I. Résumé chronologique de V Histoire (VÈgypU^ par A. Rhoné
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tive contre la domination étrangère. A un échelon social plus élevé, comme les Babous de Tlnde, les lettrés indigène^ veulent, pour eux seuls, Tadministration, les places, tous les profita personnels de Texerciced'un pouvoir indépendant. Mais parmi les membres de la société insttuite/ Cultivée, façonnée aux idées européennes, il en est beaucoup qui conçoivent une autre notion de TEtat et qui, dans leur pays, voient déjà une patrie.
' L*épithète de mouvement national, ap* pliquée à Tinsurrection d'Arabi n'était cependant pas exacte ; ce soulèvement h^a guère été qù* un pronunciamento militaire doublé d'une émeute religieuse, d^une rébellion de quelques déclassés. 11 a, il est vrai, rencontré dans presque toute la population des sympathies réelles. Mais les tendances des Egyptiens au nationa-* lisme ne sont pas telles qu^elles puissent les déterminer à une' action générale.
Sauf chez un petit nombre, elles ne se traduisent qu^en rêveries chimériques. Il en est à cet égard comme du mouvement intellectuel. lo
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r La cause en' est à l'influence, sur lés races du pays, des longs siècles de servitude, qui leur ont enlevé toute énergie morale. Aussi, les préjugés, les traditions ont-ils gardé, malgré les habitudes, les idées nouvelles, une véritable puissance.
Un exemple* frappant permet de s'en rendre compte. Dans qyelques familles, les femmes reçoivent, durant leur enfance, une éducation' très complète. Elles apprennent non seulement la littérature arab<î, mais la musique, le dessin, le français, l'anglais. Puis -leur mariage les relègue ào harem, oîi elles ne tardent pas, souâ l'influetice du concubinage légal, du désoeuvrement, à redescendre au niveau de leurs aïeules. Il ne manque pas cependant d'hommes instruits, élevés à Peuropéenne, qui seraient désireux de se créer des intérieurs semblables à ceux qu'ils ont pu voir chez des étrangers. Beaucoup, suivant un usage qui tend à se généraliser, ne $e marient qu'une ^fois.' Mais aucun jusqu'ici n^a osé faire .acte d'in'dépen-> dance, puvrir sa maison, soustraire sa
femme aux exigences des coutumes musulmânes. ...
Peut-être suffirait-il d^ûne initiative partant de la famille régnante, pour provoquer une réforme complète de ces mœurs qui constituent un ' anachro^ nisme.
En tout cas, jusqu'ici, le préjugé qui les conserve subsiste, quel que soit le nombre de ceux qui le condamnent. Il en est de même d'une foule de traditions qui donnent à T Egypte, comme à tous les pays d'Orient, un renom fâcheux : la corruption 'administrative, entre autres.
Des incidentsrécents ont montré que bien peu de progrès avaient été réalisés sous ce rapport. La simonie a' ses racines aux plus hauts sommets de la hiérarchie et se propage à tous ses degrés. C'est cependant avec une entière bonne 'foi que la masse de la population, que toutes les classes mêmes où se recrutent les fo>ictionnaires, réprouvent de tçls usages. '
Mais, quoique sincère, Tindignation qu'ils soulèvent na^ ni ne peut avoir de
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caractère pratique. L'habitude est là qui perpétue le passé ; chacun continue d'imiter ses devanciers. '
Ce sont là choses d^Orient.
Il n'en est pas moins certain que Tin?
fluencerdu mouvement occidental a été considérable en Egypte. Au lieu de se transformer^ rislam disparait. Signe des temps, le propre frère du Cheikh El Troûq, du grand maître officiel de tous les ordres religieux du pays, est élevé luimême à l'européenne et partisan convaincu des idées nouvelles.
. Il peut donc se créer dans Tempire des Pharaons, beaucoup plus rapidement qu^en Turquie, une société rapprochée des nôtres. Déjà l'instruction» quoique trop théorique, est presque aussi complète dans les classes élevées qu'en Europe. Lé sentiment national se développe, s^épure.
Si Ton songe à ce qu^était l'Egypte il n'y a guère plus d'un demi-siècle, on ne peut refuser à de tels progrès une sympathique admiration. Mais il reste beaucoup à faire encore, pour que les jeunes
générations qui se forment, cessent de consumer leur activité intellectuelle ea vaines rêveries. Cest seulement en renonçant aux abstractions, pour s^adonner aux études d'application, à la sérieuse pratique, qu'elles pourront s'avancer plus loin dans la voie ouverte par leurs aînés, et dépouiller les stigmates de temps qui ne sont plus.
Quoique tendant à se rapprocher des sociétés européennes et en admettant même quMle renonce à la plupart des traditions que condamne le formulaire de la morale occidentale, la société égyp-»
tienne n^en conserve pas moins un carac^ tère propre.
Il ne saurait en être autrement de l'organisme social dont on peut dès à pré-« sent prévoir la formation en Algérie et en Tunisie.
Ce dernier pays se trouve depuis trop peu de temps placé sous- la domination française pour que notre influence ait pu y produire directement une transforma-»
lo-
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tion notable. Il présente, d'ailleurs, plus d^une analogie avec l'Egypte. Nous ne rappelons que pour mémoire que, là aussi, rislam se modernise.
. Eli Algérie^ oti, depuis plus de cinquante ans, la conquête française a établi le contact immédiat du Mahométisme et de. la civilisation européenne, il semblerait que des progrès considérables aient dû se réaliser. A ne consulter cependant que Pôpinion la plus commune, il n'en serait rien. L'Arabe, le Kabyle, seraient restés tels qu'au premier jour de l'occupation : sectateurs fanatiques de l'Islam, absorbés par une foi exclusive, indifférents, sinon hostiles à toute innovation progressiste.
Là vérité se trouve entre ces deux extrêmes. Elle est d^une analysé délicate et complexe, comme la situation sociale du pays. Si fâcheuses que soient les. erreurs d'appréciation qui ont fait varier, en moins de vingt ans, la politique adminis-* traiive, de la théorie du royaume arabe à celle de l'assimilation, elles s'expliquent
par la difficulté même dobservations indépendantes et raisônnées.
La population indigène de l'Algérie comprend trois éléments distincts, qui correspondent à trois groupes ethniques :
les nomades pasteurs, de race arabe ; les sédentaires cultivateurs, de race kabyle pour la plupart, ou chez lesquels tout au moins Patavisme berbère est fréquent ; enfin, une fraction urbaine commerçante, parvenue à un certain degré de développement industriel, et dont les origines sont métisses : elle est issue des Maures, renferme des Coulouglis, descendants des Turcs, et a siibi aussi: un mélange de sang arabe et kabyle. '.
: Oii voit de suite, et c^est «n effet une donnée historique/ que Tinfluencéde l'occupation française s*est exercée tirés iriéga-^ lement sur ces. divers éléments. Aussi n'ont-ils pas, i beaucoup près, suivi une marche parallèle.
. Chacun d*eux cependant présente le caractère d*une évolution sociologique qui tend à le rapprocher de la classe supé-
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rieure : les nomades des sédentaires ; les sédentaires agriculteurs des sédentaires urbains ; ceux*ci, d*une forme plus élevée de leur état.
L'ancienne féodalité arabe, par exemple, est presque complètement détruite ; ses clans disparaissent. Semt nomades autrefois, les tribus de Tell ou des plaines du Nord sont presque entièrement fixées, A la limite des hauts plateaux, beaucoup d'anciens Khammès, de domestiques des colons européens, commencent à s'établir.
. D*autre part, d'année en année, les parcours des tribus qui s'étendent du Tell au Sahara diminuent d'étendue : comme conséquence, leur cheptel s'amoindrit ; leurs cultures augmentent. Seules celles de l'extrême Sud échappent encore à ce mouvement. Ce sont là, si Ton veut, effets de causes particulières, telles que la mo< dalité de l'administration, l'extension de la colonisation ; maisPorigine commune de ces causes est la conquête même.
Chez les Berbères Kabyles, l'ancienne
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organisation municipale disparaît, elle aussi, avec ses coutumes, les divisions locales qu'elle entraînait. On ne saurait nier, d'autre part, que les indigènes de ce groupe perfectionnent petit à petit leurs procédés de culture. Quelques-uns, dans les pays à oliviers, ont construit ou exploitent des moulins de système européen.
Dans la Kabylie de Dellys, un propriétaire français a pu former avec ses voisins indigènes, un syndicat agricole d^exploitation.
Ce sont là des faits, isolés encore^ mais qui n'en dénotent pas moins de sérieux progrès. Ils n'impliquent pas un nouveau groupement d'une population déjà fixée par village, mais une tendance très marquée vers Tétat industriel qui caractérise la société urbaine.
Quels que soient les résultats ainsi obtenus (étant donnée la lenteur de toute évolution sociologique, ils sont, à notre avis, fort importants), on doit reconnaître qu'il ne s'est pas effectué une transfor-^ mation correspondant à ce mouvement.
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dans les idées religieuses des Ai abes et des Kabyleisy des nomades et des sédentaires agriculteurs.
Nous reviendrons sur les causes de cette anomalie, qui est une conséquence de la politique générale suivie depuis la conquête. Mais elle était à indiquer dès à présent, car elle ne permet pas de considérer Tétat actuel de l'élément arabe et kabyle comme l'expression complète de la transformation qui s'accomplit en Algérie.
Seule la population des villes; a subi sans restriction l'influence. dç5 idées occidèntalesi
L'aSaiblissenient très rapide du sentiment religieux est }e premier résultat'dû à cette influence, là où elle s'exerce ainsi directement. A Alger, Constantine, Tlemcen, Blidah, dans toutes les anciennes cités du pays, la proportion des musulmans non croyants, non pratiquants, croit tous les jours. Mais, fait remarquable, à l'inverse de ce qui se produit en Egypte, c'est dans les classesinférieures que se dessine
ce mouvement; c'est par elles qu'il se propage.
En effet, malgré les sentiments danimosité que témoigne collectivement à la race indigène la masse de la population françaises, les relations individuelles de nos nationaux avec l'élément populaire sont empreintes d'une grande facilité :
celles du colon avec ses Khàmmès par exemple^ ou du commerçant . et du fonctionnaire. avec leurs domestiques. Les uns et les ■ autres témoignent une grande bienveillance aux indigènes qu'ils emploient à leur service, les encouragent à acquérir une instruction rudimentaire, cherchent à modifier leurs mœurs, leur$ instincts. De même, les rapports de VoU" vrier français avec l'ouvrier musulman sont empreints d'une réelle cordialité.
Ces tendances, qui sont excellentes, ont naturellement d'heureux résultats.
L'indigène du peuple cherche à se rapprocher de nous, à nous imiter. Il oublie peu A peu ses anciennes traditions, dé-»
pouille son fanatisme natif..
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Ceux de nos sujets algériens qui occupent un certain rang dans la société^ ne bénéficient pas, au contraire, des mêmes sentiments égalitaires. Les égards qu'on leur témoignera l'occasion, sont toujours empreints 4'une certaine froideur, d'une méfiance plus ou moins justifiée. Ils res-** tent isolés de nous par des barrières que bien peu réussissent à franchir. Aussi la plupart conservent-ils les mœurs et les croyances de leur race. Les exceptions que rencontre cette règle ne s'appliquent guère qu'à la classe des indigènes élevés â Teuropéenne. Mais le monbre de ceux-ci est très restreint. Nous n'avons distribué rinstruction publique en Algérie, jusqu'à ces derhiers temps, qu^avec une extrême parcimonie. À peine la génération actuelle compte-t-elle quelques médecins, professeurs, officiers ou interprètes, auxquels des hasards favorables ont permis de recevoir une éducation française.
L'action qu^ils peuvent exercer sur leurs coreh'gionnaires est donc nécessairement limitée. Leurs relations person-
nelles avec nos nationaux, sont sans effet sur la situation de leur propre classe.
D^ailleurs, ceux des indigènes qui sont ainsi parvenus à un niveau intellectuel et moral supérieur à celui de leur race, n'ont pas tous également à s'en féliciter.
Très souvent la place à laquelle ils ont droit par leur valeur individuelle, dans la société française, ne correspond pas aux efforts qu'ils ont fait pour la conquérir. Elle ne leur donne dans la hiérarchie sociale qu'un rang inférieur à celui auquel ils. auraient pu prétendre en suivant une autre voie. Le.ur exemple ne constitue donc pas un encouragement pour ceux-là mêmes qui se trouveraient le plus naturellement appelés à le suivre.
Le mouvement moderne en Algérie reste, dans ces conditions, surtout démocratique. Il se manifeste au reste chez ses représentants/ quel que soit leur rang social, des tendances communes. Tous deviennent partisans convaincus de la culture intellectuelle de leur race, chacun suivant sa. situation personnelle.
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Les uns et les autres ne tardent pas à se montrer indifférents aux questions reli-»
gieuses et fort attachés aux idées occidentales.
Mais il semble que le terme iinai de cette évolution ne doive pas être aussi favorable à notre cause qu*on pourrait le supposer. Chez tous les Musulmans que nous avons détournés des anciennes traditions de leur race, se développe un sent timcnt instinctif de solidarité, qui acquiert rapidement la valeur d^un lien col?
lectif. L*esprit de nationalité se forme, se propage ainsi parmi eux, aux dépens de notre propre influence.
En un mot, le mouvement moderne de l'Algérie tend en dernier ressort à la créa»
tion d'une société nouvelle qui ne serait plus musulmane, et, sans devenir fran* çaise, resterait algérienne.
Telle est, du moins, en ce qui concerne l'élément urbain, la conclusion qui s*im?
ose.
La situation actuelle de l'élément sédcm taire agriculteur et de l'élément nomade,
n'implique pas à première vue la même évolution. Malgré, les progrès qu'ont réalisés les deux races arabe et berbère, malgré leur acheminement vers un état social plus élevé, leurs croyances n'ont pas subi d'atteintes ou du moins fort peu. L'importance d'un tel facteur sur les tendances de cette partie de la population indigène peut être très grande. En raison des progrès de la Réforme islamique, du voisinage de son principal foyer, on est même en droit de se demander si ce n'est pas là un indice d'un mouvement rétrograde.
11 semble cependant que le régime appliqué aux tribus arabes ou berbères ait contribué dans une large mesure à y maintenir rintégrité de foi, au même titre que rintégrité de certaines traditions indigènes.
Parmi les grandes familles qui représentent aujourd'hui l'ancienne féodalité arabe, il en est plus d'une que l'administration française a créées de toutes pièces. De même, les errements d'une politique trop
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subtile, ont produit dans les questions religieuses des résultats déplorables. En considérant les confréries du pays qui sont restées longtemps mal connues, comme des sociétés secrètes, on est arrivé à leur donner ce caractère qu*elles n^avaient pas. D'^autre part, on a singulièrement accru la puissance de leurs chefs, en les traitant tantôt avec une considération trop bienveillante, tantôt avec un respect voi" sin de la crainte. Elles ont ainsi acquis une situation très forte, alors qu'il eût été facile, si on les avait mieux comprises, de les réduire presque à néant, en leur appliquant quand il en était temps encore, le système inauguré par Méhémet Âlij en Egypte.
Cest en très grande partie aux divers ordres religieux répandus parmi eux, qu'est due lu vitalité de la croyance, aussi bien chez les Arabes que chez les Berbères. Le clergé officiel, salarié par nous, n*a aucune influence. Seuls, les cheikh des nombreuses Zaouiya dispersées dans tout le pays, exercent utie véritable auto-
rite spirituelle. Il est donc permis d*espé« rer que la cause du mal étant mieux dcfi^ nie maintenant, grâce aux études entreprises de différents côtés depuis quelques années, il sera possible de combattre plus efficacement le mal lui-même.
Dans ce but, on doit considérer comme indispensable de témoigner aux confréries ) algériennes une stricte indifférence, aussi longtemps qu'elles n'ont pas une attitude compromettante. Il faut, en évitant de s^en trop occuper, lorsque cela est inutile^ les laisser au rang de simples congréga* tions mystiques.
D*autre part, toutes les infractions qu'elles peuvent commettre contre les rè* glements administratifs, toutes leurs ten« tatives contre Tordre public, sont à réprimer sans compromission. Nombre des insurrections religieuses. qui se reproduisent périodiquement en Algérie, sont dues à des faiblesses qui semblent justifiées par quelques avantages momentanés, mais imposent ensuite de désastreuses liquidations.
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On peut citer comme exemple celui des Oulad Sidi Cheikh, que nous avons faits ce qu'ils sont, en donnant le khalifat du Sud à Si Hamza; dont nous avons toujours pardonné, en fin de compte, les défections répétées, et qu^il faudra un jour ou Pautre détruire définitivement.
Des résultats importants ont été déjà réalisés dans cet ordre d'idées, depuis que lopinion publique s'est définitivement prononcée contre les anciennes théories politiques longtemps admises en Algérie.
Il est permis d'espérer que le jour où les circonstances, quelques intérêts passagers, ne suffiront plus à modifier la seule ligne de conduite admissible à Pégard des ordres religieux du pays, les caractères actuels du mouvement islamique se modifieront rapidement aussi bien chez les tribus nomades que parmi l'élément berbère.
Quoique plus lentement peut être que pour la population urbaine, les idées modernes pourront alors pénétrer chez les autres groupes indigènes, qui, tout permet
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de le croire, se rattacheront à l'organisme en voie de formation dans les villes et deviendront des fractions de la nouvelle société algérienne.
On voit, en résume, que, suivant les
lieux, rislam moderne rcvét des caractères qui paraissent fort dissemblables.
Dans tel pays^ la foi musulmane sVpure sans disparaître. Dans tel autre, elle s*affaiblit, s*éteint. Ici, le mouvement progressiste est Tœuvre des détenteurs du pouvoir temporel. Là, cVst à la diffusion de instruction qu*il doit toute son acti« vite. Ailleurs, il naît simplement du contact des conquérants et des vaincus.
Partout cependant néanmoins, il suit à des degrés divers la même loi : celle du développement de l'esprit de nationalité au détriment du sentiment religieux.
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Une étude aussi complexe que celle dç révolution d'une religion, tenant lieu de tout code pour les peuples qui la pro~ fessent, prête nécessairement à une certaine confusion dans le détail des faits exposés, des conséquences à en déduire.
Il importe donc de rappeler sommairement, pour conclure, les résultats qu'elle permet d'admettre.
L*Islam^ avons nous dit^ était à Torigine une religion positive, imposant une loi unique. De cette loi découlait un seul pouvoir légal, qui s*étendait à la fois au domaine spirituel et temporel.
Sous rinfluence des croyances pan« théistes et mystiques de TExtréme-Orient des traditions nouvelles, se sont établies dans le Mahométisme. Elles ont déterminé une scission doctrinaire, entre Tlslam asiatique et l'Islam africain. Le premier s'est imprégné de panthéisme. Le second,
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n*admettant qu*un mysticisme atténué, est resté plus fidèle au dogme primitif.
Cependant, l'action des théories empruntées à rOrient a été suffisante pour transformer^ en se combinant avec celle de la dégénérescence politique du pouvoir légaU les bases sur lesquelles reposait l'œuvre de Mahomet.
Le culte des saints s'est introduit dans r Islam en y créant la force mystique que représentent les sectaires asiatiques, pro« phètes ou dieux dans leurs extases, les mahdi d^Âfrique, les chefs de confréries religieuses des deux continents.
Telle était la situation du Mahométisme, lorsque la période moderne l'a mis tn contact avec la civilisation européenne.
Comme autrefois en Asie, au contact des civilisations orientales, il a subi de ce fait, dans les contrées où la nouvellee influence est devenue prédominante, une transformation complète. Il est devenu rislam moderne, libéral. Ailleurs, la réaction a donné naissance à une Réforme rétrograde.
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Dans les deux cas, l'évolution contemporaine de l'Europe a introduit danscelle de rislam un facteur commun, le développement de l'esprit de nationalité^ qu'elle a d'ailleurs propagé dans le monde entier.
. L'Islam, libéral s'est ainsi trouvé caractérisé par la création de partis nationaux, en. Egypte, en Turquie, en Perse, etc.
. La Réforme, au contraire, avec un double programme de rénovation et de propagande de la foi, a provoqué la fondation de sociétés nouvelles en Afrique, le soulèvement des peuples musulmans en Asie. Elle n'a jamais revendiqué Tinter* vention des détenteurs du pouvoir canonique, mais s'est au contraire attachée à les renverser, en s'appuyant sur les représentants du pouvoir mystique. Ses seuls agents ont été les saints extatiques revêtus de missions impérieuses, le Bab,les Mahdi, les chefs et les adeptes des confréries religieuses.
A cet exposé des rapports de causes à effets, qui déterminent dans l'Islam contemporain un double courant — parti libéral et parti rétrograde — il est inutile d'ajouter de plus longs développements.
Mais il ne saurait l'êlre d*insister tout particulièrement sur la vitalité du Mahométisme mystique. Cest lui seul qui, chez les musulmans du xix* siècle, représente le principe religieux^ actif. Et, somme toute, le fait qui domine révolution moderne du monde islamique est le prodigieux mouvement de rénovation, de propagande, qui s'accomplit en Asie, en Afrique surtout.
Sans rien préjuger pour l'avenir, on ne saurait nier qu'il y ait là pour les intérêts actuels du monde civilisé, un danger grave.
A. Le Chatelier.
Le Puy. — Imprimerie de Marchessou fils.
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