‹ L'Islam au XIXe siècleChapitre 6 sur 19 · Bektachiya, pr. ex · texte numérisé non relu

Bektachiya, pr. ex

de tout lemps proclamé que « le disciple doit être entre les mains de son cheikh, comme le cadavre entre les mains du laveur des morts. » Pouvoir latent, oculte le plus souvent, mais qui n^en est pas moins resté intact, dans la limite que représente la formule <c un état dans l'état. » ' Des causes multiples, historiques ou autres, sur lesquelles le cadre de cette étude ne permet pas d^nsister longuement, ont eh effet donné une forme commune et d'apparence restreinte à la propagation dés ordres musulmans. Ils se sont surtout développés par points isolés, par colonies locales. \

Un saint meurt, ses disciples forment une seule association, sous son vocable.

Mais bientôt, comme pour la succession du Prophète, de rimamati les rivalités personnelles font naître des conflits entre ses héritiers. Les Moqaddem, les Khalifat, se rendent indépendants. L'ordre cesse d'avoir un chef suprême, il se divisé en congrégations éparses.

. Aussi les circonstances sont-elles rares.

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où rôrganisatioa centralisatrice d'une confrérie, permet à son grand-maître de jouer un rôle actif, de revendiquer, par exemple, la succession du pouvoir légali rhéritage de Mahomet. Tout au plus peut-on citer quelques cas de ce genre dans l'histoire de TAsie.

Mais d'autre part, grâce à une extension singulière du dogme de la sanctification panthéiste, la puissance surnaturelle du saint, du Cheikh fel Triqâ, devient fort souvent héréditaire, soit dans la lignée spirituelle, soit même comme apanage de famille. Les congrégations issues de la confrérie primitive, forment une foule de petits clans, de petites Égliseis dont les chefs jouissent, aux yeux de leurs partisans, des mêmes privilèges que le fondateur de Tordre lui-même, avec une atténuation parfois peu sensible.

De là une diffusion du pouvoir mystique qui, moins dangereuse pour les Etats musulmans qu'une forte centralisation, n'en est pas moins une cause de troubles

permanents, d^agitations sans cesse re^ naissantes.

Tels :Son,t les caractères essentiels de rislam avant la période moderne. La dégénérescence du pouvoir primitif des Califes d^une part, la contamination de la philosop^iie orientale, de l'autre, ont déterminé l'introduction dans le monde mahométan d'une force nouvelle et dont rhégémonie s^est affirmée de plus en plus : celle du mysticisme panthéiste avec tous ses corollaires.

En même temps que Thérédité légitime disparaissait de la succession de Mahomet, le pouvoir spirituel s^est subordonné au pouvoir temporel. L*émir de Bokhara, les sultans du Maroc, de Turquie, malgré leurs revendications, n'ont plus depuis longtemps aucun droit aux litres qu'ils ^conservent. Le clergé musulman, s^est transformé en caste de fonctionnaires.

Nées dans celte décadence les institutions du mysticisme panthéiste, se. sont

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d*autant plus répandues que celle-ci se propageait davantage. Les temples du « Dieu unique »ont ainsi abandonné une partie de leurs autels à la Divinité de la matière, et les représentants; de cette divinité, saints, Cheikh el Triqâ, sont devenus les véritables éducateurs du Mahométisme.

Malgré le respect littéral de la tradi-r tion, les rites obligatoires, ceux que doi^ vent suivre tous les fidèles, sont aujour* d'hui sans pouvoir, ni sur les âmes, ni sur le corps. Tout autre est le cas des pratiques pieuses qui forment le rituel des confréries, de ces méthodes d^entraînement mystique, qui provoquent che2 l'adepte Texaltation la plus intense.

La profession de foi musulmane n'invoque toujours que Dieu et son Prophète.

Seul néanmoins l'ascendant des saints extatiques, de leurs successeurs, des chefs d'ordre, est resté susceptible de faire vibrer là fibre religieuse, de provoquer encore les élans de ferveur, les dévouements héroïques qu'inspiraient autrefois d'autres formules.

Comme règle, comme doctrine, les croyances mystiques constituent à l'époque actuelle le principe actif qui anime l'Islam, et sa seule force vive.

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LE développement chaque jour plus rapide de Tesprit de nationalité avec toutes ses résultantes est un des phénomènes les plus remarquables de Thistoire moderne. Il a pris naissance en Europe où, dans chaque contrée, les anciennes provinces achèvent de se grouper, de se fondre en nations. L*ltalie, l'Allemagne offrent à cet égard des exemples particulièrement frappants, par l'origine récente du mouvement qui vient de s'y accomplir.

Or, grâce aux progrès de tout genre qu'a réalisés, au xix* siècle, la civilisation européenneou plusexactement chrétienne,

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elle est devenue Punique foyer d'évolDtion du monde entier.

De l^Europe, la tendance au groupement, des différentes fractions d'une même race, d^un même parti ethnique ou social, s^çst* propagée aux autres continents. Le Japon, la Chine moderne, subissent de nos jours cette influence avec une intensité croissante.

Il n'en a pas été autrement du monde musulman, dont les divers éléments se trouvent fort rapprochés, par l'unité de ses lois religieuses, morales et politiques.

Dans toutes les sociétés qui le composent, il est facile de reconnaître un besoin instinctif d'agglomération, suivant des zones diversement localisées, il est vrai, et souvent restreintes.

On pourrait exprimer la même idée en disant que, mis en présence de peuples doués d'une forte organisation sociale, le monde musulman sent vaguement le be« soin de sortir de l'anarchie religieuse et politique devenue son lot depuis des siècles.

Cest là pour Tlslam une des modifications du milieu oU il évoluait avant le xix*' siècle.

Mais en outre, la religion musulmane a subi directement l'influence du contact de la civilisation chrétienne, comme autrefois en Asie, celle des civilisations orientales.

Suivant les conditions, Tintensité de son application, cette force nouvelle» a provoqué une réaction, ou produit une action. Ces deux résultantes se sont ellesmêmes combinées avec celle du mouvement général de nationalisme.

Dans le premier cas, il s'est formé un parti de Réforme rétrograde, œuvre du mysticisme militant, et qui s*appuie sur les aptitudes actuelles au groupement. En opposition aux dominations temporelles anarchiques, ce parti vise à la reconstitution de la théocratie islamique des premiers âges de THégire.

Dans le second cas, l'esprit de nationalité se développant au détriment du sentiment religieux, a détruit toute vitalité dans

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le Mahométisme. L^antique religion du Prophète, transformée déjà par Tinfusion des doctrines panthéistes, a subi un nouvel avatar. Elle est devenue nationale et libérale, s'est faite : Islam moderne.

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