Le Mahdi ^ par J. Darmesteter
nées extrêmes au véritable Islam. Les résultats généraux de Tintroduction des doctrines panthéistes dans la religion musulmane n*en ont pas moins partout le même caractère.
Ils peuvent être ainsi définis : création d^une puissance nouvelle, celle des saints, puissance d^essence surnaturelle et, par cela même, indépendante des représentants de lancienne loi; développement d'un culte spécial; groupement des adeptes de ce culte en écoles, en ordres, ne relevant que de leurs fondateurs ou des disciples de ceux-ci.
Ce sont là des faits historiques, encore qu'ils aient souvent été présentés sous une forme différente, ou même en partie méconnus ^
I. Il est très remarquable que, malgré un nombre considérable de travaux d'une haute érudition sur les productions de ces écoles, de ces ordres, la nature même de leur institution n'ait presque jamais été appréciée, avec le sentiment de leur véritable nature et de leur rôle. Parlant du Çoufîsme, d'une variété, la principale, du culte
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A ce point de vue. quelques indications de détail, sur le fonctionnement du nouvel organisme introduit dans Tlslam, ne sont pas inutiles.
Il est peu de chose à ajouter en ce qui
nouveau, Dozy conclut* dans son tt Histoire de rislaniisme » qu'il trouva accès même dans les pays les plus orthodoxes, a C'était, |dit-il, le plus dangereux ennemi de l'Islamisme ; et quand beaucoup de personnes s*en rendirent compte, il était trop tard ; la foi en la doctrine de Mahomet était ruinée, et il n'eût plus été possible de la sauver ni de la restaurer. » Mais au début du même chapitre {Histoire de l'Islamisme, ch. x, le Çoufîsme), il compare l'un des plus illustres initiateurs du nouveau credo musulman, Abou Yazid el Bestâmi, aux Mossaliens chrétiens du lye siècle, et considère Aboul Kacem el Djoneidi, Tapôtre des Âlaouiya, comme un chef de secte. Garcin de Tassy, énumérant les saints musulmans de rinde, cite Maouïn ed Oine Chischti.
Schah Madar, Cheikh el Akhbar, sans attribuer à leurs écoles (aux Chischtiya, Madariya, Akhbariya), le rôle qu'elles ont en réalité, sans les définir. Les Chischtiya, dit-il, sont « les membres de la lignée à la tête de laquelle se trouve placé Maouïn ed Dine. » (Religion musulmane dans l'Inde.)
concerne les élus de Tblympe musulman, si ce n^est que le culte à eux rendu, est dWoràtion, bien plus que de latrie.
On ne saurait d'ailleurs les considérer comme réglementant les croyances dont ils deviennent le pôle principal. Presque toujours, qu*il reste un pieux docteur pu s*élève au rang de prophète, de rénovateur, de démi*dieu, le saint mahométan ne vise en apparence aucun objectif personnel* Il prie, prêche, prophétise, légifère : ses disciples interprètent et lui donnent eux-mêmes le rang auquel il aspire, conscient ou non de ces visées.
Ce sont eux aussi — cas général — qui créent l'école ou la confrérie.
L'école ne représente que renseignement; son rôle est borné à la sphère doctrinaire. Elle n'a qu^une influencé philosophique et limitée comme durée.
Toute autre est Taction de la Confrérie.
C^est celle ci qui constitue le véritable agent exécutif du néo-Mahométisme, rÉglise mystique, dans T Islam transformé.
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Les termes de confrérie, d'ordre religieux ne correspondent pas exactement à celui qu'ils traduisent. Le véritable titre du chef de confrérie, est « Cheikh el Trîqâ » — initiateur de la t Voie ». — Tel est en effet le rôle du saint dont les adeptes se sont groupés en association.
Parvenu à la communion mystique, à la connaissance de f TUnité du monde psychique oti s*épandent les effluves divines, » — Dieu ou Homme d'ailleurs, — il doit sa sanctification a un ensemble de pratiques, dont la révélation, justifiée par ses propres mérites, lui est personnelle.
Ces pratiques ne suffiraient pas par elles-mêmes à conduire le commun des mortels au même résultat. Mais dépositaire ou possesseur c d'une émanation de la puissance créatrice », le Cheikh, par le seul fait qu'il a défini, préconisé un ensemble de règles, créé une « Voie », attache à celle-ci des grâces mystérieuses, divines, grâces telles que, par Inobservance de la f Voie », le fidèle parvient lui aussi
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à Textase, à l'anéantissement de Thomme absorbé dans Tessence de Dieu ^ ».
Ainsi conçue, la « Voie » ne représente, dans beaucoup d'ordres, qu'une méthode d'entraînement physiologique, tendant à développer la névrose mystique sous des formes diverses. Les phénomènes d'apparence hystérique devenant l'équivalent de la sanctification^ ce sont eux surtout qu^il importe de produire et dans ce but, nombre de confréries, ont adopté un type uniforme d'exercices religieux.
Cette donnée n'est pas absolue cependant. On a vu que l'Islam a subi des atteintes plus graves en Asie qu'en Afrique : d'un continent à Tautre les tendances de l'Eglise mystique se modifient^ l'échelle doctrinaire de la « Voie » varie de même. Quelques confréries ont un caractère purement religieux ^. D^autres professent les données d^un matérialisme