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LA RÉFORME MUSULMANE

La Réforme musulmane est la résultante d^un fait collectif : le réveil de la foi; Pexpression d^une idée unique : celle d^un retour aux traditions des temps passés. A ce titre, elle représente un parti, possède un programme.

Ses origines historiques lui assignent un même point de départ pour tout PIslam. Sa propagation paraît être surtout le fait du mysticisme militant, des ordres religieux.

Il semblerait donc naturel de supposer que son parti soit constitué comme organisation, son programme défini comme mise en œuvre. Mais il n'en est rien. Les divergences doctrinaires du Mahoméiisme

s*y opposent, Comme le dogme coranique, les principes que personnifie le mouvement rétrograde deTépoque actuelle^ont revêtu dans chaque contrée une forme différente. Aussi leurs partisans, si nombreux qu'ils soient, se rattachent-ils à des groupes distincts, entre lequels Tunité d'idée ne suffit pas à créer un lien réel. Chacun poursuit isolément le but qu*il s'est fixé lui-même.

On peut cependant établir entre ces groupes deux catégories naturelles, suivant qu'ils appartiennent à l'Islam asiatique ou à rislam africain.

D'autre part, la renaissance religieuse, le retour aux traditions des temps passés, n'impliquent pas seulement la rénovation, mais aussi la propagande de la foi.

Deux autres divisions sont donc, de ce fait, â observer dans l'étude de la réforme.

La Ré/orme en Asie,

Ainsi que noUs venons de l'indiquer, la Réforme procède dans l'Islam entier

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d'une seule origine. Elle a pour point de départ commun une même doctrine, celle du Ouahabisme. Mais c^est en Asie surtout que s'est exercée Paction directe de la secte, ou plus exactement de Tordre religieux schismatique des Ouahabites.

Avant que la menace immédiate des conquêtes européennes,, de l'expansion des peuples chrétiens eût provoqué un réveil général de la foi musulmane, la décadence politique de IVmpîre ottoman, la déchéance morale de ses chefs, avaient déjà répandu dans les pays soumis à leur domination un profond malaise.

Ce fut en réaction contre cet état de choses, qu^un cheikh du Nedjed, Mohammed ben Abd el Ouahab, fonda, vers le milieu du xviu* siècle, la confrérie, bientôt secte, qui porte son nom.

Les Ouahabiya, dont on a fait Ouahabites , reçurent l'organisation de tous les ordres religieux à leurs débuts.

Khouan : frères, ou Ashab : compagnons, ils se lièrent à leur chef par les serments en usage. Mais Mohammed ben

Abd el Oouahab rie tarda pas à se laisser entraîner dans le schisme par les rêves de Textase mystique. Il nia la mission du Prophète, celle des Imam légitimes, ou du moins prétendit placer sa propre autorité au-dessus de là leur. C'est alors que la confrérie cessa, aux yeux des orthodoxes, d^exister comme telle, pour descendre au rang de secte, sans perdre d'ailleurs sa constitution primitive.

Dégagée du système personnel à leur chef, la doctrine des Ouahabites visait, en réalité, Tapplication littérale de la loi coranique, suivant l'interprétation sinon la plus exacte, du moins la plus austère.

Cest à ce titre qu'elle devint la formule initiale de la Iléfôrme musulmane.

On sait comment, maîtres un moment de toute T Arabie, de la Syrie, jusqu'à Damas où ils entrèrent victorieux en 1808, les Ouahabites furent ensuite refoulés dans le Nedjcd par les armées de Méhémet Ali.

La puissance matérielle leur échappa.

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mais le principe qu^ils avaient défendu continua de se propager.

Rejetant Pautorité de Mohammed ben Abd el Ouahab, schismatique suivant eux, les Bédouins du Yémen, du Hedjaz, des provinces voisines, s^étaient cependant unis à leurs frères du Nedjed, comme en une guerre d'indépendance nationale, pour lutter contre la domination turque.

Ils devinrent à leur tour partisans de ridée qui avait provoqué cette lutte, d'une réforme ramenant l'Islam aux temps primitifs.

Gagnée presque entière à la cause de la renaissance islamique, TArabie.en est devenue aujourd'hui le principal foyer, de même qu'elle avait autrefois été le berde la religion musulmane.

Les doctrines ouahabites se trouvaient en opposition avec les tendances philosophiques de rOrient. Un double courant s^établit donc lorsqu'elles se propagèrent en Asie. La Réforme s^y manifeste à la fois dans le sens d'un retour immédiat au dogme coranique, et dans celui d^une

réaction conforme aux données du mysticisme oriental.

Dans Tun et l'autre cas. Texistence de sociétés en décadence, mais fort anciennes, ou de dominations étrangères, a donné au mouvement corrélatif du développement de Tesprit de nationalité la forme d*un soulèvement des peuples contre les gouvernements établis.

Nous l'avons constaté déjà pour TArabie oU les ferments de révolte, à peine réprimés par la présence des garnisons turques, paraissent acquérir chaque jour une vitalité plus grande, aipsi que nous aurons lieu de le montrer plus loin.

Hors de la péninsiile arabique, l'action du Ouahabisme s^est manifesté sur un grand nombre de points. En première ligne, il convient de mentionner le littoral du golfe Persique, où la doctrine de la secte est pratiquée dans toute sa pureté, même au nord, jusqu'à Bassorah.

Ses adeptes forment aussi d'importantes colonies en Afghanistan. Mais c'est surtout aux Indes que ses progrès ont été remarquables.

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Le premier chef des Ouahabites hindous Saiyid Ahmed, passe pour avoir été bandit de grands chemins dans sa jeunesse. En 1816, quatre ans après sa conversion, il était déjà chef d^un état théocratique qu^il avait fondé suivant les données générales . de la Réforme, à Patna, sur le Gange.

Indépendanbalors de toute école, il partit en 1820 pour La Mecque et en revint Ouahabite. Les Eulema l'avaient ignominieusement chassé de la Ville sainte, comme ils Tout fait de tous les partisans de la rénovation religieuse, au xix* siècle.

Aussi setait-il d'autant plus facilement approprié la doctrine de Mohammed ben Abd ei Ouahab. Ce fut d^ailleurs en y introduisant sa note personnelle, car de l'insurgé du Nedjed, il ne pouvait être question aux Indes.

Saiyid Ahmed devint Pélu de sa mission et il accentua d'autre part dans sa règle, l'obligation du Djehad, au point de donner à son ordre le caractère d^une institution de combat. Ses vues ne tardèrent pas à être presqu^unanimement ad-

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mises par les Musulmans du Nord. Passant alors à l'exécution des plans que comportait la Réforme ainsi comprise, il se mit à prêcher une vaste croisade contre les Shikh du Pendjab occidental. Elle fut couronnée d'un entier succès, et en i83o, la capitale de ces peuplades, Peshawer, tomba aux mains du nouveau prophète. •

Il est difficile de dire où se serait arrêté le chef des Ouahabiya hindous, maître ainsi du haut Indus, si la mort n*était pas venu le surprendre, l'année suivante, dans une escarmouche accidentelle.

Son parti ne se trouva pas cependant désorganisé. Il en avait fait un ordre d'une puissance exceptionnelle et qui s'étendait à rinde entière. Connus de tous les adeptes, les khalifats prirent immédiatement la direction des affaires. Ils évacuèrent une partie des États Shikh, mais se maintinrent sur leurs frontières, y créèrent des places de refuge, reformèrent des bandes et continuèrent à recruter des partisans de tous côtés.

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Aussi, lorsque peu après, le gouvernement de Calcutta jugea nécessaire l'annexion du Pendjab, les Ouahabiya se trouvèrent-ils en mesure de lutter pour le reprendre. De 1847 à i85o, dispersés les uns dans leurs nouvelles retraites, les autres à Patna, restée leur métropole, ou dans les grandes villes, ils ne cessèrent de prépaier une ^guerre sainte, qui faillit, grâce à un secret longtemps gardé, devenir formidable.

Prévenues à temps, les autorités anglaises purent prendre les devants, mais il n'en fallut pas moins de lotirds sacrifices pour contenir et réprimer le mouvement réformiste.

De iSSoà 1857, seize expéditions comprenant au total 33,000 hommes de troupes régulières durent être envoyées contre les districts musulmans des frontières, et pour la période de i85o à i863, qui englobe celle de la grande insurrection des Cipayes, ce chiffre se trouve porté à 60,000 hommes, sans compter les contingents auxiliaires de tout genre et la police.

Il semblait qu'après la violente tourmente de iSSy et des années suivantes, le Ouahabismé eût dû disparaître définitivement d^une contrée oti toutes ses tentatives avaient provoqué des répressions rigoureuses.

Mais, l'œuvre de Saiyid Ahmed était douée d'une vitalité telle, que de 1864 a 1868, une nouvelle insurrection de Réforme pût encore se préparer dans Tombre. Le gouvernement local fut presque pris à l'improviste et ne réussit pas sans peine à étouffer ce mouvement comme les précédents. Encore resta-t-ii au vu et au su de tous, d^importantes bandes de rebelles, dans les montagnes, au nord du Bengale et du Pendjab. Pendant deux ans encore, elles continuèrent leurs incursions et même aujourd'hui n^attendent qu'un signal pour rentrer en campagne.

Mais, outre d^importantes mesures militaires, l'occupation de Patna, de tous les centres ouahabites connus, et une surveillance plus minutieuse que jamais des Fakir ou Dérouich de toute origine,

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le gouvernement anglais eut' recours à un expédient nouveau. : .'•

' Les successeûrs^deSaiyid Ahmed avaient •traité toiit le 'territoire britannique en « Dar el Harb » en pays infidèle^ où le v'rai Croyant est, aux termes des anciennes tfaditrons'du Mahoniétism'e,*astreint à la gtferrc S'âintév C'était là* un article du credo otiahabité/et itialgré la r-épression de l'insurrection' de ^1868, toute Plnde 'mulsfulmâne'^di^cutait au>grand jour la ": question de' savoir' !s*il faîllait ou non l'adopter, lorsqu'on avisa.

D^habiles négociations firent obtenir^ en •^'1870, un Eétouah;' une 'Consultation des -Mufti! de »la; 'Mecque^' pour les deux rites 'répandus; afux Indes, Fétôuah -qui décla- ' Tait» 'Solennellemenlt -le pays entier^ « Dar ~cl «l'slam », 'domaine 'de' la* Foi musul- ^'mfaneV C'était condatnner toutes les tenta- ^tivesdlci Onkhabites^ toute leur doctrine, *'qul' 'avait 'cépdttdant^màligré. le nom, reconquis droit de cité dans Torthodoxie •'niâhométanél ' ^' •^'^' »» • -^ '^' r-

En même temps que cette décision des

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. (plus. hautes autorités religieuses de TIslam était publiée partout, on en provo-

;qualtidÇvaciTib1ables àXuknow, Delhi, n C'alquttta:,^ idei la. part des Eulema in-

. fluent$.,^i')rii .f.» -^ 1

:..Ces.Fétouab ^uffiri^nt,. grâce à, la publii.:citéiqui leur fu^idop née,. pour empêcher ;>/lè .gi;oup|BiDaent deçinusulmans hindous, > que c^eaucoupi.dlagents,. anglais regar- .!dài6nt:o6nime'imtnî.nent L .

• . '.La dernière .çriseijdont) lè.Ouahabisme

Mhenaçait L'Inde; sç trpuva ainsi prévenue

par une mesure.de haute politique, prise

" «ntEmpstôppôrtun.,,:^ ...

>' Ilseràit difficile de idire quelle est aujourd'hui, fvingt' ans ; environ après ces événemjbnts,! la situation du parti, réfor- *! n^ateuriiL'existencè de ses bandes au nord ^ (du TfPendjab' et^duf Bengale est connue; ' on'sait deimêthe.que ses chefs entretien- ■net^tdesi agents: çecretSildans Tlnde entière, et recueillent chaque année, comme

: I. Voy. The Indian Musalmans, par W, Hun^ ;ter.' • , • ,, i • •

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tribut de leurs adeptes, des sommes énormes. •

Cependant le fait même, qu'après avoir fourni une carrière si belliqueuse, l'of'dre de Saiyid Ahmed, encore organisé comme au premier jour, reste maintenant dans rinaction, semblerait indiquer qu'il ne jouit plus du même ascendant que par le passé. Il se peut qu en effet depuis' 1Ç70, beaucoup des . partisans de la Réforme, aient renoncé à toute idée de lutte dans les conditions actuelles; que le Ouahabisme ne soit plus le seul représentant des idées rétrogrades, et que l'Islam hindou compte un nouveau parti de réaction pacifique.

L'avenir seul apprendra ce qui en est, et les autorités britanniques sont loin de l'envisager avec une entière confiance; Il n'est pas impossible que la concentration des forces musulmanes, prévenue en 1870, vienne à s'effectuer plus tard. Puis l'Islam progressiste est puissant aussi dans le pays, et telle circonstance pourrait se produire qui le rapprocherait au moinâ

politiquement dé la Rérorme ouahabite du Nord.

QuoiquMl en soit de ces éventualités, on voit ce qu'a été la renaissance religieuse aux Indes. Elle a déjà alimenté un demi-siècle de guerres.

La récente insurrection des Ghilzais >, contre le gouvernement établi de TAfghaliistan, a été aussi dans une certaine mesure la conséquence des menées du parti réformateur. A dire vrai, les Ghilzais, puissante tribu qui, au commencement du xviii« siècle, étendait sa domination sur tout le pays et même sur la Perse, poursuivaient encore une ancienne querelle.

Ils cherchaient à reconquérir le pouvoir que leur a enlevé' la tribu rivale des Dérémi, i laquelle appartient Pémir Abder Rahman ^ Mais ce moii vendent passe pour avoir été fomenté par une colonie ouahabite fixée chez les rebelles. En tout cas, il a revêtu la forme d'un soulèvement

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