RÉGION MÉRIDIONALE
Le long du golfe de Guinée, au delà d’une zone d’alluvions maritimes, marquée encore par les lagunes côtières et que dominent de leurs caps quelques soulèvements poussés jusqu’au rivage, le plateau soudanien se relève vers l’intérieur, par des pentes, en général moins accusées que dans l’Ouest, parfois notables encore. Les fleuves côtiers s’y tracent des parcours torrentueux, dont les rapides sont presque ensevelis sous les ombrages puissantsdes forêts voisines. Celles-ci s’arrêtent comme grandes masses à la limite du plateau central, dans lequel les fleuves littoraux coulent d’abord au milieu de vastes plaines ouvertes et fertiles : celles de la Haute-Como, du Volta supérieur, et des cours d’eau moindre du Togo, du Dahomey.
Là se sont massées, dans le Ouorodougou, les pays de Salaga et de Kong, dans le Mossi, des populations denses, arrêtées dans leurs mouvements ethniques par l’obstacle que leur opposaient celles de la région maritime, entamées par les remous des
peuples du Nord, et se rattachant surtout à l’influence d’une pénétration septentrionale.
Ce caractère même définit leur situation générale : les uns, moins résistants, ont subi l’action dominante du Nord, comme dans la région de Kong; les autres, plus compacts, ont résisté comme dans le Mossi.
Mais à une époque déjà contemporaine, au mouvement venant du Nord, s’est ajoutée la poussée des Peul de l’Est. Puis récemment, actuellement, les barrières qui séparaient ces pays de ceux du golfe de Guinée ont commencé à tomber peu à peu devant la conquête européenne. De sorte que les influences de la civilisation côtière, très notables, en raison des progrès de la transformation commerciale des races de la côte, vont peu à peu se faire sentir jusque-là.
Sédentaires par leur habitat, mieux désignées par la nature du sol pour les travaux agricoles, les peuplades du Soudan méridional entrent directement dans l’orbite du mouvement commercial si actif de la zone atlantique. Non moins que les troubles résultant de l’exode final de Samory dans le Ouorodougou, et qu’en sens contraire la pacification résultant du partage politique maintenant accompli, ces conditions impliquent, pour les sociétés nègres* de ces régions, une évolution moderne un peu différente de celle de leurs voisins du Nord.
CHAPlfkE II