RÉGION DES HAUTS PLATEAUX
Au Nord, la région des hauts plateaux est limitée par les vallées supérieures de la Gambie et de la Falémé. Vers le Sud, elle s’étend parallèlement à la côte, jusqu’au Bas-Niger, au-dessus du golfe de Guinée. Ses caractères essentiels, sa configuration et sa constitution semblent être partout les mêmes. Ces hauteurs représentent une zone de relèvement des roches graniques, qui sans affleurer, hors de quelques points, de sommets isolés, forment une charpente dont le relief général dépasse 5oo mètres, et atteint parfois 800 à 1,000 mètres. Cette ossature est recouverte d’une carapace de grès siliceux, de poudingues, de jaspe, puis çà et là de schistes parfois argileux. Superficiellement s’étale un sédiment ferrugineux où les hydrates de fer se trouvent unis tantôt à la silice presque pure, tantôt à une proportion d’alumine comparable à celle de la beaucite.
La superposition de ces roches granitiques, des grès, des sédiments ferrugineux, donne au pays un caractère nettement rocheux et montueux, bien que la dénivellation des reliefs soit peu importante. S’il existe çà et là quelques plaines, dans la vallée du Bafing par exemple, de son affluent le Téné, au Foutah-Djallon, dans le bassin de la Gambie, de la Falémé, elles n'ont jamais qu’une faible étendue. Bordés à l’Ouest par des terrasses qui dressent au-dessus de la zone côtière de hautes falaises, à l’Est par des chaînes qui ont l’aspect de sierra, ces hauts plateaux offrent en général l’aspect d’une succession de collines pierreuses et d’étroits vallons, profonds et fertiles. Sur les sommets,la végétation est toujours peu puissante, malgré les grandes herbes que fait pousser l’hivernage, et quoique la flore arborescente y soit représentée par de nombreux spécimens. Dans les vallées, au contraire, la végétation est exubérante et la terre, d’une fécondité merveilleuse, se prêterait à toutes les cultures.
Mais l’étendue des terrains laissés disponibles par les sédiments ferrugineux, est relativement peu considérable. D’autre part, le climat plus tempéré que celui des régions voisines se prête à l’élevage, que favorisent aussi les pâturages forestiers des collines.
On doit donc s’attendre à trouver dans les hauts plateaux une population différente à beaucoup d’égards de celle du littoral. La distinction des races se trouve d’ailleurs accusée par l’isolement qu’a favorisé la configuration du sol dans la première région, par l’esprit d’indépendance qui s’est ainsi développé chez ses habitants. Il n’en résulte pas cependant pour ceux-ci une homogénéité politique telle qu’on pourrait le supposer. La terrasse qui sépare le Soudan du versant atlantique se trouve en effet divisée elle-même en nombreuses régions, contiguës, mais distinctes, et souvent séparées par des frontières naturelles: cours d’eau ou chaînes montueuses. C’est ainsi qu’au nord du Foutah-Djallon, la grande province de Labé, enserrée entre les cours supérieurs de la Gambie et les premiers affluents du Rio- Grande, est presque indépendante du district central de Foukoumba et de Timbo. De même, les cantons de Koïn et de Kolen sont isolés, le premier entre la Falémé et le Bafing, le second entre cette rivière et le Téné son affluent. Au sud du Foutah- Djallon, le bassin delà Scarcie de Falaba forme seul le Soulima. Plus loin la Rokelle et le Bampannah marquent les bornes du Kouranko.
Tout le massif de soulèvement qui forme la ceinture du Soudan, offre donc des caractères communs qui ne permettent pas de confondre les pays qui l’occupent avec ceux de l’Est ou de l’Ouest. Mais si ses habitants vivent dans un même milieu, si sa population doit nécessairement différer des races limitrophes, il n’en résulte pas qu’elle doive aussi présenter une complète unité de groupement. Au contraire, elle se trouve naturellement ré-
PAYS ET SOL
partie en cantonnements dont chacun est isolé des autres, au même titre qu’ils le sont tous des régions voisines.