 2 pics [\ kirats ou de im,i7 pins basse qu'elle ne le fut à la même date, en 1878, et de 1 pic 12 kirats ou de om,8i qu'elle ne le fut le io janvier 1889.
En outre, le débit en mètres cubes, par seconde, du i5 janvier 1900, était à peine la moitié de celui du i5 janvier 1878 et au-dessous des deux tiers de celui de la même date en 1889.
Une étude des cotes d'Assouan depuis 1871 jusqu'à 1900, c'est-àdire pendant 29 ans avant l'année courante, démontre que la cote de 2 pics 9 kirats est, comme règle générale, atteinte au mois de mars ou d'avril et plus souvent dans le dernier que dans le premier.
Le débit d'été du Nil dans la présente année promet, si l'état de décroissance actuelle devait se maintenir, d'être considérablement audessous de celui de l'une quelconque des deux plus mauvaises années qui soient notées : 1878 et 1889.
En 1878, la plus basse cote atteinte à Assouan était de o pic 8 kirats, ce qui correspond à un niveau de 84,22. Cette cote fut enregistrée le 7 et le 8 du mois de juin ; elle représente un débit de 208 mètres cubes par seconde.
En 1889, le fleuve arriva à son plus bas étiage le l\ juin, o pic 11 kirats ou un niveau de 8/1,70, comme l'accuse le relevé du nilomètre d'Assouan. Cette cote correspond à un débit de 23o mètres cubes par seconde.
Comme le Nil en 1900 se trouve à présent plus bas qu'il ne le fut en 1878 et en 1889, il s'ensuit que, si la décroissance continue sur la même échelle actuelle, le débit sera, au moment où l'on arrivera au plus bas étiage, considérablement inférieur à 200 mètres cubes par seconde.
Il est cependant possible que la rapidité de la baisse se relâche et que des pluies hâtives dans les provinces méridionales du Soudan viennent accroître le Nil Blanc et contribuent ainsi soit à augmenter le débit du fleuve, soit à arrêter sa décroissance pendant la période la plus critique, c'est-à-dire dans les mois de juin et juillet.
// y a lieu de prendre en bonne considération que les dernières infor mations reçues de la région des Lacs et du Nil Blanc ne tendent pas à
\ OTE Si l; f. l FA ÎBLE CRI E Dl \ If.
tendre très probable la perspective d'aucune diminution de la décroissance du fleure.
Le commissaire à l ganda, écrivant à la date du i(> octobre 1889,
disait que la cote d'eau «lu Lac Victoria Nyanza était à ce m ent là
de 2 pieds au dessous de la hauteur normale, et (|n<' (a hauteur du Haut Nil, à Wadelaï, étail de \ pieds el demi au-dessous de la moyenne des années précédentes. Il ajoute qu'il y a eu un manque presque absolu de pluies sur toute celle partie de l'Afrique, notam menl dans le voisinage du Lac Ubert \\anza, à tel poinl que l'on craignait une famine dans ces régions.
Les derniers télégrammes reçus du Nil Blanc annoncent une baisse d'eau sans précédent dans ce cours d'eau. Au gué d'Aboj] Zeid, à 190 milles au Sud de Kartoum, l'eau était, à la lin de décembre, si peu profonde que les barques ne pouvaient passer qu'à grande difficulté.
Dans les premiers jours de janvier, une autre interception de la navigation étail signalée à Gabalain, à environ \o nulles plus au Sud.
11 est donc probable que l'expédition partie de Kartoum au commencement de décembre dernier, avec mission d'enlever les sadds existant dans le Nil Blanc, se trouve dans la nécessité de renoncera ce travail pour Tannée courante, à cause de l'impossibilité d'effectuer le transport des approvisionnements nécessaires aux ouvriers sur le fleuve.
La connaissance qu'il est possible d'avoir maintenant des rapports existant entre les cotes d'eau (\e> lacs équatoriaux el celles du Nil
Blanc est insuffisante pour permettre de prévoir d'une manière précise l'effet qu'une cote donnée dans ces lacs produira sur le Nil à ^ssouan.
Néanmoins, il est indéniable que le Vil à issouah est, à l'heure présente . plus bas qu'il ne Va jamais été précédemment, que Von sache, au mois de janvier, et que les rapports reçus jusqu'ici du Sud inspirent peu d'espoir. De plus, la sécheresse incessante aux Indes révèle l'existence d'une situation atmosphérique anormale sur une immense étendue.
En tenant compte de toutes les considérations <|ui viennent d'être énumérées, les agriculteurs en Egypte sembleraient être fondés dans leurs inquiétudes pour l'avenir de leurs cultures, el il est évident que des mesures toutes spéciales devront être prises si ces cultures peu vent être sauvées par un moyen quelconque. I ne crue hâtive allège
Bue mu s
5i4 -XOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
rait dans une large mesure la gravité de la situation, tandis que, au contraire, une arrivée tardive des eaux de la crue contribuerait à l'accentuer très sensiblement.
Les mesures indiquées ci-dessous montrent les lignes générales que le Service d'Irrigation se propose de suivre pendant la saison des étiages.
Tout d'abord, ses efforts devront tendre principalement à sauver la culture du coton, qui est, pour l'Egypte, la plus précieuse de toutes.
Il est certain, même si l'époque des pluies annuelles en Abyssinie et au Soudan arrivait plus tôt et qu'il en résultât une crue hâtive, qu'une disette d'eau exceptionnelle doit se produire en Egypte durant les prochains mois d'avril, mai, juin et juillet. L'eau disponible dans le fleuve pendant ladite période sera, quel que soit le cas, à peine suffisante pour préserver la culture du coton et ne suffira certainement pas en même temps pour l'irrigation du riz.
Les rizières sont, pour la plupart, situées dans les régions Nord du Delta et à l'extrémité de longs canaux. 11 ne sera donc pas possible d'amener l'eau jusqu'à ces régions et d'irriguer les cultures de riz. Le riz, d'ailleurs, étant une plante qui réclame une irrigation continuelle, ne pourrait jamais, comme le coton, résister aux périodes de la rotation sévère qui sera inévitablement imposée cette année. Aussi e$t-il à craindre que les propriétaires de tels terrains qui auront planté du riz en 1900 ne perdent entièrement leur culture. Seuls sont exceptés ceux qui possèdent des terres adjacentes au Nil et qui peuvent irriguer leur riz au moyen de machines et de pompes placées sur les digues du fleuve. En vue de seconder le fonctionnement de ces appareils élévatoires, des digues en terre seront élevées dans les deux branches du Nil dans le double but d'empêcher l'entrée de l'eau salée de la Méditerranée dans ces branches et d'y conserver l'eau douce tant pour les besoins domestiques que pour ceux de l'irrigation.
Il est probable que la quantité d'eau d'infiltration dans les chenaux du fleuve suffira à assurer le fonctionnement de ces pompes. Pour le cas, cependant, où une telle probabilité viendrait à ne pas se réaliser ou bien que l'eau du Nil deviendrait saumâtre, les propriétaires sont prévenus que, sous aucun prétexte et pour aucune raison, quelle qu'elle soit, il ne leur sera permis de transférer leurs machines et pompes des digues du Nil pour les installer sur les canaux, car ces
^ OTE SI R LA FA ÏBLE CRI E Dl VIL 5i5
derniers ne seronl certainement pas en étal de pouvoir répondre aux exigences additionnelles qui leur seraient ainsi imposées.
\iin d'assurer une distribution équitable de l'eau dans la Basse- Egypte, les prises des canaux principaux (|ui reçoivent l'eau du Nil en amoni du barrage, seronl réglementées de façon à permettre à chaque province d'obtenir un volume d'eau proportionnel à sa superficie irriguée.
Des rotations seront établies en vue de faire lace aux conditions exceptionnelles de la présente saison. Les listes d<- ces rotations, actuellement en préparation, seront publiées très prochainement pour la gouverne du public. Elles consisteront en deux et peut être en trois programmes. Le deuxième programme comportera un projel de rota tîon plus sévère que le premier, el le troisième, s'il est nécessaire, sera encore plus sévère que le deuxième.
Ces différents programmes seront mis en vigueur suivant la baisse des eaux du Nil. \insi, si la cote à Assouan el le niveau correspon danl en amont du Barrage nécessitent des mesures plus rigoureuses que celles contenues dans le premier programme, le deuxième sera appliqué, et il en sera de même pour le troisième. Dans chaque cas, un avis sera donné par l'intermédiaire des moudiriehs à tous les intéressés, fixant la date à laquelle le système des rotations sera changé. Comme ces programmes alternatifs seront publiés simultanément et à une date prochaine, les agriculteurs seront ainsi en mesure de s'in formera temps des éventualités qui leur sont réservéesel ne pourront se plaindre plus tard que les rotations publiées aient été changées sans un avis en due forme.
Malgré cependant toutes les mesures de précautions qui précèdent, il est fort possible que la situation exige l'application éventuelle de rotations d'un ordre tout à fait spécial, non comprises dan- !<■> pro grammes en question et qu'on ne peut prévoir ni arrêter dès maintenant. Si cette éventualité se réalisait, tous le< efforts seraient employés pour que le public fui prévenu aussitôt que possible.
Après les rotations, la plus importante mesure pour sauver la culture du colon ou une partie de celle culture, sera V interdiction de Virriga lion des terrés Charakfi (pour V ensemencement du mois) jusqu'à ce
1 Voir p. 4io, note 2.
5i6 NOTES ET PIECES JUSTIFICATIVES
que la crue ait amené une quantité d'eau suffisante pour permettre l'irrigation de ces (erres sans nuire à la superficie cultivée en coton. Une telle interdiction s'impose impérativement dans une année pareille à Tannée courante.
La mesure qui consiste à ajourner l'ensemencement du maïs ne constitue point un désastre pour le pays ; elle signifie simplement que les propriétaires doivent revenir au procédé qui existait avant l'achèvement des travaux de réparations du barrage et l'amélioration qui en est résultée dans la distribution des eaux. Autrefois le maïs n'était jamais semé avant l'arrivée de l'eau de la crue ; cet ensemencement avait lieu généralement en août parce que, avant ledit mois, les cotes du Nil ne permettaient aucune irrigation sur une grande échelle. Grâce à l'augmentation du débit, la pratique des dernières années a eu pour effet de faire avancer graduellement la saison de l'ensemencement du maïs, et les terres affectées à cette culture reçoivent généralement l'eau, aujourd'hui, au mois de juin, et, dans quelques localités, au mois de mai.
Il est vrai que si cet ensemencement est fait à une date avancée, on peut réaliser une récolte et un prix meilleur que s'il était fait à une date tardive ; mais le dommage causé au pays entier par une légère diminution dans le rendement des cultures de maïs est insignifiant en comparaison clu désastre qui résulterait de la non-réussite de la culture du eotom
Il n'y aura certainement pas assez d'eau disponible au mois de juin prochain pour suffire aux deux cultures ; en conséquence, comme on doit s'efforcer de sauver le coton, si /ossible, à tout prix l'irrigation des terres affectées au maïs doit être ajournée jusqu'à l'époque où l'arrivée des eaux de la crue permettra de la faire. Un projet de loi interdisant l'irrigation hâtive des terres Gharaki, sous peine de sévères pénalités, est actuellement en voie de préparation ; il sera soumis sous peu à la sanction du Gouvernement1.
1 Un décret signé le 12 mars 1900, et publié au Journal officiel le il\ mars 1900, a fixé effectivement les pénalités dont il était ici question (V. Journal officiel, n" 29, p. 38(S-38c)) ; voir une circulaire complémentaire, Journal officiel, n° 57, 28 mai 1900 (Xole de l'auteur).
VOTE si u LA FAIBLE CRUE Dl VIL ."..7
Dans une année pareille à colle que nous traversons, il serait prudent, pour ions les propriétaires, de planter leur coton à nue date aussi avancée (|ne possible, en tant qu'elle soit compatible avec les conditions du climat. Il est grandement à désirer que les plants soient dans un état avancé de développement avant l'arrivée de la période des loris étiages. Plus ils seronl forts et vigoureux, plus ils seront, semble I il. en état de résister au manque d'eau inévitable. 7X11 surplus, il y aurait avantage à ce que la plantation eût lieu pendant qu'il. y à une quantité d'eau disponible suffisante. La situation vaut la peine de courir le risque d'un doublé ensemencement, afin de s'assurer que les plants seront en bon état de développement lorsqu'arrivera la période critique.
Il ne sera pas hors de propos ici de prévenir le public que rien ne peut être nuisible aux plants de coton qui ont survécu à une longue et continuelle sécheresse, que de les saturer d'eau immédiatement après l'arrivée de la crue. Un tel procédé aurait exactement le même effet que si Ton donnait trop d'eau à la fois à boire à un homme qui a souffert longuement de la soif, et l'on doit, partant, user d'une grande prudence au premier arrosage des plants après l'arrivée des eaux de la crue.
Le Service d'irrigation a été prié maintes fois de donner son opinion sur le rendement probable de la culture du coton en 1900. Toute prévision dans cet ordre d'idées serait difficile à faire et aurait manifestement pour effet d'induire le public en erreur, car rien ne peut être connu à présent en ce qui concerne la cote à laquelle le Nil pourra éventuellement tomber.
Pour la gouverne des personnes désireuses d'établir une évaluation pour elles-mêmes, nous pouvons dire que le rendement de la culture de coton, dans les deux plus mauvaises années qui soient connues jusqu'à présent, a été comme il suit :
En 1878 1 680 Sgo cantars.
En 1889 3 200000 »
Dans aucune de ces deux années, le barrage ne fut dans sa pleine action, car la restauration de cet ouvrage ne se termina qu'en 1890.
En conclusion, quoiqu'il soit évident que l'agriculture en Egypte aura à traverser une forte crise pendant les quelques prochains mois,
5i8 NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
on ne peut dire encore que la situation soit tout à fait désespérée. Un arrêt de la baisse rapide actuelle des eaux du fleuve et l'arrivée d'une crue hâtive contribueraient à atténuer grandement les difficultés de l'irrigation. L'une de ces deux éventualités, ou toutes deux, pourraient encore se produire, et, quoiqu'il soit nécessaire de se prémunir contre tous les événements, il n'est pas besoin d'anticiper sur le mal et d'envisager l'avenir sous un jour plus sombre que ne le comporte la situation.
Toutes les personnes intéressées, fonctionnaires des moudiriehs, cheikhs, omdehs, et principalement les gros propriétaires fonciers, doivent se bien pénétrer que le plus grand espoir de sauver leur culture réside dans leur loyale coopération avec le Service d'irrigation dans toutes les mesures qu'il adoptera pour assurer une distribution équitable de l'eau.
Le Caire, le 17 janvier 1900.
Le Sous- Secrétaire d'Etat du Ministère des Travaux Publics,
W.-E. Garstin.
UHAKTKES. IMPlUMErflE DUKAND. KUE FULBERT.