‹ L'Islam dans l'Afrique occidentaleChapitre 7 sur 28 · I. — Répartition et histoire générales · texte numérisé non relu

I. — Répartition et histoire générales

L’habitat des races soudaniennes est limité par le cours du Sénégal jusqu’au Kaarta, puis par la vallée du Niger jusque vers Say.

Deux races principales forment un groupe saharien, soit par tribus de sang pur, soit par tribus de métisses, la race arabe et la race berbère. Mais ce groupe compte en outre de nombreux représentants des races nègres: esclaves, harratins, descendants d’esclaves affranchis, et immigrants volontaires; puis quelques fractions des Songhaï, autochtones sur les marches du Soudan, et maintenant refoulés comme masse principale à l’est du Niger.

A ces éléments essentiels, s’ajoutent un petit nombre d’indigènes du Touat, rattachés en général au rameau berbère, mais qui appartiennent plus probablement, comme les Chelouh, à une famille distincte ; enfin, des juifs marocains et peut-être quelques fractions de ce même peuple, issues de tribus hébraïques d’Arabie.

Mais au début de la période historique qui s’ouvre avant l’ère musulmane, les Songhaï et les Berbères seuls se trouvaient en présence dans ces régions, cantonnés ceux-ci au nord du Niger, ceux-là sur le fleuve et au sud, soit seuls, soit déjà en mélange avec les Mandé.

Pour bien comprendre les origines historiques du Soudan, il faut, semble-t-il, se reporter comparativement aux annales primitives de l’ancienne Égypte. Dans des conditions de climat, de

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milieu analogues, on y trouve, dès les temps les plus reculés d’une histoire qui remonte fort loin avant notre ère, la race nègre cantonnée dans la zone des grandes pluies tropicales, et l’avoisinant au Nord, une autre race, africaine, pour nous, puisque nous en ignorons la provenance et qui semble l’être effectivement puisque nous ne la rencontrons pas ailleurs : celle des Égyptiens proprement dits, tels que la définissent ethnographiquement les stèles pharaoniques et sa descendance copte.

Entre cette race, voisine des races blanches, non seulement par le faciès et la structure, mais aussi par les aptitudes intellectuelles, et les races nègres, des conflits incessants se produisent séculairement. Tantôt les Égyptiens subjuguent le Soudan noir, dont l’histoire disparaît alors dans la leur. Tantôt les peuples soudaniens réagissent, et non seulement constituent des sociétés indépendantes, relativement cultivées grâce aux conquêtes antérieures des Égyptiens dans leur propre habitat, mais en franchissent même les limites, et envahissent l’Égypte, où, au temps des invasions asiatiques, ils interviennent en défenseurs victorieux de la collectivité africaine.

Si dans le Soudan occidental, l’histoire, dont les débuts remontent seulement à l’Islam, n’a pas conservé le souvenir de grandes oscillations politiques et ethniques de même ordre, aux âges antérieurs, il n’en est pas moins vraisemblable que pour les mêmes causes que dans l’est, deux populations se sont trouvées juxtaposées primitivement dans la région soudanienne.

A côté des Berbères, qui correspondent relativement aux Égyptiens, par leur civilisation plus avancée que celle des nègres, se trouvaient des peuplades inférieures. Et lorsque l’histoire nous montre brusquement une dynastie songhaï détruite par les Berbères, il ne faut pas voir dans cet événement une invasion, un bouleversement général sans précédent, mais seulement la résultante périodique d’une lutte constante, entre deux éléments

LES RACES ET LEUR HISTOIRE

mis en présence l’un de l’autre par la nature même, par les conditions de sol et de climat, aux confins des deux zones climatériques distinctes. Dans le cas du Soudan occidental, l’Egypte n’intervient d’ailleurs que figurativement, car si la race berbère a eu, au IIe siècle de notre ère, une floraison remarquable, rien ne prouve que ses représentants soudaniens aient dès alors évolué comme leurs frères du Nord.

Leur habitat même le rend peu probable et c’est précisément parce qu’il est impossible qu’ils n’aient pas conservé dans leur domaine saharien les allures de peuplades sahariennes, qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre la comparaison de l’histoire du Soudan égyptien avec celle du Soudan occidental. Ce qui semble probable seulement, c’est queles populations nègres de la partie septentrionale du Soudan de l’ouest, ont dû au contact de la race voisine, plus élevée dans l’ordre du développement normal de l’humanité, de s’élever de meilleure heure au-dessus de la condition inférieure des tribus primitives.

Peut-être aussi, d’ailleurs, s’était- il produit à la lisière du Soudan, une diffusion delà civilisation égyptienne, comparable au mouvement islamique de la deuxième invasion.

En tout cas l’histoire du Soudan occidental s’ouvre, par celle des Songhaï, sur la prédominance politique de cette race nègre, et sur ses démêlés avec la race congénère des Mandé pour continuer par l’intervention des Berbères islamisés et aboutir progressivement à la subordination sociale de l’élément nègre aux éléments non soudaniens.

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