‹ L'Islam dans l'Afrique occidentaleChapitre 3 sur 28 · PAYS ET SOL RÉGION SAHARIENNE · texte numérisé non relu

PAYS ET SOL RÉGION SAHARIENNE

En remontant le Sénégal, on ne constate pas une différence appréciable entre l’aspect du pays sur les deux rives, quoique le fleuve sépare les tribus maures du Nord et les peuplades nègres du Sud. Les mêmes marigots de palétuviers, les mêmes terres d’inondation, les mêmes fourrés de gommiers, de lianes, se succèdent à droite et à gauche. Cependant, les vents secs et brûlants du. Nord-Est donnent bientôt l’impression d’un régime climatérique, d’une constitution du sol touuautres dans cette direction, qu’en sens opposé.

Vers le Nord, en effet, au delà d’une bande alluviale, assez large près de l’embouchure du fleuve, et qui décroît graduellement d’étendue en amont, pour disparaître à partir de Bakel, le terrain s’élève peu à peu en une vaste plaine ondulée. Dès les berges de la vallée, elle offre des lignes de hauteurs continues telles que le Tessagert et les plateaux d’Assaba, du Tagant. Là, sous l’action des pluies tropicales qui se fait encore sentir, la végétation est relativement vigoureuse, quoique caractérisée déjà

par la prédominance des mimosées. De même, les bas-fonds transformés en marais, les petits lacs, les ruisseaux ne sont pas rares. Mais plus arides et nues, les vastes plaines qui s’étendent entre ces hauteurs et au delà vers la côte, ont déjà, pendant la saison sèche, un aspect saharien. Si l’ensemble du pays conserve cependant par ‘son régime hydrologique, par sa flore et sa formation géologique, de nombreux points de ressemblance avec les régions du Sud, il n’en est pas moins zone de transition. Dans le Tessagert, le Tagant, on trouve encore les grès siliceux, les quartz, les dépôts ferrugineux du Haut-Sénégal ; plus au Nord les roches paléozoïques affleurent dans le massif de l’Adghagh et jusqu’à la côte de Rio de Ouro. Là commencent à paraître les sables, les grandes dunes qui accentuent la stérilité naturelle d’un sol peu fécond par lui-même, et rarement arrosé. Aux lacs, aux marais du Tessagert, du Tagant, se substituent les oasis isolées de l’Adghagh.

Ce n’est pas là toutefois la véritable solitude saharienne. Elle ne se montre qu’à l’Est, avec les terrains dévoniens, entre Aine Berka et Ouadan. De ce côté, l’infertilité absolue du Sahara justifie son nom. Les grandes dunes de Môghtir et d’Iguidi, celles du Ouaran, et la dépression désolée du Djouf, avec sa hamada, ses rochers de sel, forment aux régions précédentes une ceinture naturelle, dont la limite méridionale est la longue vallée desséchée de Oualata.

Au sud de cet ancien lit de quelque fleuve disparu, peut-être d’un cours principal du Sénégal, s’étendent jusqu’au Kaarta, au Bakhounou, les plaines ondulées d’El Hodh, qui rappellent l’Aftouth de Tagant et offrent, elles aussi, des points d’eau, des pâturages souvent abondants.

Telle que se trouve ainsi divisée en zones d’aspects divers, la contrée qui s’étend au nord du Sénégal, elle offre ce caractère général de ne présenter qu’un petit nombre de points propres à

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la création de centres de peuplement. Sauf Oualata, qui par sa situation sur une vallée fertile, a pu acquérir un certain développement, il n'existe dans le Tagant, l’Adghagh, que de petits ksour, des oasis isolées. Seule une population nomade pouvait vivre dans ces vastes espaces, trouvant au Sud, pendant la saison sèche, la nourriture nécessaire à ses troupeaux, et s’enfonçant dans les solitudes du Nord, soit pour y mener une existence plus indépendante, soit pour fuir les pluies de l’hivernage, dès que les plantes sahariennes commencent à reverdir.

C'est l’habitat naturel des tribus errantes, métissées de sang arabe et berbère, pillardes, farouches.

RÉGION COTIERE

Bien que la partie septentrionale de la région côtière offre plus d’une ressemblance avec les territoires qui longent au Nord le Bas-Sénégal, déjà la différence s’accentue. On pourrait établir plus d’une comparaison entre les plaines sablonneuses du Cayor et celles du pays desTrarza. De même le désert du Ferlo entre le Djolof et le Foutah-Toro, n'est pas sans analogie avec l’Aftouth. Mais au sud du Sénégal, le régime des pluies tropicales, de l'hivernage, est nettement établi. Si le sol offre les mêmes caractères, le climat n'est plus le même sur les deux rives de la vallée.

D’ailleurs, sauf quelques affleurements de rochers tertiaires localisés sur le littoral même et limités à la latitude de Dakar, les alluvions récentes forment toute la bande côtière. C'est là que se sont creusés les immenses estuaires, qui semblent donner aux plus petits cours d’eau l’aspect de grands fleuves, et ne sont souvent que de simples fiords, ou des lagunes. Le Saloum, la Gambie, la Cazamance, le Rio-Geba, le Rio-Grande, le Compony, la Dubrèka, les Scarcies, la Rokelle, le Sherboro, le Soulima,

la rivière Saint-Paul., échancrent ainsi largement les côtes.

Mais le sol ne tarde pas à se relever vers l’intérieur. A quelques centaines de kilomètres de l’Océan, se dressent les hauts plateaux du Foutah-Djallon, dont la charpente granitique présente une succession de reliefs étagés. Vers POuest, ses assises inférieures sont recouvertes de dépôts à travers lesquels percent non seulement les granits eux-mêmes, mais aussi des roches plus anciennes, telles que le grès jaspé, ou des roches de métamorphisme, comme le porphyre amphibolique. Elles supportent ainsi un épais manteau de grès micacés, ou de grès plus récents, d’arkose même, puis de schistes argileux et micacés. Superficiellement, ces dépôts sont eux-mêmes revêtus d’une calotte de grès ferrugineux, qui se retrouvent çà et là, jusqu’au bord de l’Océan, à Konakry par exemple.

Mais presque partout l’humus est riche et profond. Partout aussi, outre les pluies de l’hivernage, les hauts plateaux fournissent une masse énorme d’eau, que drainent tous les fleuves et d’innombrables ruisseaux, leurs affluents.

Gest donc là un pays naturellement fertile, propre à recevoir une population nombreuse, sédentaire et agricole. Puis la division du sol par ses accidents, les rivières larges et profondes qui le sillonnent, les terrasses qui dominent les plaines, y favorisent la formation de petits États isolés les uns des autres, indépendants et constitués avec une certaine vitalité. Enfin, par la configuration du réseau hydrographique sur le littoral, les habitants de ces régions se trouvaient amenés à entrer de bonne heure en relations avec les peuples européens, à contracter par leurs rapports avec ceux-ci des habitudes commerciales. Indépendamment d’une aptitude climatérique, la race indigène devait ainsi offrir ou acquérir des caractères ethniques tout autres que ceux des peuplades sahariennes. Elle devait se grouper en petits districts, s’adonner à la culture, au négoce.

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